Bracbet, Diclionnaire des doublets
DE GRAMMAtRE HÎSTORiffUE. 21
Mois latins . Démés Dérivés par un intermédiaire étranger <
— ' ' populaires — ~ ,
locarCy louer,
hilancem^ balance,
*cadentiam^ chance,
dominam^ dîime,
infantem^ enfant, *supersaltum, sursaut,
factionerriy faction,
^exquadram] équerre
loger (de l'italien loggiare);
bilan (de l'italien bÙancio);
cadence (de l'italien cadenza) ; .
duègne (de l'espagnol dueha);
infant (de Tespagnol infante); ,
soubresaut* (de Tespagnol sobi^^ [salto);
fashion (de l'anglais fash ion) ; ' escadre, escouade (de l'italien I [squadra) ;
. square (de l'anglais sywflre). ,
Dans tous ces cas, les divers dérivés diffèrent ordinaire* ment par le sens non moins que par la forme ;. de sorte que notre langue s'est réellement enrichie par ce double travail de dérivation.
Quelquefois aussi, la contraction, que les mots latins put subie pour devenir des mots français, a confondu sous une forme commune deux déiivés de primitifs très distincts. Par exemple : louer ^ venant de laudare (donner des éloges) ou de locare (prendre en location) ; cru de crudum (un fruit cTtt), et cru de creditum (je l'ai cru); pécher de peccare^ et pêcher de piscan, sans compter pêcher^ l'arbre qui porte des pêches, de *persicarium^ pour malus persica^ dans le latin du moyen âge*.
Nous voyons donc nettement qu'il y a eu deux période» dans la formation de notre langue : l'ime, de formation irréfléchie, populaire, pendant laquelle le mot latin s'usa, pour ainsi dire, comme une pièce de monnaie dont l'effigie; et l'exergue disparaissent peu à peu par l'usage; l'autre, de formation savante, c'est-à-dire pendant laquelle les savants essayèrent de compléter l'œuvre de formation primitive, et de fabriquer de nouveaux mot?, soit pour enrichir la
t. Comparer l'anglais Somerset^ culbute, qui est d'origine 2. Egger, Grammaire comparée, ch. xxr, p. t67.
normande.
CP.UIM. niST.
langue qu'ils trouvaient trop pauvre, soit pour exprimer des idées ou des découvertes nouvelles.
Cette période de formation savante ne remonte pas au delà du quinzième siècle.
Et que Ton ne croie pas que les mois de formation populaire soient devenus au gré du hasard tels que nous les voyons ; une observation attentive fait remarquer qu'ils ont obéi à des lois fixes et immuables, dont Tune et la plus importante est celle-ci : « Dans tous les mots français de formation populaire, la syllabe latine, frappée de l'accent tonique^ pe^^siste^ tandis que les syllabes non accentuéesy et spécialement les finales^ s'assourdissent ou dispa^ raissent. »
Ce qui a fait formuler cette règle :
L'accent latin persiste en français dans les mots d'origine populaire; tous les mots ou cette loi est violée sont d'origine savante^.
Ainsi, dans les noms de la troisième déclinaison latine, l'accent variant du cas-sujet, ou nominatif, aux autres cas, c'est-ànlire aux autres formes prises par le mot latin pour exprimer les différentes espèces de régimes, il y avait deux formes en français : Tune pour le cas-sujet, l'autre pour Je cas-régime :
Cas-sujet
Cas-régime
infans,
enfe;
infântem, enfant.
imperâtor, làtro.
emperere; lairre;
imperatorem, empereor^ [puis empereur.
Iatr6nem, lari^on
major, mélior,
maire; mieldre •;
maj6rem, majeur.
meliorem, meilleur.
népos.
nieps;
nepotem, neveu.
La langue moderne n'a généralement conservé que la seconde de ces deux formes, celle que l'on aK>elle cas'
2. Mieldre devint plus tard mieudre^ par vocalisation de / en ti, pUénomènt Krcquent dont nous parlerons plus loin (p. 35 et 38).
régime^ par opposition à Taulro qu*on appelle cas-sujet. Ce cas-régime servait en latin à marquer le régime direct * . Quelquefois cependant les deux formes se sont maintenues concurremment, mais alors dans un sens différent :
Cas-sujet Cas- régi me
major, maw, devenu substantif*; majorem, majeur.
senior, sire ^ ; seniôrem, seigneur.
pâslor, pâtre; paslorem, pasteur.
hômo (subst.), on (pr. indcf.); hôminem, homme.
Tout mot latin se composant de voyelles accentuées * ou non, c'est-à-dire d'une tonique et à'atones^ la tonique persiste toujours; mais quant aux atones :
!• La voyelle brève qui précède ou qui suit immédiatement la tonique disparaît en français dans les mots d'origine populaire^ mais elle persiste dans les mots d'origine savante;
a) La voyelle brève précède la tonique'^ :
Mots latins Mots d'origine populaire Mois d'origine savante
cum (ù) lare*, combler^ cumuler;
lib (ë) rare, livrer^ libérer;
nav (ï) gare, nager ^ naviguer;
pect (ô) râle, poitrail^ pectoral.
Cependant elle subsiste : 1° Quand elle fait hiatus avec la tonique : *antïànum^ ancien; *virtû6suSj vertueux; 2® quand elle commence le mot : fïdélem^ féal ; fërôcem^ farouche. Dans ce second cas elle a été modifiée.