CHAP. XX. — DES SYNONYMES. M
bois impératif présent de boire; louer, prendre à 1beation, et louer, donner des éloges. Ce sont là des coïncidences fortuites, quelquefois gênantes dans la pratique d’une langue, mais qui ne se rattachent à aucun principe digne d’être spécialement étudié.
Il n’en est pas de même des synonymes.
Les noms nr^sfav et HuXndîfciç, Geryon, Gerijones et Geryoneus, sont de véritables synonymes, car ce ne sont que des formes diverses d’un même mot, absolument indifférentes pour le sens; on pourrait, toujours les prendre l’une pour l'autre, s'il ne fallait, dans les vers et souvent même dans la prose, tenir compte du nombre des syllabes et de leur harmonie..
Les mots grecs x&oç et u-Tjviç, les mots latins breviarium et summarium, émis et gladius ; en français; hypothèse , qui nous vient du grec, et supposition, qui nous vient du latin ; pénultième qui nous vient du latin, et avant-dernier qui est de composition toute française; phlébotomie , que nos médecins ont emprunté aux Grecs, et saignée, qui vient indirectement dir latin sangw», etc., sont aussi de véritables synonymes. Ces derniers, à vrai dire, font dbuble emploi dans notre langue, où d^ailleurs ils sont entrés, si l’on peut ainsi parler, de deux côtés différents. Tous les synonymes de ce genre que renferme le vocabulaire dés sciences y sont, à bon droit, considérés comme un embarras ou comme une richesse inutile. Il ne sert de rien à un mathématicien de pouvoir désigner la même figure par deux mots différents, ni à un chimiste d’avoir deux ou trois noms pour le même corps. Au contraire, cette prétendue abondance ne peut que prêter à la confusion et à l’erreur.
Le style oratoire et poétique , n’ayant pas la même rigueur que la langue scientifique , admet volontiers l’usage des synonymes. 11 se sert avec avantage de ces mots « dont le sens a de grands rapports et des différences légères, mais réelles, » selon la définition d’un écrivain français 86 .
Ainsi Sufjioî et àp-pi peuvent être, sans inconvénient, employés l’un pour l’autre ; seulement le premier est un peu plus poétique que le second, ’ttpuvoç et vaôç ne doivent pas être confondus par un géographe ou par un archéologue , dans la description d’un lieu consacré à quelque Dieu ; car vaô? désigne surtout le temple même, l’édifice, et TÉ(*evo« l’enceinte et le territoire sacré où cet édifice est construit. Mais en poésie cette distinction n’a pas d’importance, et les deux mots sont purement synonymes. De même, en latin, la poésie emploie l’un pour l’autre les mots cervix et caput, quoique le premier signifie particulièrement le cou, la nuque, et l’autre la tête ; dans une définition de médecine ou d’anatomie , on n’aurait pas la même liberté. Gyrus et or bis renferment tous deux l’idée commune de cercle;; mais gyrus s’applique particulièrement au chemin circulaire suivi par un char ou par un cheval dans l’hippodrome ou dans le manège ; orbis a un sens plus général, il s’applique à la circonférence d’une planète comme à sa marche circulaire autour d’un centre. On peut souvent mettre orbis à la place de gyrus dans un vers ; mais on ne peut guèr j mettre gyrus à la place de orbis.
Ordinairement, le mot dont le sens est plus général prend volof fiers, en poésie, la place du mot dont le sens est plus particulier ; mais le mot particulier ne prend pas aussi facilement la place du mot général. Ainsi, en français, on dira la matière pour le corps, si on veut mettre cette idée en opposition