‹ Notions élémentaires de la science sociale de FourierChapitre 15 sur 34 · SÉRIE · texte numérisé non relu

SÉRIE

la vie de ces ensembles, chaque individu exerce un emploi distinct, quoique convergeant vers le but unitaire de la vie générale.

Observons enfin que, si la série était purement numérique, la spontanéité de chacune de ses. portions serait sans but; il n’y aurait pas de vocation individuelle, d’attraction intime, de mouvement propre, de liberté, de vie en un mot ; puisque même à son état le plus élémentaire , dans le minéral, par exemple, il y a organisation attractive des molécules, jeu spontané des parties. Plus on s’élève, plus le rôledes organes s’élargit en s’individualisant, se détermine librement, se fonctionnalise enfin. La série est donc encore et surtout fonctionnelle.

Voilà son aspect vraiment fécond, vraiment ordinateur, voilà sa valeur hiérarchique. Ce n’est, qu’ainsi qu’il devient possible de rattacher au monde Dieu lui-même commei’Organe infini, le fonctionnaire culminant de l’universalité des séries; et de là de descendre de sphère en sphère, sans abandonner un seul instant le fil conducteur, jusqii’à la fonctionnalité du dernier organe agrégé au'moindre de tous les êtres.

• L’atome indifférent, numérique, n’existe jamais : c’est une pure abstraction; l’organe, le fonctionnaire vit partout. Voilà, répétonsnous, le côté puissant, profond, vivifiant de la

série. Par là se dévoile le mystère harmonique de l’inégalité des êtres, de leurs relations hiérarchiques; et parla nous saisissons le sens religieux, le but et le signe de la légitimité du pouvoir.

La sérié se développe donc simultanément et successivement, et, sous ces deux modes qui ne sont jamais séparés dans la vie, elle est nonseulement numérique, mais fonctionnelle. 11 en résulte que l’évolution, soit individuelle, soit collective, ne se compose pas de portions uniformes ou monotones, différant entre elles seulement par le nombre ou la durée, et n’exerçant sur la vie de l’être qu’une influence égale,.'vague et sans choix; mais au contraire, que la fonction de chacune est spéciale; que la partie y porte le nom d’organe, et que les organes y sont subordonnés et hiérarchisés de manière à offrir une progression croissante et décroissante autour d’un organe supérieur qui est, suivant l’espèce, apogée, centre, phase supérieure, pivot, élément capital de la série.

De telle façon que la série organique régulièrement étudiée présente partout un commencement, un accroissement, un apogée, un décroissement, une fin.

En voici quelques applications :

Lés désignations d ’inferieurs ét dé Sapé rieurs s’expliquent, par l'agencement de la série formée d’un ensemble quelconque avecles séries moindres et plus élevées parmi, lesquelles elle est engrenée. Ainsi, par exemple : Y ambigu inférieur de la série des oiseaux est lé poisson volant qui joint les oiseaux aux poissons; et Y ambigu supérieur est la chauvesouris qui joint les oiseaux aux mammifères.

Telle est la puissance et l’universalité du procédé sériaire que non-seulement il préside à la construction intime des ctres animés ou inanimés et à leurs combinaisons entre eux; mais encore qu’il se manifeste dans tous les aspects qu’ils revêtent : nombre, lignes, sons, formes et couleurs.

Le nombre estl’expression même de la loi d’ngrégàtioïi et de continuité. On dit : ce tout est composé de tant de parties ; il a duré tel temps. Il est vrai que le nombre n’exprime pas la hiérarchie ; mais aussi le nombre en lui-même n’est-il pas autre chose qu’une abstraction.

Ce n’est point un être : il n’a rien dé vivant, ce 11’ëst qu’un des aspects métaphysiques de la vie comme le temps et l 'espace : aussitôt que sur ces diverses trames un être est réalisé, son rôle hiérarchique commence.

Là ligne est une série de points; la courbe, une Série de lignes droites; les plans et les

formes, des séries dé lignes* ét l’agrégation de ces premiers éléments suffît pour obtenir toutes les configurations imaginables.

Remarquons, en outre, que plus la forme d’un corps, d’une statue, d’un édifice reproduit richement les caractères d’équilibre et de hiérarchie de la série fonctionnelle; mieux elle réalise, au milieu d’une progression de séries partielles, une harmonique unité, plus la dignité et la puissance des lignes s’accroissent. Les lois de l’esthétique n’ont pas d’expression plus haute et plus universelle.

De même, la réunion des diverses couleurs dans un foyer commun pour formér l’unité du blanc, ou leur groupement en nuances successives dans tous les phénomènes physiques et atmosphériques y dévoile la puissance du procédé sériaire. La durée du jour, par exemple, ne présente-t-elle pas une série parfaitement graduée, à partir du crépuscule qui forme la transition, l’ambigu entre les ténèbres, et la lumière, jusqu’au milieu du jour, apogée de la série lumineuse? et jusqu’à ce que la lumière, déclinant peu à peu avec le foyer solaire, vienne s’éteindre dans le crépuscule du soir qui rejoint le jour à la nuit?

L’assemblage des sons est si visiblement soumis à la même loi que les deux faces rudimentaires de la série, simultanéité et conti-

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