‹ Notions élémentaires de grammaire historique de la langue françaiseChapitre 61 sur 81 · PASSIF · texte numérisé non relu

PASSIF

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3« — nt.

ntur.

Singulier

Pluriel

Ces terminaisons servent pour tous les temps et tous les modes, excepté : 1*» l'infinitif; 2® Timpératif; 3^ les participes; 4* les temps passés du passif qui sont formés, comme en français, par l'adjonction de l'auxiliaire être au participe passé.

1. Les verbes déponents n'ont pas de dérivés français; ils avaient dispara dans le latin populaire pour faire place à des formes actives.

Outre les lornies personnelles et les participes, les verbes avaient encore deux formes particulières et impersonnelles, auxquelles on donne quelquefois le nom de modes^ appelées Tune supin, l'autre gérondif.

Le supin était terminé en wn et en u : amatujn, pour aimer; amatu, à aimer (facilis amatu, facile à aimer, à être aimé).

Le gérondif, ou plutôt les gérondifs, car il y avait trois formes, servait à exprimer, comme Tinfinitif, l'action en général : amandi^ d'aimer, amando^ en aimant ; (ad) aman^ dunij (pour) aimer.

La conjugaison française n*a conservé du latin que la voix active, c'est-à-dire qu'elle n'a pas eu de forme particulière pour la voix passive, comme le latin. Le français forme le passif avec le participe passé du verbe accompagné de l'auxiliaire e/re;

AmOj j'aime; amor^ je suis aimé.

Mais aux temps passés passifs latins nous trouvons une formation analogue à celle du français : amaius eram^ j'avais été aimé. Cette formation des temps passés passifs s'est étendue en français à tous les temps, même aux temps passés actifs : ce qui nous fait remarquer que le caractère généj^al de la conjugaison romane, c*est r importance donnée aux formes analytiques. De même que, dans les noms, les cas avaient disparu et que les rapports qu'ils exprimaient avaient été marqués par des prépositions, de même les auxiliaires vinrent remplacer, au passif et dans certains temps de la voix active, les flexions greffées au radical verbal chargées d'indiquer les différentes modifications de temps, de nombre, de personnes, de voix, subies par le radical *.

Quant aux modes^ le français a perdu deux modes latins : 1*» le supin, qui était une sorte de nom verbal ; 2* les gérondifs. Il a remplacé le gérondif tantôt par le participe présent avec en, tantôt par l'infinitif avec à : On devient savant en étudiant ; il passe son temps à lire ;

1. C. Chabaneau Histoire et théorie de la conjugaison française.

A vaincre sans péril on triomphe sans gloire.

(Corneille, Le Cid, ii, 2.)

Quelquefois même le participe n'est pas précédé de en : chemin faisant, tambour battant.

Le français a créé un nouveau mode, le conditionnel^ qui se confondait en latin avec l'imparfait et le plus-que-parfait ' du subjonctif.

Pour les temps ^ nous remarquerons deu\ modifications importantes :

1* Les temps passés, à part l'imparfait et le parfait défini, n'ont plus été exprimés seulement par des désinences, comme en latin (amaveram^ j'avais aimé), mais ils ont été composés avec l'auxiliaire ayo/r et le participe passé : amavi j'aimai, l'ai aimé, ]'eus aimé, et quelquefois avec l'auxiliaire être : je suis venu, que je fusse allé.

2*» Le futur a été formé à l'aide de l'auxiliaire avoir. Ainsi l'aimerai^ tu aimeras^ ne viennent pas de amabo^ amabisj mais de aimer et du présent de l'indicatif ae, asy etc. Cette tournure correspond au latin amare habeoj qui se traduit régulièrement par aimer ai, que l'usage a fini par réunir en un seul mot aimerai. Dans de vieux textes romans on trouve même l'infinitif séparé du verbe avoir par un complément, et au lieu de : Je vous dirai, on trouve : je dire vos ai. Cette sorte de futur n'était pas inconnue en latin. On trouve dans Cicéron : habeo scribere {ad Ait, y n, 22) j'ai à écrire, j'écrirai. Plus tard, cette tournure finit par remplacer la forme classique.

Le conditionnel se forme d'une manière analogue. Il n'existait pas de forme distincte on latin pour exprimer ridée qu'il représente. On se servait de l'imparfait ou du plus-que-parfait du subjonctif. Le plus-que-pai fait du subjonctif {arnavissem, amassent) nous a donné l'imparfait actuel (aimasse), tandis que l'imparfait du subjonctif latin a disparu dans notre langue^.

Le conditionnel français a été formé de l'infinitif du verbe et de la finale de l'imparfait de l'indicatif du verbe

1. 11 est resté en eàpagnol et en provençal avec le sens condiiionnel.

DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. lOo

avow :f aimerais est i^o\iv faimer-avaïs^ . Celle formation du conditionnel à l'aide de l'imparfait n'a rien qui puisse nous surprendre si l'on réfléchit que le conditionnel désigne un avenir au point de vue du passé, comme le futur un avenir au point de vue du présent*. La formation du futur et du conditionnel est donc la même en français : tous deux viennent de TinAnitif auquel on a ajouté, pour le futur, le présent de l'indicatif de avoir, et, pour le condiiionnel, la finale de l'imparfait de l'indicatif.

Si quelques verbes, comme avoir y être, courir^ etc., paraissent former irrégulièrement leur futur, et faire aurai^ serai, courrai^ cela vient de ce qu'il existait primitivement une forme infinitive tombée de nos jours en désuétude.

Aurai était primitivement aveir ai, avr' ai^ et, comme nous savons que le v et Vu se confondaient souvent, il n'est pas étonnant que nous ayons aurai. Serai est formé de l'infinitif bas-latin *essere et de ai; esserai^ puis sa^ai, par aphérèse de es (qui s'explique naturellement si nous prononçons esserai précédé du pronom je, fesserai^ je serai). Courrai vient de l'infinitif courre et ai. De même quérir a donné querrai de l'infinitif querre; envoyer^ j'enverrai (envéier) ; voir tire son futur je verrai de la forme primitive veoir ; je pourrai^ primitivement je pouvrai, vient de pouvoir ai; je cueillerai de l'infinitif cueiller^ etc.

Les autres temps se forment régulièrement, exemple :

PRÉSENT DE l'iNDICATIF :

âtnOj aime^^

àmaSj aimesy

1. La forme ancienne de notre conditionnel est : ameroie, ameroies, ameroit^ amerions, arriériez, ameroient. Les finales, dit M. Littré, sont ici exactement les mêmes que celles de 1 imparfait et répondent à abam, abas, abat, abamiis, abatiSy abant; de sorte que si Ton refaisait à Taide du français la forme du baslatin qui a existé en fait ou virtuellement, on aurait amarabam, {Histoire de la langue française, ii, 312.)

2. Burguy, Grammaire de la langue d'oïly I, 236. — C. Chabaneau, Histoire de la conjugaison française, p. 17 : a Le conditionnel est un futur imparfait ou relatif... Le futur a lui-même souvent le sens conditionnel : Je lirai ce livre si on me l'apporte. Le conditionnel : Je lirais ce livre si on me l'apportait, exprime la même chose avec moins d'assurance. »

3. Remarquons que a du radical devint ai partout où l'a du radical latin était tonique; ailleurs il resta, en roman, o. Ainsi am-dre donna amer, qui devint plus tard, par analogie, aimera tandis que dm-o donna aime.

âmat^

aimet, puis aimey

amdinus,

aimomes^j aimons

amâtts^

aimez,

amant,

aiment.

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