‹ Notions élémentaires de la science sociale de FourierChapitre 16 sur 34 · SÉRIE · texte numérisé non relu

SÉRIE

nuité, forment les deux éléments distincts de la théorie musicale sous les noms de mélodie (série continue) etd 'harmonie (série simultanée). De plus, la note tonique ne présente-, t-elle pas dans un air quelconque un point central autour duquel serpente la série mélodique pour y revenir toujours, et l’accord fondamental du ton ne forme-t-il pas le pivot de là série harmonique à laquelle se rattache une succession d’accords formant plusieurs systèmes sériaires gradués et hiérarchisés autour du système dominant.

Enfin tout le travail de la pensée humaine est gouverné par la série, depuis l’idée à son état le plus vague, le plus général, jusqu’au sommet des classifications scientifiques les plus hautes. Une idée particulière est une série simple se composant d’autant d’éléments que l’objet même dont elle contient la notion. Elle a pour pivot, ou organe principal, le trait qui caractérise plus particulièrement son sujet ; autour de lui se groupent des qua- , lités de moins en moins spéciales jusqu’à celles qui, étant communes à l’idée exprimée avec d’autres, lui servent de transition ou de relien avec un groupe plus général présentant les phénomènes analogues.

Toute opération du raisonnement a pour base la faculté d’associer les idées, c’cst-à-

dire de les sérier ; et l’art de raisonner ne consiste pas à autre chose qu’à construire avec plus ou moins d’exactitude les séries idéelles.'

Quelle différence éxiste-t-il entre l’homme logique et le faible penseur? C’est que, chez le premier, la sériation des idées est plus forte, leur importance relative mieux appréciée; tandisque la dialectique du second offre dés solutions de continuité; il manque, selon l’expression ordinaire, de suite dans les idées: il donne une importance exagérée à une idée faible, ne découvre pas la principale, en un mot, ne série pas régulièrement les idées, ne pivote pas hiérarchiquement les séries. Il arrive parfois que les circonstances funestes qui environnent la vie sociale brisent les plus fortes natures. Tout à coup le cerveau du penseur se désorganise : il perd tout équilibre : il méconnaît ses amis, parle et agit au hasard : il est fou ! Comment expliquer en luimême ce désastre? par un seul mot : l’homme ne possède plus la faculté sériaire. Ce ne sont pas les idées qui lui manquent; mais le fil en est rompu ; une seule, souvent futile, le préoccupe particulièrement : il y revient sans transitions, à propos de tout et de rien : plus de lien, de progression, de hiérarchie.

Les idées d’un certain nombre de penseurs, contrôlées les unes par les autres, enfantent

des : opinions qui , à la longue,se groupant,

se classant, se synthétisant reçoivent le nom de

science. Plus tard plusieurs séries scientihques construites parallèlement par les diverses fractions de riütelligénce humaine, se rapprochent, se rejoignent .et forment une série puissantielle d’un ôrdie supérieur. Ainsi toutes les. sciences physiques, naturelles, mécaniques, astronomiques, etc. composent une vaste unité sériaire ayant l’élément mathématique pour organe pivotai. Puis le cadre s élargit toujours jusqu’à ce que de degré en degré il parvienne à réunir tous les travaux de l’esprit humain dans un même foyer au sein duquel le vrai, le juste et le beau ne sont plus que les faces diverses de la même unité métaphysique. C’est la constitution de cette série-mère, dernier terme de la tradition comme de la liberté philosophique, dans laquelle les mathématiques touchent à la morale, la science devient poésie et religion, qui doit être l’œuvre de notre siècle. Le caractère qui distinguera cette synthèse par excellence de toutes celles qui la précédèrent, est que chacune de ses lois fondamentales versera la lumière sur l’universalité des sciences humaines. L 'attraction et la conception sériaire elle-même paraissent devoir lui appartenir. C’est pour s être élevé à cette hauteur que Fourier a pu jeter

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sur les destinées humaiues un. Tegavd si ferme et si vaste; et, tout en reconstituant la vie et la société sur leurs véritables bases, échapper aux décevantes illusions de la poli-

Bornons ici notre analyse générale de ,1a série, et cherchons à résumer en peu de lignes les notions que nous avons présentées au lec-

La vie de tout être est un phénomène de mouvement.

