Max MuUer, Science du langage^ septième leçon
2** D'une voyelle suivie de deux consonnes: a^^d^ blesser;
3® De deux consonnes, une voyelle, et deux consonnes : spandj trembler.
Les racines premières sont les plus importantes pour rhistoire des commencements du langage ; mais leur force d'affirmation étant généralement trop indéterminée pour satisfaire aux progrès de la pensée, elles ont bientôt été envahies et presque supplantées par les racines secondaires et les racines tertiaires.
II. Les affixes, éléments secondaires, qui s'ajoutent ou devant la racine (préfixes)^ ou après la racine {suffixes). Le caractère propre des affixes est d'exprimer une certaine idée, toujours la même, quelle que soit la racine à laquelle on les joint. La réunion des affixes à la racine forme le radical. Le radical diffère donc de la racine en ce qu'il contient de plus qu'elle les affixes. Il est, à proprement parler, ce qui reste d*un mot quand on en retranche la désinence»
La désinence ou terminaison marque les variations du rôle que joue, dans le discours, l'idée marquée par la racine. Elle sert à la déclinaison et à la conjugaison. Dans les substantifs, les adjectifs et les pronoms, elle marque les nombres et les cas; elle est dite alors désinence casuelle. Dans les verbes, elle marque *les nombres et les personnes ; elle est dite désinence personnelle.
Le radical s'appelle aussi thème. C'est la forme fondamentale du mot, celle qui demeure intacte et invariable lorsqu'on élimine toutes les lettres ou syllabes qui marquent les accidents de la déclinaison et de la conjugaison, « C'est, dit M. Michel Bréal, un mot prêt à recevoir sa désinence casuelle, mais non encore revêtu de celte désinence*. »
En résumé, le radical est la part commune à toutes les formes d'un même mot; la désinence est l'élément variable qui différencie chacune de ces formes ; la i^acine est la part commune à tous les mots d'une même famille; les affixes
1. Introduction hu deuxième volume de la grammaire de Bopp, p. xxx.
sont les éléments variables qui distinguent chacun de ces mots.
On divise les racines en racines verbales ou attributives^ et pronominales ou démonstratives.
On appelle racines verbales ou attributives celles qui marquent une action ou un état d'une manière absolument indéterminée, c'est-à-dire sans indiquer le temps, le lieu, la personne ou le nombre : «, aller ; es, ôtre ; spec, regarder ; da, donner ; spec, contient l'idée de voir, mais sans indiquer s'il s*agit d'une personne qui voit, ou d'une chose que l'on voit,et sans faire comprendre de quelle manière, en quel temps, en quel lieu. Aussi cette racine peut-elle devenir l'élément essentiel d'un verbe à ses divers temps aussi bien que d'un nom. La racine ar est aussi attributive, parce que dans quelque composé qu'elle entre, le grec aratron (charrue), tri-er es (vaisseau à trois rangs de rames), le latin ar-atrum (charrue), ar-vum (champ labourable), le français ar-atoire, elle rappelle une seule et même idée, celle de la charrue, et par une association d'idées fticile à comprendre, celle du navire qui trace un sillage dans la mer, comme la charrue un sillon dans le champ.
Les racines />ro«owe/îafes ou démonstratives désignent les personnes ou les choses, les idées de genre, de nombre, etc. lilUes sont peu nombreuses et très simples,
On a reconnu que, dans la formation des langues, les racines passaient par trois périodes successives :
1** La période proprement dite des racines; pendant cette période, les racines se juxtaposent sans se joindre, chacune d'elles conserve sa pleine indépendance*.
C'est la période de juxtaposition.
2** La période des désinences est la seconde période. On voit alors les racines s'unir pour former des mots com-
1. ■ C'est Tenfance du langage ; il n'y a que le cliinoia qui se soit arrêté à celte première période; il nous présente l'état lo plus primitif où nous puissions imaginer qne lo langage ait existé... Ainsi en chinois avec un bâton se dit y cang. Dans cette expression y est une racine; ce même mot employé comme verbe signiûe-ait se servir. » (Max Muller, Science du langage, p. 34S et 3j55.)
plexes, avec cette particularité remarquable que Tune des deux demeure intacte, pendant que Tautre s'altère et perd sa forme primitive.
« Les mots de ces langues se prêtent toujours à une décomposition facile; et, bien qu'il s'en faille beaucoup que les terminaisons aient toujours conservé leur valeur significative comme mots indépendants, on sent encore qu'elles sont des syllabes modificatives, distinctes des racines auxquelles elles s'ajoutent*. » Ces langues se caractérisent donc ^hvV agglutination des racines.
3** Dans la période des flexions^ les racines verbales et les racines pronominales se fondent au point qu'aucune d'elles ne conserve plus son indépendance : « Elles ne font plus qu*un seul corps, un mot unique, vivant d'une môme vie, et soumis dans son ensemble à toutes les causes d'altération qui transforment le son *. » C'est à cette période qu'appartiennent les langues indo-européennes et les langues sémiliques : c'est la période de fusion.
Les racines passent donc par trois périodes dans le développement du langage : période de juxtaposition^ période à! agglutination^ période de fusion ou de soudure.
Les éléments formateurs des mots sont donc la racine et les affîxes^ éléments qui, eux-mêmes, se composent de voyelles qui, seules ou avec les consonnes, concourent à former les syllabes.
Dans chaque mot de plusieurs syllabes, Tune de ces syllabes est toujours prononcée avec plus de force, plus d'intensité : elle est dite frappée de Yaccent tonique. Les mots d'une seule syllabe eux-mêmes sont frappés de cet accent, et, dans un groupe de monosyllabes, Tun s'assourdit pendant que le suivant est accentué :
Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur.
(Racine.)
Vaccent tonique consiste donc dans l'intensité d'émission de la voix sur une des syllabes d'un mot; la syllabe