Godefroy, Lexique de la langue de Corneille, ii, p
DE ORAMMATRE HISTORIQUE. 53
mète one brike so s'kan se traduit par : mettre une brique de champ. Cani ou chant^ suivant le dialecte, se trouve dans le vieux français avec le sens de coin; et il a fourni dans le français moderne, suivant le dialecte où on le puisait, canton et chanteau, CantOy en itîilien et en espagnol, est le même mot, né d'un radical qui, d'ailleurs, se trouve à la fois dans Tallemand kanthe^ côté le plus étroit, dans le celtique cant^ bord, dans le latin canthus, bord de la roue, et enfin dans le grec canthos (xavôiç), coin de rœil. La locution actuelle « de champ » n'a donc rien de commun avec campus; ceux qui l'ont écrile, ne la comprenant plus, l'ont, ce qui est arrivé tant de fois, assimilée à un mot connu et compris ; et c'est ainsi que chant (véritable orthographe) a été confondu avec champ; un coin, un bord étroit, avec la campagne *. »
Dans une conférence sur l'enseignement du français à l'école primaire, M. Bréal indique quel sera le rôle du patois dans cet enseignement :
» Dans un pays où l'on parle patois, que doit faire une institutrice, une directrice d'école? doit-elle proscrire entièrement cette langue populaire?
» Le patois est l'ancienne langue française qui n'a pas reçu de culture littéraire. A l'origine, plusieurs dialectes se partageaient la France, celui de Paris a eu le privilège de devenir la langue de la nation, c'est donc cette langue seule qui doit être enseignée à l'école. Mais, d'un autre côté, il y aurait du danger à inspirer aux enfants du mépris pour la langue populaire, pour celle dont se servent leurs parents ; il y a là une question de respect et pour ainsi dire de moralité. De plus, dans bien des cas, on peut se servir des patois pour enseigner le français d'une manière intéressante ; les mots s'y sont formés dans un ordre quelquefois plus logique qu'en français, où, par exemple, le mot tante n'est pas conforme à l'étymologie. Tante se disait anciennement ante du latin amita, d'où ta ante^ par abréviation
i. Littré, Histoire de la langue française, n, 150. — Nous retrouverons ce mot chant ou cant avec le sens de coin, dans échantillon, autrefois i bord de l'étoCTe; » dans le verbe décanter^ faire couler doucement en appliquant bord sur bord; dans Titalien accanto a me, tout près de moi.
t'antej et enfin tante par le rapprochement du t et la suppression de l'apostrophe *. Dans le Dauphlné tante se dit « ando » mot plus conforme à Tétymologie. Le soir en provençal se dit u vespre », « viendrai de vespre » je viendrai ce soir; ^vespre )) est conforme à Tétymologie latine « vesper».
» On trouve aussi dans les patois bien des richesses qu'il ne faut pas mépriser. Les patois du midi, surtout, avec leurs diminutifs constituent une langue pittoresque et plus riche que le français. Ainsi, par exemple, dans le midi une petite heure se dit « una ouretta n, et pour dire une vie pleine de misères, on ajoute au mot vie « vida » une particule péjorative qui renforce Tidée : « una vidassa dé misera », Ce sont les suffixes etto et accio de l'italien.
» Il y a en45ore dans l'emploi du patois une utilité pratique ; par le patois, les paysans des Pyrénées communiquent avec les Espagnols et ceux des Alpes avec les Piémontais.
» Pour certaines leçons de grammaire^ le patois peut fournir un bon point de départ et contribuer ainsi à maintenir à l'école son caractère populaire. C'est ainsi qu'en histoire, à propos des grands hommes, on choisit de préférence ceux qui sont nés, qui ont vécu dans le pays; en géographie on commence par enseigner aux enfants la géographie de la commune, puis celle du département*. »