Le principe permanent du mouvement est l’attraction.

La formule extérieure du mouvement ou de la composition et du groupement harmonique des êtres est la série.

La série se déroule sur deux modes : Y espace.et le temps; elle.a deux aspects : le nombreux, h. fonction. Envisagée dans son travail organique, elle présente un mouvement de progression croissante et décroissante autour d’un pivot.

La série, après avoir coordonné les parties , entre elles de manière à former des individualités possédant un cercle d’activité distincte 'et proportionnelle à la valeur de chacune, les rattache à un, ensemble plus vaste; puis harmonisant de la même manière les ensembles,

elle finit par enlacer l’universalité des êtres dans un cercle infini dont Dieu est le centre, l’âme et le principe. Omnia per scalam quamdam ad unitatem ascendant'.

La série nous apparaît donc comme le procédé constitutif de l’ordre général depuis la molécule jusqu’à Dieu ; comme le moule unique du développement successif de la vie, et a la fois comme le cadre qui réunit sous un même point de vue ses faces si diverses. C’est elle qui préside à toutes les apparitions individuelles, qui'les jette simultanément et tour à tour sur. le clavier de l’espace et du temps comme les notes de l’universelle harmonie.

Loi de contrastes, d’ensemble et de hiérarchie marquant la place et le rôle du plus faible des êtres, et brisant, quand son heure sonne, les plus immenses individualités comme des atomes : rhythme éternel des créations, qu’on ne saurait mieux résumer que par ces paroles du savant qui le premier en a révélé au monde la magnificence : « Double vibration » ascendante et descendante de l’infiniment

i e Pensée de Parménide.et de Platoi), citée par Ba. con qui leur reproche de n’en avoir pas assez fait usage. » (Fowiieb, sa Vie et sa Théorie, par le docteur Pellarin.)

» petit à l’infiniment grand, et de l’infiniment » grand à l’infiniment petit. » ( Fourier .)

Application de la Série h la philosophie sociale.

Si de cette détermination métaphysique et générale du procédé sériaire, nous passons à ses applications spéciales dans la sphère de l’humanité, nous découvrons qu’il devient un instrument supérieur de connaissance et de combinaison. De connaissance, parce qu’il explique scientifiquement tous les problèmes de la vie collective et individuelle; de combinaison, parce qu’il recèle tous les germes d’un système d’organisation sociale.

Nous avons déjà montré que la vie humaine, envisagée soit comme unité de temps soit comme unité d’espace, offrait un éclatant développement du procédé sériaire.

Nous avons établi, en outre, que l’homme faisait encore partie de séries plus générales que son unité individuelle, qu’il était membre d’une nation et de l’humanité, et qu’à ces deux titres il participait à un double mouvement présentant sur des proportions plus vastes les mêmes caractères. Tous les histo-

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riens ont constaté que la vie des peuples parcourait des phases analogues à celles des individus : naissance, accroissement, apogée, décadence et mort. Enfin, le dogme de l’unité du genre humain, entrevu par l’antiquité et proclamé par le Christ, devient tellement vivaiit parmi, nous, qu’il n’y a pas une école philosophique, pas une théorie politique, qui n’en fasse son point de départ as-

. Tout le monde sent de plus que l’humanité est encore dans la. phase ascensionnelle de sa carrière. Aussi résume-t-on ses travaux présents. et passés par le mot de progrès. Nous en, donnerons tout à l’heure la formule.

