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CHAPITRE PREMIER

Théorie générale de l'Association.

Ut sint omnes in ununi.

Evangile.

L’association peut être définie la réunion volontaire d’un certain nombre de personnes pour coopérer de concert à un but commun, dans lequel l’Intérêt de chacune doit trouver satisfaction,intégrale et proportionnelle.

Il y a trois conditions fondamentales dans toute association :

1° Le libre concours des associés;

2° L’unité de but et d’effort ;

3° La proportionnalité des droits.

On peut,avec ces seules notions, voir sui> le-champ' en quoi l’association appliquée à l’a-; gencement des intérêts humains se distingue dé toute autre combinaison sociale.

Ainsi, ï° elle diffère des organisations pré-

sentes et- passées en ce qu’elle fait cesser immédiatement l ’antagonisme des volontés et des intérêts individuels par la communauté du but, et en ce qu'elle accroît immensément leur puissance par la convergence des efforts et des ressources.

2“ Elle diffère des théories d’égalité et de communauté en ce qu’elle consacre les droits proportionnels de chaque associé dans la répartition des produits du travail commun, et en ce qu’elle regarde l’inégalité naturelle des êtres comme le véritable élément hiérachique de la société.

Puisque le libre concours est la base de toute association, il est clair que c’est seulement la parfaite conformité du but collectif avec les intérêts particuliers qui peut produire ce concours ; mais ce but lui-même ne pouvant devenir réalisable que lorsque les moyens de l’atteindre ont été découverts et organisés, l’association suppose la connaissance des moyens et leur mise en œuvre de façon à fournir à chaque associé une occasion de concours proportionnée à sa puissance.

Or, la théorie de Fourier se propose pour but de réaliser par l’association intégrale de i’humanite toute la somme de richesse, de bien moral et intellectuel et d’harmonie dont notre nature est capable : elle doit doue

1)E l’aSSOCIATIOX. 101)

avoir conscience des destinées générales de la vie collective et individuelle, et des moyens d’action que possède l’humanité pour atteindre ce but, sous peine de ne pouvoir obtenir cette adhésion qui est le point de départ de ses calculs. De plus, la volonté de tous les hommes se résolvant synthétiquement dans l’aspiration au bonheur ( quoique conçu par chacun d’une façon particulière à sa nature), la théorie de ^Association doit, en der- . nière analyse, être eu mesure d’assurer à chaque homme, afin de conserver sa coopération libre, des éléments de bien-être plus complets et plus réels qu’il n’en posséderait en toute autre condition. Enfin, ces éléments de bien-être, comment les offrirait-elle, si elle ne possédait une connaissance approfondie des droits et des devoirs de l’homme, des principes supérieurs qui régissent son activité, des lois scientifiques de la production et de la distribution des richesses ; et, en un mot, des conditions naturelles de l’organisation du travail?

Le lecteur comprendra par ces simples aperçus combien 1’Association, sielleest capable de tenir ses promesses, est plus avancée, plus philosophique, plus religieuse, dironsnous, que toute autre théorie sociale.

Il y a surtout un trait qui la distingue : c’est

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là. largeur de son principe. Elle ne rejette, n’exagère et ne sacrifie rien; mais elle unit ét équilibre toutes choses. Chaque force productrice, dé quelle nature qu’elle soit est conviée par elle sérieusement et honorable¬

ment à Concourir à l’entreprise commune, et à johir des bénéfices en proportion de l’utilité de son concours. Et, de plus, elle possède dès instruments de pondération d’iihe justesse qui exclue toutes les chances d’érreur fréquentes ou dangereuses.

• Foürier a résumé ces conditions dans une

simple formulé « Aiimàîéri

du capital, du

travail et du talent.

„ Au'moral: association des passions et

u des caractères. >•

Fit-on jamais de généralisation plus complète? renouvela-t-on jamais les sciences economiques et sociales en moins de paroles, cl d’unemahière plus féconde? C’était sans doute eh songeant à ces larges formules que 1 un des princes de l’économie politique, dans notre témps, M. Blanqui, s’écriait : « Founcr est » le seul homme qui ait soulevé à mes yeux

» le voile de l’avenir ! »

La véritable association ne pouvant exister sans la fusion des divers éléments queFourier désigne ici, il tant avouer qtfil n’ÿ a guere eu

de l’association. lli

jusqu’à ce jour d’association digne de ce nom parmi les hommes.

