‹ Notions élémentaires de grammaire historique de la langue françaiseChapitre 19 sur 81 · Voy. ch. I, p. 6 et suiv · texte numérisé non relu

Voy. ch. I, p. 6 et suiv

5. Pour plus de développements, consulter l'article de M. A. Darmesteter : la Protonique en frmwais. (jRowrtwm, 1876, p. 140 et suiv.). On appelle profonique la voyelle précédant la syllabe frappée de l'accent tonique.

6. On marque d'un petit croissant (^, a) la voyelle brève, et d'un traitr \ëj â) la voyelle longue.

Mots d'origine savante

comité; capitule; ombilic ; .

rustique^ elc.

b) La voyelle brève suit la tonique :

Mots latins Mots d'origine populaire

c6ni (ï) lem, comte ^

capit (ù) lutn, chapitre^

umbil (ï) cura, nombril,

rùst (ï) cum, lustre,

2® [m voyelle longue qui précède la tonique subsiste en général en français; exemple : honorâre^ honorer. Cependant elle se siip;)rimc souvent : sarrâméntum, serment (primitivement sairement).

Enfin la consonne placée entre deux voyelles (comme g dans regalis^ v avais pavorem) tombe et disparaît, d*où cetle l'ègle :

Tous le^ mots français qui perdent la consonne médiane sont d'origine populaire ; les mots d'origine savante la conservent * ;

Mots latins Motâ d'origine populaire Mots d'origine sarante

augùstum, août^ auguste;

♦credentiam, créance ^ cré&ence;

commun icare, communier^ communiquer ;

ligâre, lier. liguer;

* renegâlum , renié^ renégat * ,

Quelquefois la suppression de cette consonne médiane entraîne une syncope suivie de contraction; exemples: ro (t) undum, rond; pa {v) or, peur'; eu (c) urbitam, courge; ma \t) urum, meur, mûr.

Quelquefois aussi, la syllabe initiale, si elle est atone, bien entendu, disparaît devant la tonique, môme sans suppression de la consonne médiane ; c*est ce qu'on appelle aphérèse'' : illomm^ leur; Apiiliam^ Fouille.

Ainsi la règle capitale à laquelle ont obéi tous les mots latins, règle d'où découlent toutes les autres, est le main-

2. Ces exemples prouvent, une fois de plus, que les doublets ne sont jamais synonymes.

3. Peur était en roman pem\ On trouve aussi poor dans Joinvillei et même encore au seizième siècle paouretu; du substantif paour .* « N'estre plus de la

•t tant paoureux. » (Jean Bouchet, Epittres famil.i ( , Sur Vaphérèsc, voy. eh. ïv, p. 39.

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tien en français de la syllabe aceeniuée latine. Cette syllabe subsiste toujours, elle est le point central autour duquel gravitent toutes les autres ; elle est, si Ton peut s'exprimer ainsi, le pivot de la formation du français. Il en résulte un système de permutation, de mutilation, qui s'applique à toutes les autres syllabes : celles qui ne sont pas accentuées disparaissent ou s'assourdissent, de telle sorte que la syllabe accentuée latine devient la seule accentuée du mot français, et généralement la dernière de ce mot, si ce mol est de dérivation populaire, spontanée, et non de dérivation savante * .

Ces règles générales de la formation des mots souffrent peu d'exceptions. Celles-ci ont pour cause :

1* Ou une prononciation défectueuse du mot latin : sans altérer la quantité, on a fondu en une diphtongue deux sons latins. Par exemple, dans les terminaisons en lo/..., ïôy qui étaient deux brèves, se sont fondues en une longue : ïd.

Exemples : lusdnïôlamj prononcé */««(?mî(y/aw (luscignolam), a donné rossignol ; filïôlum, prononcé *filïôlum (flUolum), a donné filleul. De même dans les terminaisons en ëôl, qui sont devenues êdl : caprêôlmn^ devenant * caprêô^ lum^ a donné chevreuil^.

2° Ou un dé[)lacement de l'accent tonique : ainsi le latin classique accentuait : sôricem^ mordére, ficâtum^ etc.; le latin populaire accentua *soricem^ *mérderey *ficatum^ et nous avons eu en français souris^ mordre^ foie^ etc.

3® Ou un cbangement de quantité résultant du déplacement de l'accent tonique. Ainsi quelques verbes latins en ëi^e supposent, dans leur passage en français, un infinitif en ëre. lacère aurait dû nous donner seulement taisir et non taire^ qui a été formé comme si le premier e était bref, et

4. Dans les roots français à terminaison féminine, homme (hominem), femme (féminam), mère (matrem), l'accent tonique est sur l'avant-dernière (voir p. 8); ce n'est pas par exception. Car cet e flnat, tantôt résulte de l'assourdissement de la Ûnale (rosa, rose,âmo, Aime), tanlôt est appelé naturellement par le eroupo de consonnes restant à la fin du mot : hominem, accentué sur hOy perdait sa voyelle brève i (voir p. 23); Ve de nem s'assourdissait comme toutes les finales latines ; hominem se résolvait donc en hom'n'm, comme féminam en fém*nm^ malrem^ en matr'm, etc. Cet e n'est qu'un point d'appui pour la voix.

t. Bailly, ouvrage cité, p. 144.

non pas long, comme il Test réellement ; placëi*e devrait faire plaisir et non plaire. Taisir et plaisir existent parallèlement à taire el h. plaire^ l'un en roman, Tautre dans la langue moderne avec la valeur d'un substantif.

Réciproquement, les verbes en ère {e bref) sont devenus quelquefois des verbes en ir {currëre^ courir) et en otr {recipërey recevoir), comme s'ils avaient eu en latin la pénultième longue*. Les formes parallèles existent encore dans courre et courir : je vais covfre le lièvre. Remarquons que l'un, courre, est actif, et l'autre, courir^ neutre; et si ce dernier est quelquefois construit avec un complément direct, comme : « courir des dangers », c'est évidemment par confusion avec la forme cotoTe.

4° Ou une difficulté de prononciation s'opposant à la syncope, comme dans âpreté (asperïtâtem), chasteté (castïtâtem)% abstinence (abslïnéntiam), etc. Dans soucier^ primitivement solder (sallicitare), la syllabe ci est restée; mais la précédente, li, a été supprimée.

5** Ou enfin la prononciation vicieuse d'un mot. Combien de fois n'a-t-on pas défiguré un mot, et dit calvacade pour cavalcade; la maladie du père Antoine, pour la maladie du péritoine ; et inni d'autres qui, résultant de l'inattention ou de l'ignorance, changent l'aspect d'un mot et le rendent méconnaissable.

En résumé, maintien de la syllabe accentuée, chute de la voyelle brève qui la précède ou qui la suit, chute de la consonne médiane, telles sont les règles auxquelles ont obéi instinctivement les mots latins dans leur passage en français. Il y en a d'autres qui concernent les changements particuliers subis par les voyelles et les consonnes latines. C'est l'objet du chapitre suivant.

\. Bailly, p. 144.

2. C'est la langue savante, c'est-à-dire de formation gavante, qui n*a pas voulu faire la syncope et a reproduit exactement castitatem. Mais la langue populaire a bien dit au contraire chasteé et chaste. — Cf. Littré, Histoire de la langue française ^ ii, 243. — Pour des exendples, cf. le dictionnaire de F. Godefroy.

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