‹ Notions élémentaires de grammaire historique de la langue françaiseChapitre 48 sur 81 · SINGULIER · texte numérisé non relu

SINGULIER

Masculin. Féminio.

Cas-sujet : (ille), li^ ; (///a), la;

Cas-régime: {illum)^le; {iUam),la.

PLURIEL Mascalin. Féminin.

Cas-sujet : {illi)^ li; {tllae) ) .

Cas-régime : {iilos)^ les; {illas) ] ^^

Lors de la perte du cas^sujet, au quatorzième siècle, le cas-régime subsista seul; on eut pour le masculin, le, les; pour le féminin, la, les.

Remarquons que cette formation de l'article a eu lieu contrairement aux règles de l'accent tonique. Ille^ illum, un, tliosy illa, illam, illœ, illas, sont accentués sur il; c'est cette syllabe qui devait subsister, comme elle subsiste dans le pronom il : c'est elle qui a disparu. C'est le seul exemple où la syllabe tonique latine disparaisse en français.

1. On Irouve aussi, mais 1res rarement, la forme e/, pour l'arlicle sujet.

DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 7i

L'article précédé des prépositions de, à, en, se combina avec elles et donna :

Singulier. Phiriel.

De le, del; de les, dels;

A le, al; à les, als;

En le, enl. en les, es.

Del est devenu du; al, au; als, aus, puis aux, par vocalisation de 17; dels est devenu des; quant à èsy il a disparu du français moderne, et n*est plus usité que dans les expressions maître es arts, docteur es lettres, bachelier es sciences, Saint-Pierre es liens.

L'adjectif indéfini un, une, a été formé de unum, unam, adjectif numéral, absolument comme notre adjectif numéral français :

CAS-SUJET : uns (unus), une (una).

CAS- RÉGIME : un (unum), une (unam).

n n'a pas de pluriel, conformément à l'idée d'unité qu'il représente. Le mot latin unus n'en avait pas non plus, excepté quand il se construisait avec un nom qui n'avait pas de singulier. Cependant, en français, nous trouvons le pluriel de un, une, dans les locutions quelques-uns, quelques-unes ; les uns .... les autres, les uns et les autres.

La déclinaison des adjectifs, en roman, est la môme que celle des substantifs, c'est-à-dire que nous remarquons la persistance de 1'» au cas-sujet singulier. Dans le français moderne, le cas-sujet a disparu, 1'» est restée la caractéristique du pluriel, parce qu'elle était en roman la carao téristique du cas-régime pluriel.

Les adjectifs latins se divisent en deux classes :

1"* Ceux qui avaient une terminaison différente pour le masculin et pour le féminin ; ex. : bonus, bona.

2® Ceux qui avaient la même forme pour les deux genres; ex. : prudens, fortis.

En français, les adjectifs de la première classe eurent, comme en latin, une terminaison différente pour le fémi-^

nin. La terminaison lalinc a s'affaiblit en e muet^ et Ton eut:

Masculin. Féminio.

Bon (bonum); 6onne (bonam).

Noir (nigrum) ; noire (nigram) .

Cette règle s'est généralisée.

Les adjectifs de la deuxième catégorie, qui avaient la même forme pour le masculin et pour le féminin, comme grandis^ fortisj n'eurent en roman qu'une forme pour les deux genres :

Une femme grant^; Rome la grant; une plaine vert ; Hoûheforty pour Boche forte.

C'est ce qui explique les expressions grande mère , mère grandj grand'route, grand'messe, grand^garde, grand' faim.

La Discorde infernale Monte dans le palais, entre dans la graud'salle.

(BoiLEAU, Lutrim, iv, 134.)

Entre ces tieux appuis dont Taffreuse grand*salle

(W., ibidi., V, 33).

Il porte une jaquette à grands basques -plissées

(Molière, llUanihro^, ii, 6.)

Les grammairiens du dix-septième et du dix-buitième siècle ne pouvaient expliquer cette anomalie apparente; ils supposaient qu'on avait supprimé l'e du féminin, et le remplaçaient par une apostrophe.

Plus tard, ces adjectifs formèrent, par analogie, leur féminin comme ceux de la première catégorie, d'où est venue la règle générale : Quand les adjectifs ne sont pas terminés par un e muet au masculin, ils en prennent un au féminin.

Dans le dernier quart du treizième siècle, les adjectifs en alis^ qui appartenaient à la seconde catégorie, et qui, par suite, ne devaient pas avoir de forme différente pour le féminin, obéirent à la règle des adjectifs de la première catégorie, et eurent dans la langue parlée au nord et au

1. On trouve quelquefois cependant la forme féminine en 6 muet. Cf. la \%e de saint Alexis^ Lxxxvn, xci, et la Chanson de Roland, y. 30î, 3656.

DE GRAMMAIRE HISTORIOUE. 73

centre de la France, ou langue d*oi7, un féminin en e. On disait : possession corporele; de nos jours, nous doublons 17 ." corporelle.

Certains mots, qui sont maintenant substantifs, comme sanglier^ bouclier, linge^ grenade, coursier^ destrier, dômestique j etc., étaient primitivement adjectifs; ils venaient d'adjectifs latins.

On disait un po7^c sanglier (porcum singularem)^ c'està-dire un porc solitaire, et l'expression de solitaire est restée pour désigner un sanglier de plus de quatre ans; un serviteur domestique^ {domesticum, dérivé de domus, maison), c'est-à-dire un serviteur de la maison; un écu bouclier [scutum *buçcularium, ou écu bombé) ; une pomme grenade {pomum granatum, fruit rempli de grains); un vêtement linge (vestimentum lineum^, un vêtement de lin). On disait également un cheval coursier, pour cbeval de voyage, de course, par opposition au cheval destrier, qui était le ôheval de bataille du chevalier, et que le page tenait de la main droite, de la dextre [dexteram). Des exemples plus récents, comme, un mortel pour un homme mortel, un défunt, pour un homme défunt, nous montrent que les adjectifs ont pu éliminer les substantifs qu'ils qualifiaient et devenir les noms mêmes des objets •.

Les degrés de comparaison se forment dans le français moderne à l'aide des adverbes plus, le plus, très, beaucoup, etc. On a abandonné les formes latines en or et en us du comparatif, et en issimus, ismus, imus, du superlatif. Quelques adjectifs cependant ont conservé leur comparatif latin. Notons en passant, que le comparatif latin en un seul mot ne servait que pour le comparatif de supériorité.

Ces adjectifs sont :

jy i CAS-sujET : mieldre, mieudre(me/e'or).

^" ( cas-riî:gtmb : meilleur [meliorem),

1. Domestique eBt de formation savante. Le mot populaire dérivé de domeS' ticum est domesche.

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