Nous avons vii (page 28) que Vi so change souvent en j
Cependant oncle^ gourde^ diamant ne viennent pas, par aphérèse, de avanculum, cucurbitam, adamantem, mais de auunculunij cuurbtam\ daamantem. Dans les deux premiers (aMune/ww, cuurbtam)^ il y a eu syncope suivie de contraction; dans le dernier, daamanlem^ métathèse du d suivie de contraction.
b) On appelle en général syncope la chute des lettres médianes ou môme d une syllabe entière.
r.a syncope des voyelles a lieu ordinairement lorsque la voyelle est immédiatement voisine delà syllabe accentuée: c'est ce que nous avons appelé chute de la voyelle brève^.
par{a)disusj
parvis;
blasph{é)màre.
blâmer;
lib{e)ràr€j
livret' ;
€ar{i)tàtem^
cherté;
mast{t)câre,
mâcher;
ânc[o)ram^
ancre;
cum(y)làrej
combler.
La syncope des consonnes peut se ramener à trois cas : i"^ Les consonnes isolées entre deux voyelles disparaissent : c'est ce que nous avons appelé chute de la consonne médiane :
ne{g)are {né* are ^) nier;
cru[d)elem (cruelem)^ cruel; etc.
2* Si deux consonnes sont de suite, souvent Tune disparaît : tractare a perdu c et est devenu traiter '; captivum a perdu p et est devenu chétif.
3** Par la chute des voyelles non accentuées, trois ou même quatre consonnes se trouvent fréquemment de suite ; vindicare donne vind'care (venger), blasphemare se transforme en blasph'mare (blâmer) ; caritatem devient car tatem (cherté) ; ancoram devient anc'ram (ancre)
i. Le vieux français a gouourde pour gourde,
2. Comparer les doublets paradis f blasphétner^ libérer, charité, mastiquer cumuler.
3. Nous avons vu (page 34) que c après une voyelle devient souvent t.
DB GRAMMAIRE ÎIISTORIQUE. 41
Des lois régulières gouvernent le maintien ou la irans* formation de ces groupes. La consonne la plus forte^ la plus résistante annule ou assourdit ses voisines. Le pins souvent la combinaison se réduit à la perte d'une ou deux lettres :
latroci'nium {latrcinhim), larcin; perte du t;
*supersalium [supU'salium) , surmaut; — dup;
portvrum {port'cum)\ poreUe; — du t:
^oervecarium {verv*carium) ^ ber%er ; — dur;
testi'momum {(est'monium) , ténkoin; — des^;
minùterium {mtns(erhim), métier; — den*;
hospiiem (hospUem), Adie/elc. — de/)*
Mais souvent le groupe persiste :
MPL : exemplum, exemple;
mbr: umbram, ombre ;
RCL : circulum {circlum)^ cercle;
NDR : descendere {descentCre)^ descendre.
Quelquefois même une syllabe tout entière est syncopée : ido{lo)latriam^ idolâtrie,
c) Vapocope est la chuté des lettres finales.
En général, la voyelle ou la syllabe finale disparaît toujours, nous l'avons vu, quand elle est immédiatement précédée de la syllabe accentuée.
Les consonnes finales se perdent le plus souvent comme :
c dans locum (foc'm), lieu; jocum (joc'm)^ jeu; g dans regem {reg'm)^ roi; legem {leg'm), loi; t dans vitam {vit'm)^ vie; cfdans nudum (wud'm), nu; médium {me'i*m)y mi.
Donc, grâce à l'influence de l'accent tonique^ prépondérante en français, à la chutef des voyelles médianes, qui a multiplié les rencontres de consonnes, il n'y a, pour ainsi
I. Remarquons que, ordinairement, Vs accompagnant la tonique «st remplacé par un accent circonflexe : hôspitem, hôte ; episcopunif évéque ; on met un accent «igu dans les autres cas : mvustérium, métier; testimônium^ témoin.
dire, aucun mot français de formation populaire auquel Taphérèse, et surtout la syncope et Tapocope, n'aient enlevé quelques lettres.
Telles sont les modifications subies par les mots latins par suite de la perte d'une ou plusieurs lettres ; voyons celles qui se sont produites par l'addition de certaines lettres.
11 y a addition de lettres par /?ro5^Aése, épenthèse^ paragoge {oaépithèse).
I. On appelle prosihèse, l'addition d'une lettre au commencement d'un mot.
1** Ou bien la lettre ajoutée est une voyelle :
Au Commencement des mots dont les premières lettres sont se, stj spy sm^ ««, on a ajouté souvent un o :
sperare^ *scalarium,
espci^er; escalier;
starèj
ester;
ttomachum^
estomac;
spii^itum^ *scandalum^
esprit; esclandre;
scientem.
escient.
Cette prostlièse de Ve n'a rien d'étonnant; elle a lieu pour faciliter la prononciation, et nous entendons encore certaines personnes dire estatue^ espécial^ pour statue, spécial. Cet adjectif spécial^ qui correspond à espèce^ nous montre que certains adjectifs n'ont pas Ve prosthétique de leur substantif : cela vient de ce que le substantif est de formation populaire, et l'adjectif correspondant de formation savante : espèce, spécial; esprit, spirituel \ estomac^ stomachique ; espace^ spaciem: ; étang (stagnum), stagnant; école [schola), scolaire; étude (studium)^ studieux. Ces derniers substantifs nous feront remarquer que Ve prosthétique a fait à la longue disparaître Vs primitif, phénomène que nous retrouvons dans :
épine de spinam ; écrire de scribere ;
époux de tponsuin;
émeraude de smaragdum;
étroit de strictum ;
échelle ôescalam;
étoile de stellam;
écu de scutum, etc.
Souvent le substantif de formation populaire a un e que n'a pas le mot de formation savante dérivé du même mot latin ; d'où des doublets :
*scandalumy esclandre^ scandale; scolarem, écolier^ scolati^e, etc.
2® Ou bien la lettre ajoutée est une consonne :
ranunculam^ grenouille;
umbilicum^ nombril;
altuniy Uaut;
ostium^ UuiSj etc.
3** Ou bien il y a eu addition d'une consonne^ puis d'une voyelle :
carbunculuniy emcarboucle ; draconenij emtragon.
Cette dernière espèce de proslhèse est le résultai d'une corruption antérieure du mot : carbunculum^ devenu scar* bunculum.
C'est par suite d'une prosthèse que l'on trouve l'article soudé avec le nom * :
lem»e (l'ierre, hedera) ;
loriot (l'oriol, aureolum) ;
lendemain (l'endemain, inde mane) ;
MaHIc (L'Ile, insula);
luette (l'uette, *Mt;e/^a);
lors (l'ores, hora) *;
lendit QXJL landit^ [Vendit).*
\. Li tiré, i7is/oir« de la langue française, I, xviii, 92. — Brachet, Gram» maire hiêtorique^ p. t34. — A. Baiily, Àlamicl, etc., p. 199.