CHAP. XXIII. — RÉSUMÉ
propre qu’une autre à traduire certaines beautés des tangues anciennes. La traduction latine d’une phrase grecque peut , sans être pour cela moins latine, offrir comme un calque fidèle du texte et en reproduire jusqu’à l’obscurité : c’est là un danger, mais parfois aussi un avantage. Le traducteur français, pour rester fidèle au génie de notre langue, doit exprimer nettement toutes les idées de l’auteur qu’il traduit, et sa phrase est d’autant plus française quelle est plus claire : bien traduire en français Tacite ou Thucydide, c’est non-sculetnent rendre la forme et la beauté du texte original, c’est encore l’expliquer comme par un rapide et perpétuel commentaire. Or fl y a, chez les poètes anciens, des beautés qui tiennent à l’expression un peu vague de la pensée ; il y a dans Thucydide et dans Tacite des pensées énergiques et profondes qui semblent gagner quelque chose à la concision un peu obscure du langage. Tous les traits de ce genre ne peuvent guère que s’affaiblir en passant du grec ou du latin dans la langue française.
4° L’harmonie de notre langue ne repose pas sur une application aussi régulière ni aussi délicate des principes de X accent, de la quantité et de l 'aspiration.
Notre vocabulaire poétique se réduit à un petit nombre de mots. La poésie française supplée à ces défauts par une versification fondée sur l’usage de la rime, sur le nombre des syllabes et sur le sentiment de l’accent tonique, par le choix des mots et par leur arrangement, qui peut, jusqu’à un certain point, corriger la monotonie même de notre accentuation.
5° A son origine, le français se divisait en plusieurs dialectes, parlés par autant dépeuplés, dans les diverses provinces de l’ancienne France. Plus tard, parmi ces variétés de la même langue, deux principaux
dialectes ont prédominé : celui du midi (longue d’oc, provençal, langue des troubadours), et celui du nord (langue d’otï, langue des trouvères, français propre* ment dit). Enfin, le dialecte du nord ayant prédominé à son tour, avec le peuple qui le parlait , sur celui du midi, le langage et la littérature sont arrivés peu à peu à cette unité qui représente si bien aujourd’hui l’unité de la nation française et du génie français 1 ”.
NOTES
NOTES*
1. Je signale ici rapidement, comme utiles à étudier sur les divers sujets traités dans ce Manuel : les articles de Grammaire qui font partie de l’Encyclopédie Méthodique, et qui sont réunis, avec les articles de littérature, en trois volumes in-4*, publiés à part de 1782 à 1786; la Grammaire générale et raisonnée de Port-Royal, avec les remarques de Duclos et les suppléments de l’abbé Fromant (l’édition de Paris, 1845, contient tous ces ouvrages réunis); le Traité de la Grammaire française, par Regnier Desmarets (1706); les Vrais principes de la langue française, par l’abbé Girard (Paris, nhl); la Grammaire générale de Beauzée (1767); l 'Hermès, de Harris, traduit en français par Thurot (an iv); les Principes de Grammaire générale, parSilvestre de Sacy (3* édit., Paris, 1815); l’Essai sur la science du langage, par M. Clément (Paris, 1843); l’Essai sur le langage, par M. A. Charma (2* édit., Caen, 1846); le Traité des facultés de l’Ame, par M. A. Garnier (1852), livre VI, sect. ni, chap. il; le Cours supérieur de grammaire, par M. B. Jullien (Paris, 1849); l’Essai d’une réforme de l'enseignement grammatical, par M. F. Perron (Paris, 1853). D’autres ouvrages seront cités dans les notes suivantes. — Page 2.