Cependant l’humanité, considérée synthétiquement par rapport à l’ensemble des créations, n’est plus elle-même que la première des individualités du globe terrestre, et subordonnée par là à l’évolution vitale de la planète. Nous pourrions remonter encore pins haut, en faisant rentrer la planète dans la série sidérale qui compose le tourbillon solaire, et en ajoutant, d’après les astronomes, que cet astre immense, malgré tout son cortège de planètes et de satellites, ne doit être considéré lui-même que comme une des étoiles dont l’innombrable foule remplit les champs de l’espace. Mais concentrons notre

attention sur la sphère dont nous faisons partie.

Notre globe, envisagé dans sa vie extérieure, ia seule qui soit encore suffisamment, accessible à notre étude, nous présente une double série d'enchaînement et de succession parfaitementnette. Les minéraux,les végétaux et les animaux, jusqu’à l'homme, ne formentils pas les anneaux d’une vaste chaîne possédant tous les caractères de gradation Iihrmonique qu’il est possibleà notre intelligence de concevoir? Ün grand philosophe en a tracé le tableau, préludant ainsi sans le savoir à la découverte de la loi Fondamentale des harmonies sociales'. Constatons aussi le développement successif.

La géologie, cette belle conquête du xix e siècle, nous enseigne que ce n’est pas tout d’un coup que la vie extérieure de la planète est arrivée à l’épanouissement élevé qu’elle présente aujourd’hui, il y eut d’abord une phase où tout était à l’état embryonnaire; les feux d’une immense, combustion préparaient les éléments à se façonner au souffle de la volonté créatrice. La vie minérale, la moindre de toutes, se dégagea la première du chaos général, et lança à la surface du globe les

1 Clarke (chaîne des Cires).

grandes masses granitiques. Puis avec un degré d’organisation supérieur, des végétaux gigantesques, mais encore grossiers, apparurent. Dans la période suivante , des animaux difformes, des reptiles monstrueux rampèrent sur le sein de la terre. Mais à mesure que les conditions vitales devenaient plus faciles, ces premières créations cédaient peu à peu la place à de nouvelles, modelées sur un type plus harmonieux et plus élevé.

Enfin lorsque l’air se fut épuré, que les convulsions et les flammes des volcans eurent été concentrées dans les entrailles dë la terre, que sa surface refroidie s’enveloppa d’une robe de verdure, que ses sucs se transformèrent en végétaux variés et souples, en fruits savoureux et en fleurs diaprées, l’homme parut résumant en lui toutes les puissances de la création terrestre, afin qu’il régnât sans partage sur cet. univers jeune et fécond; mais aussi, afin qu’il continuât lui-même, car telle est si mission sublime, l’œuvre d’harmonisation qui doit conduire le monde sublunaire a l’apogée de sa vie.

En effet, une profonde différence sépare l’homme de tous les autres êtres : seul, il peut comprendre les proportions, le but et les causes; seul, il a conscience de la justice,et de l’ordre., et, par conséquent, seul il a mission

de les réaliser. Son propre bonheur, attaché à l’accomplissement de cette fonction providentielle, dévient la sanction morale de sa vie. Voilà pourquoi Dieu ne lui a pas permis de s’arrêter dans sa laborieuse route, et lui cric sans cesse par là voix de ses prophètes : Marche , marche, le bonheur est devant toi.

Il sera bon, du moins pour fortifier notre espérance, de constater les pas faits dans la carrière.

« Dans l’origine, l’homme fut placé sur la terre, ignorant, désarmé, mais doué dintelligence. Dans cet âge de faiblesse, la race humaine eût été anéantie par le moindre effort hostile du milieu où elle se développait. Elle a donc dû se trouver dans les circonstances les plus favorables, sur un sol vierge et fécond, dans un climat doux, loin des animaux redoutables, originaires des zones extrêmes. Là, l’homme trouvait en abondance et sans fatigue tout ce qui était nécessaire à ses premiers besoins ; vigoureux, exempt de maladies et de préjugés, il jouissait sans calcul de ce qui s’offrait à lui; il était heureux, mais d’un bonheur simple comme son esprit.

