DIEU
dans toutes les parties du mécanisme divin?
Donc, découvrir le ressort qui meutrunivers, c’est avoir découvert le ressort de la vie et des sociétés humaines; saisir la loi qui produit l’ordre dans l’ensemble des choses, c’est avoir compris le moyen de le réaliser dans nos conceptions et dans nos travaux.
S’il en était autrement, où serait la justice de Dieu? Quoi! il aurait tracé la route de chacune de ses créatures, et l’homme seul serait condamné à s’égarer éternellement? Un seul principe moteur suffirait pour guider l’astre, l’animal, la plante et jusqu’au minéral inerte, et l’homme resterait en dehors des lois de l’unité? Et Dieu nous ferait acheter par une vie d’erreurs, de souffrances et de crimes dans ce inonde, le bienfait de la vérité dans un autre? Non, cela ne peut-être ; tout œil est fait pour voir, tout esprit pour comprendre, toute âme pour aimer : Dieu a écrit sa loi partout ; et le dernier mot de cette loi sainte, est l’harmonie universelle.
Nous adhérons donc du fond de l’âme à cette révélation permanente, multiple dans ses modes, seule digne de Dieu qui éclate dans le monde et dans nous-mêmes, bien plutôt qu’à une révélation exclusive, circonscrite dans un petit coin de la terre et du temps, et qui serait contradictoire avec le
sens logique de notre pensée etavec le progrès.
Nous croyons à la révélation de la raison, ce flambeau céleste allumé en nous par la main de Dieu, po.ur nous conduire au vrai et au bien; mais la raison individuelle, si grande qu’elle soit, a besoin de s’appuyer sur l’assentiment général, qui n’est que la raison puissantialisée, et qui, sous les noms de tradition et de science, devient un foyer plus permanent, plus sûr de lumières.
Nous croyons, nous l’avons dit, à la révélation de l’univers, non point seulement pour y lire la puissance du Créateur, et lui rendre un plus digne hommage, mais encore pour nous instruire: l’étude des grandes lois qui le le régissent nous découvre notre propre nature, nous enseigne notre mission et nos devoirs sur la terré, nous trace scientifiquement notre route.
Enfin, nous nous inclinons ayec reconnaissance devant la révélation du Verbe, devant la parole inspirée de ces Apôtres qui, dans la suite des siècles, ont été suscités de Dieu pour révéler au genre humain sa destinée providentielle. ,
En renfermant toute la loi et tous les prophètes dans l’amour de Dieu et du prochain, en proclamant l’unité humaine, la fraternité, et en réhabilitant la femme , le Christ nous
paraît avoir révélé l’idéal religieux et social le plus parfait qu’il soit possible d’atteindre. « L'union individuelle et collective des hommes entre eux et leur union individuelle et colléetive avec Dieu, » il n’y aura jamais pour les hommes de principe religieux plus élevé et
autre que celui-là. ainsi, le christianisme
restera, avec les développements infinis que comporte son principe, la dernière religion et la religion unique et universelle de l’humanité 1 . «Toutefois disons notre pensée tout entière : faut-il croire, avec quelques interprétateurs, que le travail ne doit pas être relevé de la réprobation que faisaient peser sur lui le; dogmes des vieilles sociétés? que le travail sera toujours pour l’homme un châtiment?.... le travail, qui'est la véritable source de toute liberté, de toute grandeur 'morale et intellectuelle; le travail qui est la vie même! Non à coup sûr. Proscrivez impitoyablement le travail egoïste qui n’a d’autre but qu’une satisfaction personnelle, et qui la recherche aux dépens du malheur des autres:
les spéculations de l’agioteur, la cupide fourberie du marchand, l’exploitation du pauvre par le capitaliste, etc.; mais le travail purifié, ennobli parla charité, le travail fraternel,
1 Démocratie pacifique du 1 er août 1843.
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où l’effort de chacun est utile à tous, le travail associé : voilà véritablement le règne de Dieu sur la terre ; et c’est assurément de cette façon qu’il faut entendre la belle parole du Christ : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. » ■
Nous sommes loin, enfin, de considérer comme légitimement déduit de la doctrine du Christ, tout ce réseau d’observances, de liens disciplinaires, de pratiques minutieuses, ce fétichisme, en un mot, dans lequel l’Eglise a, pour ainsi dire, emrnaillotté l’âme chrétienne (utilement peut-être pendant l’enfance du monde barbare et féodal). Nous ne croyons pas à ces interprétations forcées de la lettre qui justifient tout; à ce mélange de la religion la plus idéale avec le pharisaïsme qui impose à la raison un joug abrutissant, béatifié l’indolent égoïsme du moine et allume les feux du fanatisme religieux.
Non, le Dieu chrétien, notre Dieu.est celui qui embrasse tous ses enfants dans l’immensité de son amour ; le Dieu clément et doux qui rie veut pas la mort du pécheur, mais gu'il se convertisse et qu'il vive; le Dieu d’harmonie, de lumière; le Dieu dés hommes libres, dont la pensée, semblable à une colonne lumineuse, marche devant son peu-
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pie dans la rpute du progrès ; celui qui a dit : « Venez à moi, vous tous qui souffrez et qui êtes accablés, et je vous soulagerai; » et en parlant de la femme pécheresse : « Que celui qui est sans péché lui jette la .première pierre; » et encore : « Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu’elle a beaucoup aimé; »
celui qui a dit : « Malheur aux hypocrites et aux Pharisiens qui imposent aux hommes des fardeaux qu’ils ne peuvent porter, et qui ne sont eux-mêmes que des sépulcres blanchis! — celui qui chassa du temple les trafiquants et les agioteurs; — celui qui veut être adoré non par des génuflexions et des sacrifices, mais en esprit et en vérité ; non par de vaines prières, mais par des actes; celui qui a inspiré ces nobles vers :
Prier, écoutez-moi, Dieu parle par ma bouche :
Prier, c’est féconder un stérile terrain;
C’est brunir au soleil en desséchant la couche
D’un marais empesté qu’on transforme en jardin.
Prier, c’est reboiser la montagne infertile;
C’est dresser la barrière au fleuve destructeur;
C’est creuser un égout, assainir une ville;
C’est ouvrir l’atelier au pauvre travailleur.
Prier, c’est découvrir de sublimes mystères;
C’est mesurer l’espace et peser le soleil.
Prier, c’est éviter les erreurs de nos pères;
C’est aimer la justice et hâter son réveil.