BOILEAU
Si, dans les expressions comme dira-t-on, va-t-on, on évite la consonance au moyen d'un /, dit euphonique^ c'est que ce t est étymologique; c'est le t de la troisième personne du singulier du verbç latin, t qui subsiste en roman, et que l'on a conservé naturellement.
i. Dans la Chanson de Roland il est hum (sujet singulier), hume (régime singulier), hume (sujet pluriel), humes (régime pluriel).
Rien vient de rem, cas-régime de res (chose). 11 était féminin dans l'ancien français avec son sens étymologique et obéissait à la règle de Vs, Le trouvère Rutebeuf (treizième siècle) a dit de la mort : « La riens qui la plus certaine soit. » Joinville remploie aussi dans le sens de chose : « Il n*est nulle riens au monde que j'en prisse', » (ix, 47), et dans le sens de créatures : « Se tu creins Dieu, si te creindront toutes les riens qui te verront. » (ii, 12.)
Et où, si je sçay rien (quelque chose), j'appris ce que je sçay.
(RÉGNIER, SaUy u, V. 226.)
De nos jours, ce mot s'emploie comme substantif masculin dans la locution un rien. 11 n'avait pas originairement le sens négatif, et maintenant encore, pour avoir ce sens, il est le plus souvent accompagné de la négation ne. Lorsque, dans les Femmes savantes^ Bélise se moque de Martine, qui vient de lui dire :
Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien,
(II, Yi, 479.)
Bélise a tort : Martine parle plus français qu'elle, étymologiquement bien entendu. Serait-il impossible que Molière, qui avait lu nos vieux fabliaux et y avait puisé, ait voulu donner un ridicule de plus à la femme savante, ridicule que seuls pouvaient comprendre les lettrés?