‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir a l'étude des trois langues classiquesChapitre 74 sur 100 · CHAP. XVIII. — DE LA PROPOSITION INFINITIVE · texte numérisé non relu

CHAP. XVIII. — DE LA PROPOSITION INFINITIVE

seront replacés par l’analyse logique avant facinus est , scelus est. Il y a là une première contradiction apparente M .

Il y en a une autre dans le rapport de l'infinitif et • du sujet. Toutes les fois que l’on exprime en grec et ' en latin le sujet d’un verbe à l’infinitif, ce sujet est toujours mis à l’accusatif, sauf dans les cas que l'on nomme cas d'attraction , comme dans : mediocribus esse poetis non licet. Au contraire, quand le verbe est à un mode personnel, le sujet est toujours au nominatif. D’où vient cette différence?

Une seule observation va nous permettre de résoudre à la fois les deux •difficultés.

La proposition , dont le verbe est à l’infinitif et le sujet à l’accusatif, est toujours elle-même, soit le complément , soit le sujet d’une autre proposition.

1° Elle est le complément d’une autre proposition, comme dans : Ccnsco-delendam esse Carthaginem. — Je suis d'avis-que-il faut détruire Carthage , exemple où la traduction française montre très-bien la subordination de l’infinitif latin à l’indicatif censeo qui le précède; ou encore dans cette phrase plus complexe de Cicéron : Neminem esse oratorem paulo iUustriorem arbitror, nrque Græcum neque Latinmi , quetn ætas nostra tulerit , quetn non et sape et diligenter audierim. — Je ne pense pas qu’il y ait de nos jours un seul orateur grec ou romain un peu célèbre que je naie entendu souvent et avec beaucoup d'attention (a), où la traduction française fait très- bien voir que neminem, esse est le complément de arbitror.

2° La proposition infinitive est le sujet d’une autre proposition à un mode personnel dans les exemples, comme : Facinus est vinciri civem liornanum, scelus ver-

la) De l’Orateur, livre II , chnp. «m

bcrari , que nous pouvons traduire par : Mettre aux fers un citoyen romain est un attentat , le frapper (est) un crime.

Or une proposition, qui devient ainsi partie intégrante d’une autre proposition, soit à titre de sujet, soit à titre de complément, cesse par cela même d’être une proposition indépendante, une proposition principale; quoiqu’elle se place en tète de la phrase, elle n’est pas moins, pour cela, subordonnée, en quelque sorte, à la proposition dont elle fait partie, et cette espèce de subordination se marque par un double signe: le cas accusatif, pour le sujet, et le mode infinitif, pour le Verbe.

Cette explication fort simple , mais toute logique, pourra étonner à la première vue ; en l’éprouvant sur de nombreux exemples, soit grecs, soit latins, on se convaincra, je pense, quelle est la seule véritable. Dans ces exercices, d’ailleurs, la comparaison du français avec le grec et le latin montrera des différences intéressantes à remarquer.

III. Ainsi, le sujet de la proposition infinitive n’est presque jamais exprimé quand il est le même que celui de la proposition d’où dépend l’infinitif : rpou- XduYjv £;eàQeïv — cûnstitui exire — je résolus de sortir (moi sortir); et alors, par une sorte d’attraction, l’attribut du sujet se met, dans la seconde proposition au même cas que s’il s’accordait avec le sujet de la première' exemple : tpaîvttai tùSafpuriv (dtvVjp) sTvai ô ffocpo;, — videtur sapiens beatus homQ esse, — le sage parait être un homme heureux, où beatus homo, un homme heureux, ne sont que l’attribut du sujet commun aux deux propositions. Le sujet étant le même pour les deux propositions, et n’étant exprimé qu’une fois, celte rapidité de l’expression efface, pour ainsi

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