Que voyons-nous en effet? de tous côtés des actionnaires, des banquiers réunissent leurs capitaux pour tenter en commun une vaste entreprise; mais les véritables exploitateurs, ceux dont l’intelligence ou les forces doivent féconder le capital, demeurent exclus du pacte de l’association : la pensée et le courage sont subalternes à la matière : l’homme subit le joug de l’argent. Comment ces derniers apporteraient-ils à l’œuvre commune le même dévouement, la même puissance que si une solidaritéintime les liait au succès de l’entreprise? N’y a-t-il pas d’ailleurs une injustice flagrante à éterniser les bénéfices de l’actionnaire, tandis que les droits du véritable créateur expirent sans compensation le jour même où son œuvre devient productive ?....

Mais si on n’a pas encore réalisé dans le monde humain d’association intégrale, en revanche les organismes naturels nous en offrent partout le type.

La série normale, en effet, c’est-à-dire la série formée par le jeu spontané des éléments d’unensemble quelconque, est-elle autre chose qu’une association? Chaque partie ou chaque organe n’y concourt-il pas dans une proportion inégale à la vie du tout, et n’y trouve-t-

il pas un développement individuel proportionné à ses besoins et à sa valeur ?

Eh bien ! la société humaine renferme tous les éléments d’un organisme naturel dont l’agencement elle jeu doivent émaner de l'intelligence collective: chacune des portions de ce grandïouT quenous avons abstractivement résumé dans trois termes matériels : le capital, le travail et le talent, et dans deux éléments moraux : les passions et les caractères, ne saurait exister seule, hors du concours des autres. Si le capital n’est pas fécondé parle talent et le travail, c’est une valeur inutile, c’est le plus souvent un ennemi. Si la force du travailleur n’a pas de richesse naturelle à mettre en valeur, ou bien si elle n est pas éclairée par l’intelligence, c’est une puissance aveugle et brutale. Ainsi en est-il des autres. Chacun des foyers producteurs a donc un égal besoin des ressources de l’association. Et, en effet, que serait l’homme privé de ses semblables ?... IS’est-ce pas au sein de la société seulement qu’il développe sa puissance? n’est-il pas évident qu’il ne vit, ne s éclairé , ne règne sur le monde que par là ?...

Mais cette vérité , pour ainsi dire triviale, une fois bien conçue, ne sent-on pas que plus le concours de chaque associé sera complet, énergique, passionné, plus le succès general

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sera certain et immense, et mieux l’intérêt individuel satisfait?

Est-il possible de concevoir une combinaison d’économie publique plus humaine, plus féconde et surtout revêtue d’un caractère plus scientifique? Et si une telle conception devient réalisable, Fourier n’aurat-il pas ainsi résolu le problème fondamental des sociétés, l’union de Vintérêt individuel avec l’intérêt général? n’aura-t-il pas réalisé l’idéal poursuivi en vain par tous les législateurs, en aflranclussant l’activité humaine du joug de l’argent, tout en consacrant les droits légitimes de chacun à posséder ; en assurant l’existence et par elle la moralité du pauvre, sans briser toute hiérarchie sociale dans l’inique et féroce égalité de la loi agraire?

L’association est un fait si providentiel dans les destinées du monde, qu’on peut résumer toute l’histoire de la civilisation, par une tendance progressive des sentiments, des idées et des institutions vers ce grand but.

Le christianisme, à le considérer sous son aspect humain, n’a pas été autre chose que le drapeau de 1’Association universelle dressé, pour la première fois, du haut du Calvaire.

Seulement, faute de posséder la formule scientifique de 1 organisation du travail qui

réclamait encore dix-huit siècles d’élaboration, il n’édifia que l’association spirituelle, et le monde des intérêts se développa en dehors de lui.

Cependant, si quelque chose a été tente au milieu de la nuit du moyen-âge dans la voie du principe sociétaire, ce fut sons les auspices de la Religion, et dans ses communautés laborieuses; et lorsque ces docteurs chercheront à faire sortir du dogme chrétien un type complet de société terrestre, ce type sera FAssociATioa.

Le moment en serait venu : le monde aspire aujourd’hui plus puissamment que jamais à la constitution pacifique de son unité. C’est la sainte mission de notre temps. L’Europe, en particulier, qu’on y réfléchisse , malgré la haute puissance à laquelle elle est parvenue, ou plutôt à cause de sa puissance même, ne saurait échapper à son glorieux destin d’initiatrice sociale. C’est à elle qu’il appartient de guider l’humanité dans la route ' de l’Association. Hors de là, tout est menace: les orages politiques s’amoncellent sur nos têtes, plus sombres que jamais. Quel autre principe que l’Association aurait la puissance de les conjurer? Quel autre pourrait, sans dissoudre la société, compléter l’œuvre d’affranchissement individuel commencé par les

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