» Le souvenir de cette première époque de la vie humaine s’est conservé partout: toutes les traditions parlent d’un Eden,d’un paradis terrestre, d’un âge d’or. Mais le premier

bonheur à été dé courte durée , les popülations se sont accrues et avec elîés lès. besoins de l’espèce ont rapidement Augmenté. Bientôt il a''Fallu demànder la satisfaction de ces besoins : au travail et à un travail ignorant. '« Après sa chute, l’homme vivant de chasse, de pêche, de produits bruts de la nature, était à Vêlai sauvage. » Sans lois écrites, sans propriété et sans demeure fixe, il jouissait cependant de

plusieurs droitsnaturelsetnotammenf d’unein-

souciance sjur sa vie que les garanties et les libertés politiques de la civilisation ne lui ont pas rendus, Dès çctte période la femme subit la loi du plus fort : elle fut asservie et méprisée. « D’art d’éléver les troupeaux a fait naître 1 epatriarcàat, >'• qui eut poui’ caractère saillant la domination exclusive mais paternelle du chef dé famille. L’ésclaVage s’y organisa. « La culture et l’indUstriè imposées aux esclaves ont engendré là barbarie, »,je plus' funeste des gges sociaux, ou le despotisme militaire d’un côte èt l’esclavage des femmes dé l’autre atteignent leurs dernières limités. (C’est encore l’état des empires id’Orient.)

« Enfin la civilisation s’est développée par la grande culture, là haute industrie, par les progrès des sciences çt des arts 1 . » La, cepen-

■ Solidarité, par H. Renaud.

liant, ne s’arrêtera pas la marché de l’humanité; À l’antagonisme des intérêts' et des passions que la civilisation porte à son plus haut terme; au régime .'du salariat qui n’offre pas même au prolétaire la garantie du travail le plus dégradant et le plus pénible, à la déperdition continuelle des ressources sociales, ait fractionnement incessant de là famille humaine , il faut substituer une science, un accord, un ordre plus fécond et plus religieux. Mais qu’on y songe, il n’est pas donné à l’homme de concevoir et de produire un autre ordre que celui qui découle des lois .établies par la suprême intelligence. Toutes les données sur lesquelles il agit, y compris sa propre nature; n’étant que des émanations des principes régulateurs de l’univers , c’est dans ces types divins seulement qu’il doit trouver ses méthodes et son idéal. C’est donc à découvrir' la loi et à s’y soumettre que consiste la véritahle grandeur, la liberté et le bonheur de l’homme; et ce n’est qu’à ce prix qu’il établira lui-même sur le globe son légitime empire : Nalurœ nisi parendo non imperatur '.(Bacon.)

Nous (lirons plus encore, s’il est possible.

' Ce n’est qu’eu obéissant à la nature qu’on peut la soumettre.

La loi de l’ordre est tellement une; il serait si difficile à l’intelligence humaine de concevoir un autre moyen de le réaliser, que, de tout temps, c’est avec la série et uniquement avec la série, quoiqu’imparfaitement comprise et appliquée, que l’homme a pu établir l’ordre dans ses travaux de tous genres.

Nous avons vu que la marche des idées était assujettie à cette loi, que les passions formaient une série ayant l’unitéisme pour pivot, que la vie physiologique était une évidente série de temps et d’espace avec progression croissante et décroissante ; ajoutons que dans les études d’histoire naturelle, la zoologie, la botanique, etc. les classifications. scientifiques ne sont pas autre chose que le groupement sériaire des êtres par genres, familles et espèces se rattachant les unes aux autres pour former des unités progressives. En politique même, aucun ordre n’a jamais été obtenu que par l’application plus ou moins complète du procédé sériaire. Nous en citerons un seul exemple.