2. Sur cette histoire des théories grammaticales , le livre le plus complet est encore celui de M. Lersch : Philosophie du langage chez les anciens (Bonn, 1839-1843). On pourra aussi consulter Græfenhan : Histoire de la philologie classique dans l’antiquité (3 vol., Bonn, 1843 et suiv.); Séguier de Saiul-Brisson : La Philosophie du langage exposée d'après Aristote (Paris, 1838); Egger, Apollonius Dyscole, Essai sur l'histoire des théories grammaticales dans l’antiquité (Paris, 1854). — Page 4.
3. « Deciinalio inducla (est) in sermones non solum Latinos, sed a omnium hominum, ulili et necessaria de causa : nisi enim ita « esset factum, neque discere tantum numerum verborum posse- « mus; intinitæ enim sunt naturæ in quas ea declinanlur : neque m quæ didicissemus, ex his, quæ inter se rerum cognalio esset, • appareret. » (VIH, 3- éd. Millier. Cf. Ibid. 64). llfaut remarquer
* Pour faciliter les vérifications et les recherches, j’ai cm devoir ajouter à chaque note le chiffre de la page à laquelle elle correspond dans le texte de l'ouvrage.
que dans Varron les mois declinare, declinatus, declxnalio désignent, en général, l’usage des flexions variables, soit déclinaison, soit conjugaison ; c’élail aussi le sens du mot itrüai; chez les premiers grammairiens grecs. — L’idée d’une langue sans flexion, comme est la langue chinoise, n’a pu que bien tardivement se faire accepter des grammairiens modernes ; on peut le voir par l’opinion exprimée en 1801, sur l’emploi des cas, par le célèbre philologue G. Hermann : de Emendanda ratione Grammaticæ Grxcx, 11, c. vm. — Page 4.
4 , Consulter, parmi les nombreux ouvrages de philologie comparée qui ont, de nos jours, étendu et renouvelé la philosophie du langage : l 'Essai sur le Pâli , par MM. E. Burnouf et Lassen (Paris, 1826); le Commentaire sur le Taçna , par M. E. Burnouf (1833); les Études sur la langue et sur les textes rends, par le même (1850); la Grammaire comparative des langues indo-germaniques, par Fr. Bopp (Berlin, 183<£—1852); le Dictionnaire des racines grecques , die Th. Benfey (Berlin, 1839); Guil. de tlumboldt. Introduction à l’étude de la langue Kawi (Berlin , 1830-9), réimprimé après la mort de l’auteur dans la collection de ses œuvres; Pictet, de l’Affinité des langues celtiques avec le sanscrit (Paris, 1837 ), etc. L’histoire des progrès anciens et récents de la linguistique , ainsi que la méthode générale de ces recherches, est exposée avec précision et clarté dans plusieurs conférences du docteur, aujourd’hui cardinal Wiseman, traduites de l’anglais en français, par M. de Genoude : Discours sur les Rapports entre la science et la religion révélée (Paris, 1841, 2* édit.). Voir aussi l’opuscule de G. Curlius sur la Comparaison du langage dans son rapport avec la philologie classique (Berlin, 1845); et Y Aperçu systématique sur les langues de l’Europe, par Jf. Schleicher (Bonn, 1850). L’Institut a couronné, en 1847, l'ouvrage qui a pour litre : Histoire et système comparé des langues sémitiques, par M. E. Renan, et dont la troisième édition a paru en 1863. On peut aussi lire un mémoire du même auteur sur l’Origine du langage (Paris, 1848), ouvrage reproduit avec des changements et des développements considérables (Paris, 1858,
1 vol. in-8°). Au reste, le Dictionnaire méthodique des grammaires et lexiques de toutes les langues de la terre, rédigé par J. S.Valer, refait el complété par B. Jülg (Berlin, 1847), donnera une idée de l’extension qu’ont prise les éludes de linguistique, et fournira d’amples renseignements aux esprits curieux de suivre, au moins dans quelque brandie, les progrès de cette science. Pour les langues grecque et latine on consultera surtout le catalogue spécial de W. Eugelmann, publié sous le titre de Bibliotheca philologica (3* édit., Leipzig, 1853). — Page 6.