Voir, 8ur cette addition d'un t à antCf p
2. Cf. M. hré&l, Mélanges de linguhtique:V enseignement de la langue française, p. 370-371.
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voyelles et leurs consonnes, pour devenir des mots français; il nous reste à examiner ces mots dans la transformation particulière à chaque espèce, et à observer ce qu'ils sont devenus en roman, puis en français moderne.
Nous reconnaîtrons que les phénomènes principaux qui signalent le passage des mots latins en français sont les suivants :
1** Réduction delà déclinaison latine;
2** Suppression du neutre;
3* Création de Tarticle;
4° Introduction de temps composés pour le pas^é dans la conjugaison;
5° Formation d'un nouveau mode, le conditionnel ;
6<» Le passif exprimé, non plus par des désinences, mais par une combinaison du verbe être avec le participe passé;
T L'organisation des auxiliaires pour le service de la conjugaison ;
8° La conception d'un nouveau type de l'adverbe à l'aide du suffixe rwew^*.
De même que nous avons, en français, des terminaisons distinctes pour marquer le genre et le nombre, de même, en latin, les mots avaient des terminaisons différentes pour marquer, outre le genre et le nombre, leur fonction syntaxique. On appelait ces terminaisons désinences casuellesj du mot cas, par lequel on indiquait la forme revêtue par le mot pour exprimer les divers rapports qui l'unissaient à d'autres. Il y avait six cas : le nominatif, le vocatif, le génitif, le datif, l'accusatif, l'ablatif. Un exemple rendra plus claire cette énumération.
Prenons le mot murus, qui signifie mur.
Si je dis : le mur est haut; mur est sujet; il se mettra au nominatif : murus;
Si, découragé par la hauteur du mur, je m'écrie : 6 mur y que tu es haut ; mur sera au vocatif : mure;
La hauteur du mur est effrayante; mur est complément déterminatif de hauteur; il se mettra au génitif : mûri;
4. Liltré, Dictionnaire de la langue française^ préface, p. xlvh.
On a donné au mur une grande hauteur; mw\ complément indirect d'un verbe, sera au datif : muro;
Je vois le mur : ici mur est complément direct ; à Taccusatif, murum;
Je suis tombé du mur; mur, complément indirect de lieu, à l'ablatif : muro. Il en serait de même s'il indiquait la cause, l'instrument, la matière.
Dans les mêmes circonstances, mu7^s, sm pluriel, prendrait des formes différentes; nous aurions :
Pluriel : nominatif, mûri; vocatif, mu7n; génitif, muro^ runi; datif, mûris; accusatif, muros; abLitif, mûris.
Ces exemples, tout en nous montrant les différentes formes revêtues par le même mot, nous apprennent que le nominatif (nominativus^ de nominare^ nommer) est le cas du sujet d'un verbe à un mode personnel; il est aussi celui de l'attribut du sujet; il sert à nommer la personne ou la chose; le vocatif {vocativus^ de vocare, appeler) sert à adresser la parole à quelqu'un ou à quelque chose; le génitif {genitivusj de gignere^ genitum^ produire) désigne possession, filiation, liaison; le datif (dativus^ de darej donner), l'attribution, le but, la destination ; l'accusatif {accusativus), l'objet, le terme d'une action, la direction de l'esprit ou du corps vers un objet ; enfin l'ablatif (ablativusj de auferre^ ablatum^ enlever) sert à exprimer l'instrument ou le moyen, le lieu de départ, la séparation, le lieu oti l'on est, etc.
Dans murus^ qui nous a servi d'exemple, la dernière syllabe du mot est :
Singulier. Pluriel.
Nominatif :
Vocatif :
Génitif:
Datif :
Accusatif : Ablatif:
Revêtir un mot de toutes ces formes successives s'appelait le décliner. Ces formes n'étaient pas les mêmes pour
orum {or^m)
is.
umj
os.
is.
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tous; les mois suivaient cinq syslèiïies différents de flexions ou déclinaisons^ qui correspondaient aux divers radicaux de ces mots. Mui^us appartient à la deuxième déclinaison.
Ces cinq déclinaisons classiques disparurent du latin de l'époque mérovingienne. Les terminaîsons avaient, depuis longtemps, perdu leur valeur dans le latin populaire, et l'usage des prépositions les rendait à peu près inutiles * . On construisit ces dernières sans aucun souci des cas qui les accompagnaient dans le latin classique : il en résulta une disparition graduelle de ces cas, et, dès le cinquième siècle, le roman n'en conserva que deux, le cas-sujet^ ou nominatif, et le cas-régime^ ou accusatif, parce que ces deux cas étaient plus fréquemment employés que les autres^. Il resta donc une sorte de déclinaison à deux cas, qui suivit d'abord trois modèles au lieu de cinq, car la quatrième déclinaison s'était fondue dans la seconde, et la cinquième dans la première ; c'est-à-dire que les noms masculins de ces deux déclinaisons se sont fondus avec la deuxième déclinaison latine dont les noms étaient pour la plus grande partie masculins, et les noms féminins se sont assimilés à ceux de la première, généralement féminins .
Celte réduction de la déclinaison latine^ réduction qui ira jusqu'à amener sa disparition, est un premier phénomène
1. « Le caractère général du latin classique était, par-dessus tout, la synthèse. Mais le caractère général du latin populaire, de la lingua romana, et du français, est, tout au contraire, l'analyse. On y emploie les prépositions pour remplacer les cas latins... Les flexions perdent de leur valeur, la synthèse s'en va, l'analyse triomphe. » (Léon Gautier.) — « Dans cette formation de notre langue, l^analogie, dit ailleurs M. L. Gautier, l'analogie a joué un rôle considérable et qu'il est particulièrement facile de constater dans le système de la déclinaison et de la conjugaison françaises. »
On appelle langues syntfiétigues celles où chaque mot indique, non pas seulement une idée, mais aussi, grâce à sa désinence, quel est le rapport qui l'unii aux autres mots d'une même proposition, et son rôle dans cette proposition. Aussi, dans ces langues, Tinversion est très facile. Chaque mot par lui-même, indique le rôle qu'il joue dans la phrase. Les langues analytigues^'an contraire, sont celles où les mots expriment seulement les idées, et où les rapports de ces mots sont marqués par d autres mots particuliers, comme les prépositions , les adverbes.
?. Le génitif pluriel latin persista cependant dans quelques formes qui ont disparu; il ne nous reste que leur du génitif illorum (de l'adjectif ou pronom démonstratif ille) et Chandeleur (du génitif candelarum), — Le roman avait paienor {Ch. de lïol. ▼. 2639), païen, de paganorum. Le datif singulier reste aussi dans autrui (de alteri huic), lui (de iliihuic). — Sur les cas et leur disparition, consulter : M. Bréal, La forme et la fonction des mots (Mélanges de mythologie et de linguistique, p. 2t9j.
à constater parmi ceux qui caractérisent les modifications syntaxiques subies par le latin pour devenir le roman.
On eut donc les trois déclinaisons suivantes, à deux cas, au lieu de cinq déclinaisons à six cas.