A coup sûr, si quelque chose est organisé fortement dans la civilisation, c’est la force destructive, VArmée. Eh bien ! voyez comme l’organisation sériaire y brille avec éclat. Les escouades, les compagnies, les bataillons, les régiments jusqu’à l’armée coin-

plète ne sont-ils pas des unités sériaires nettement caractérisées, avec le général pour pivot, les officiers ou sous-officiers pour sous-pivots, jusqu’aux soldats pour organes élémentaires et communs? Où trouverait-on un développement plus éclatant de la série hiérarchique et par là même de sa puissance ? Et, ce qui fait la supériorité de nos armées sur les troupes des Barbares en Afrique; c’est bien évidemment avant tout notre organisation militaire, puisqu’individuellement les Arabes sont reconnus comme doués d’autant de courage et d’adresse que nos propres soldats.

Que manque-t-il à l’armée pour devenir la série normale ? Le voici : — D’abord elle est contrainte et ne résulte pas de l’attraction naturelle. — Déplus, la valeur réelle, spontanée, individuelle de chacun de ses membres, ne préside pas seule à son agencement général. — Il y a des capitaines ignorants, ou sans bravoure ; il y a des soldats qui devraient commander, et d’autres qui ont horreur de la guerre. — Or, toute série qui ne repose pas sur une association spontanée et libre des éléments et sur une hiérarchisation de ces éléments conforme à leur valeur proportionnelle, n’est pas une série normale. — Elle réalise \'ordre, mais non la liberté. — Elle peut être puissante pour détruire ou com-

primer, mais impuissante pour produire. La série sans Y attraction, c’èst l’ordre sans la liberté; c’est le despotisme. Vattraction sans la série, c’est la liberté sans l’ordre, sans l’unité, ou l’anarchie. — Voilà la vraie et la fausse série, ou autrement la série harmonique et la série subversive;- métaphysiquement parlant, Y attraction est la thèse, la série est I’àntithèse et Y association est la synthèse.

Nous sommes donc dans les plus exactes conditions du progrès scientifique en demandant à la loi sériaire la solution de tous les problèmes de la philosophie sociale en ce qui concerne l’ordre et le développement des idées et des institutions.

Nous voyons en effet :

1“ Qué la série renferme la formule scientifique du progrès.

. La croyance au progrès,- l’une des plus générales de notre temps, est encore cependant un fait de sentiment plutôt qu’une conception raisonnée. Le plus grand nombre affirme simplement que l’humanité progresse, sans se rendre compte du but auquel elle tend. Quelques-uns ne s’élevant pas jusqu’à la notion de l’unité humaine, sans laquelle cependant il ne saurait exister ni religion ni philosophie vraies, ne voient dans le progrès qu’une sorte de flux et de reflux intellectuel

sans but supérieur, un jeu capricieux du destin élevant et agissant tour à toür chaque nation à là manière d’uhe balançoire. Enfin quelques écoles philosophiques avancées d’ailleurs, professent la Croyance au progrès indéfinit c’est-à-dire sans terme nécessaire , sans formule organique par conséquent :

mais « c’est là une monstruosité logique qui j> met en contradiction avec toutes les lois « de la nature et de l’hümanité : contradic- « tion avec les lois de la naturë, parce que « tous les mouvements de la vie sidérale et >, animale sont soumis à la naissance, à la » croissance, à la Maturité, au déclin et à la » mort; contradiction avec les lois de l’hu- » manité, parce que la vie terrestre des indi- » vidus et des peuples nous présente les » mêmes phénomènes de naissance, crois- » sance, maturité, déclin et mort. •» (Le Chevalier.).

Mais, la loi sériaire une fois bien comprise, nous savons que l’unité collective humanité, .considérée au point de vue dë son évolution continue, marche par un enchaînement de générations successives, d’acquisitions intellectuelles et de perfectionnements sociaux, vers un apogée de développement qui devra réaliser toute la somme de vie et d’harmonie qui est en rapport avec sa nature, et dont le

signe indicateur sera la complète ■ expansion de toutes les individualités qui la composent, ou, si l’on veut, le bonheur possible et proportionnel de tous les êtres terrestres.

