LIBRAIRIE D'EUGÈNE RENDUEL
«VK DIS caAHM-AUGDSTINS , tC 33.
M5 -«lif a. T-T-
LETTRE A M. jCRAPELET.
Mon" cher et sj^fant ami ,
Soit que tes grands aient perdu quelque chose de leur intelligente libéralité, soit que les auteurs aient beaucoup gagné en indépendance et en noblesse d'âme , Vâge éclatant des Mécènes parott passé s^kns retour. Nous avons contracté ''V habitude , et vous en fournissiez un bel exemple il y a quelques années , de placer nos écrits sous les auspices de nos protecteurs déchus.
Vous savez que je* nai pa^ eu de peine à en épuiser la liste. Aujourd'hui, les dédicaces de tous mes livres ^ si je fais encore des livres et des dédicaces, appartiennent à mes amis.
A qui celui-ci seroit-il offert a plus juste titre qu'au typographe distingué qui a maintenu as^ec tant d'éclat les bonnes doctrines et les bonnes- pratiques de son art, qui a réhabilité, dans des éditions déjà classiques, les monumens les plus précieux de notre vieille langue, et qui rappelle doublement, par ses études et par ses travaux, les jours glorieux où florissoient les Estienne, les Morel, les Turnebe et les f^ascosanil. Si Jtfion ouvrage a quelque chance de vie, j'aime à déclarer qu'il en sera' surtout redevable à votre suffrage et à vos presses , et c'est pour cela que je le fais vôtre.
Ma première pensée avoit été de déve-^ lopper l'expression de ce sentiment dans une lettre fort longue et fort raisonnée , où je me proposois d'appliquer mes théories
du langage et de V orthographe aux usages de la typograpfûey ai^ecplus de détails que je ne l'ai fait partout ailleurs. Le petit travail que je ^ous destinois étoit déjà très avancé, quand j'ai pressenti qu'il devoit vous occuper vous-même, efje ne suis pas a^sez insensé pour gâter la savante harmonie d'une mosaïque d'artiste, en y incrustant une pierre brute. Cette lettre n'est donc devenue sous ma plume qu'un sim^ple .
témoignage d'amitié, et je suis assuré d'avance qu'elle ne vous en plaira pas moins.
Votre affectionné
Charles Nodier,
De FAcadémîe franooise.