‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir a l'étude des trois langues classiquesChapitre 82 sur 100 · CHAP. XX. — DES SYNONYMES · texte numérisé non relu

CHAP. XX. — DES SYNONYMES

avec celle de Yâme; mais on ne dira pas aussi facilement le corps au lieu de la matière. Par exemple de ce qu’on aura dit : L’homme se compose d'âme et de matière pour l'homme se compose d’une âme et d’un corps il ne s’ensuit pas que l’on puisse dire les or ganes de la matière; ici, c’est le mot corps qu’il faut employer, parce que la matière n’est pas toujours organisée, n’a pas toujours des organes , ce qui est le propre du corps. Autre exemple : quadrupède est , dans le style poétique, un synonyme de cheval; mais cheval ne peut pas toujours remplacer quadrupède.

Cette observation nous conduit à une autre plus importante sur les trois langues que nous avons à comparer.

Ouvrons, au hasard, un chant de Y Iliade, et essayons d’en mettre en prose quelques vers; nous verrons que presque à chaque mot du poêle répond une expression plus simple, plus usitée dans la langue vulgaire. Nous possédons deux de ces paraphrases prosaïques de l’Iliade 87 , où se montre trèsclairement le contraste du vocabulaire de la prose avec le vocabulaire de la poésie. L’exemple que je vais transcrire suffira pour en donner une idée :

Mrjviv dfei8e, (kdt, ürjXrjVioEto ’A^iXijoî OùXo[iiv7]v, r) (jLupP ’Ayaiotî ÆXye’ fOrjxe , üciXXàç 8’ lipOfjwuî *A't8i jtpo'laij/ev 'Hpt/xDV, aùxouç 8è ihl> pi« xefye xûveooiv Otavoîaf xe jeaat • Atb{ 8’ IxeXefexo |3ouX»J,

’EÇou 8r) xi jtptoxa 8ia<rofTT)v iplaeme ’Axpef8r)t xe dfvaÇ ivSpGv xa\ ôîbç ’AxiXXeiSç.

Paraphrase en prose : Tfjv àp-pjv tlni, u> OedE, tou ulou rir)X£tot, xou ’A^iXXituç, xi)v ôXeOpfav, jjxt; 7toXXà xoîç "EXX^oi xaxà etp^dEnaxo, nXe{oxa;8è ytwalaf ^uj^iç xO "ABr) KapiKepL^e x5v TjpuOiuv àvôpGv,xà Bè oiî»pL«x« «ùxGv fXxfapwxa xofi; xual xa\ xoîç oapxwpdEpiç

ISO . GRAMMAIRE COMPARÉE.

Spviotv éwraaiv. 'H tou Aiô{ Si isXrjpuxo jîooX^, dcp’ ou ôrj yj>6vou rfjv ip^rjv ôuTcriiav tptXovEixijaocvTs; ô tou ’ÀTpiws toxîç, ’Aya^iipMV 6 £*oiieûç, xat ô üvSoijos ’A^tXXeût.

Le contraste serait déjà moins sensible dans une traduction de quelque dialogue d’Eschyle eu d’Euripide, parce que souvent les tragiques se rapprochent volontiers du style de la conversation- Mais , en général, le temps avait produit, chez lesGrecs, deux langues différentes et également riches, l’une à l’usage des poètes, l’autre à l’usage des prosateurs; et la langue poétique à elle seule possédait une grande variété de synonymes , qu’augmentait encore la diversité des dialectes.

Quintilien conseillait à ses élèves, comme un exercice utile, de traduire des vers en prose 88 . On peut faire cette expérience sur quelques vers de Virgile, on trouvera que , chez les Latins , la différence des deux styles est moindre que chez les Grecs. Horace cependant l’avait bien sentie, lorsqu’il comparait le style familier ( sermoni propiora , sermo merus ) de ses Satires, qui n’ont guère de poétique que le mètre, avec le haut style de la poésie, où l’on retrouve toujours, même après avoir brisé le mètre, les déhris dispersés d’un poète :

Invenies ctiam disjectî membra poetæ (a).

Mais que l’on essaye la même épreuve sur une page de Corneille et de Racine, on verra que, pour la mettre en prose, il y a beaucoup moins à faire; souvent il suffit presque de rompre la division des vers, de détruire quelques inversions, de replacer quelques adjectifs après leurs substantifs, et, plus rarement, de substituer à quelque mot poétique le synonyme en usage dans la prose.

(a) Horace, Satires, 1, iv, 42, 48 et 62.

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