La perfection même de l’organisme social dans cette phase suprême, enseigne combien elle devra être plus longue que toutes les périodes précédentes qui portaient dans leurs vices tant de genres de mort. Cependant, peu à peu, ainsi le veut la loi universelle, l’humanité descendra de ce glorieux sommet; non qu’il faille supposer, toutefois, que les mêmes douleurs qui ont environné ses premiers pas, l’attendent encore à son déclin. Les souffrances n’étaient que Y accident résultant de 1 ignorance de la loi divine ; or la loi, une fois connue, et par là même la coordination harmonique de l’humanité obtenue,'sa vieillesse devra être calme et douce comme la fin d’un beau jour. On trouvera dans les ouvrages de Fourier des indications étendues sur les périodes harmoniques et sur celles de décadence. Nous n’en parlerons pas ici, les bornes de ce travail ne nous permettant pas de les justifier.

2° La loi sériaire, en établissant nettement les relations de l’individu à l’ensemble, nous impose avec l’autorité de la science, le dogme chrétien de la solidarité humaine, et par là

même, le grand principe de la théorie générale des jonctions, puisque la vie de chaque être nous est montrée par elle comme un élément nécessaire d’un organisme supérieur, et qu’elle nous présente l’homme en particulier, comme l’agent providentiel de l’harmonie terrestre.

3° La série, en nous découvrant les lois de la hiérarchie naturelle, nous initie au véritable système de la hiérarchie sociale qui ne ' saurait avoir d’autre base que le degré d’importance relative des diverses fonctions pour la vie publique et des fonctionnaires entre eux dans chaque fonction.

4° Dans ses applications naturelles, le procédé sériaire nous offre des modèles faciles pour classer les attraits et les fonctions qu’ils représentent en groupes, genres, séries, etc., sans briser l*unité sociale ; il substitue le travail associé à l’isolement ; et, en introduisant partout la variété, la gradation et l’enchaînement, qui sont les caractères de la série naturelle, il permet à chaque homme de développer tour à tour chacune de ses aptitudes, sans cesser, pour cela, de faire converger vers la vie commune toute son activité.

5° La connaissance de la loi sériaire conduit à substituer dans le mécanisme politique l’ordre naturel fondé sur l’expansion harmo-

nique des êtres, conformément a leur constitution organique et à leur destinée, aux combinaisons artificielles qui ont prévalu jusqu a ce jour dans lés .sociétés humaines : combinaisons reposant toujours sur un principe dé'compression plus ou moins exclusif de quelques-uns des éléments delà vie, et de développement exagère de quelques autres. .

6° La loi sériaire seule, par sa conr.exite avec Xattraction qui en est le premier générateur, a puissancè de faire ressortir la satisfaction individuelle de l’harmonie generale , et l’harmonie générale des efforts libres de chacun. Ainsij.se trouvent résolus ces problèmes politiques dont la lutte a cause tant de bouleversements. Ainsi, la vie sociale osci le régulièrement sur ses deux pôles naturels.

Mordre et ia liberté.

7- Enfin, après avoir transforme la vieille politique source éternelle de luttes,' d’oppression d’une classe sur l’autre, de évolution périodique, en une science d’Organisation naturelle, la série substitue encore à l’étroite et hostile nationalité qui a divisé jusqu’à présent le monde, à la perfide et tortueuse diplomatie, le dogme sacré de l’umte humaine, réalisant ainsi dans.l’ordre moral, aussi bien, que dans celui des intérêts, l’idéal religieux

du christianisme : union de tous les hommes entre eux et avec Dieu!

Or, étant constatés :

1° L’attraction, comme mobile de la destinée de tous les êtres;

2° La série, comme méthode universelle d’organisation ;

Quelle est la forme sociale découlant de ces principes, et capable de produire dans les relations humaines l’harmonie dont ils portent le germe?

C’est l’ASSOCIATION.

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