‹ Notions élémentaires de linguistiqueChapitre 18 sur 20 · DANS LES LANGUES · texte numérisé non relu

DANS LES LANGUES

perdent dans l'infini; mais ces idées sont celles que je soumets avec le plus d'abandon a la discussion. Rien de nouveau n'est sûr.

On ne verra pas ici la réticence ombrageuse d'un professeur déconcerté qui recule sur ses

enseignements. Si les critiques d'ailleurs trop obligeants qui ne me trouvent pas assez neuf^ m'avoient lu avec plus d'attention y je ne serois pas réduit à leur adresser ma réponse dans les dernières lignes de mes dernières pages. Elle est à ma première page, et à ma première ligne.

« En toutes choses désormais , rien ne peut être nouveau que par la forme. »

Une idée nouvelle ^ grand Dieu! mais comprend-on ce que seroit une idée saine , lumineuse, féconde, et complètement nouvelle dans la science des langues ? Ce seroit le signal d'une nouvelle ère, le point de départ d'une nouvelle civilisation , ce que fut la lettre quand elle se nomma sur la pierre \ la parole intelli*^ gible a tous quand elle rallia les sociétés, le Verbe quand il fit le monde ! Cela ne nous est

plos donné, à nous entants des ruines qui ne&i-' sons que des ruines, et qui les attirons sur nous de tous nos efibrts pour périr avec elles. Viennent les idées nouvelles f s'il en vient encore , et arrangez-vous pour en tirer le plus grand parti possible ; je ne m'y oppose pas ; mais le ciel m'est témoin que je ne vous ai point promis de miracles.

Ce que j'ai entrepris dans cette Introduction â VÀlphcAet, à la Grammaire et au Diction*noire y c'est de prouver , premièrement : Que l'Alphabet, la Grammaire et le Dictionnaire sont l'expression complète du monde social.

Secondement : Que nul peuple sur la terre n'a un Âlf^abèt, une Grammaire^ un Dictionnaire raisonnables .

Troisièmement : Que jamais aucun peuple n'aura rien de tout cela, parce qu'il 7 a un étage de Babel qu'il n'est pas donné aux hommes de bâtir, et dont ils n'entreprennent la construction que sous peine de la dispersion des ouvriers et de la confusion des laitues.

Mais si je ne crois à la possibilité de rien

DAJ9S LES liANGUB». 2^5

d'absolument nouYeau , od yondra savoir san^ doute pourquoi j'ai écrit sur la Linguistique^ et ce que je me proposois d'établir dans un ouvrage où se développe à chaque ligne la négation du progrès?

J'ai écrit sur la Linguistique ^ parce que je ne eonnois aucun livre qui renferme les notions principales d'une manière claire , sous une forme accessible aux esprits simples , qui ne soit pas repoussante pour les esprits délicats ^ et cbns lequel jaillissent d'un enseignement classique utile à tous les hommes, les perceptions beaucoup plus essentielles de la morale et de la raison , Xfai ne sont qu'une •même chose prise dans des acceptions diSé" rentes.

Je me prc^posois d'établir ce fiiit même que rien d'absolument nouveau n^est possible , car cela est, même aujourd'hui, la seule nouveauté dont l%omme puisse s'avisa sous le soleil.

Enfin , je ne conteste pas qu'il reste encore à £ftire quelque chose dans les langues , non quelque chose de nouveau (le ciel nous en

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garde )^ mais quelque chose de conséquent a ce qui a été fait > et qui nous en facilite l'usage, bu nous le rende plus profitable. Cette conclusion de mon travail se résumera en deux

point» 9 doqt le lecteur attentif, *$i j'en ai

trouvé un, fera aisément la séparation luiinéme : ce qui reste à faire dans les langues en génâcal ; ce qui reste à faire dans chaque langue en partigilier.

Ce qui reste à faire avant tout dans les langues en général , c'est un alphabet universel, un alphabet comparé , un alphabet philosophique des langues, où toutes les vocalisations et les articulations de l'organe de la parole soient classées dans leur ordre naturel , et représentées par des signes phonographiques bien caractérisés , bien analysés et bien convenus, car ce seroit là une magnifique initiation a l'étude de toutes les langues en particulier ; et je ne crains pas de dire que cet alphabet (ou pour parler plus exactement , ce grammataire) approprié seulement à nos langues européennes, seroit encore uii des monuments

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les plus importants de la civilisation. Tal trop répété pour ayoii^ besoin de le répéter encore , ^'un pareil alphabet j quel que soit le degré de perfection auquel on pourroit le porter, ne .* deviendroit jamais usuel, et qu'il n'y faiiâi*oit« chercher pour les langues qu'un instrument d'intelligence et un moyen de communication.

Ce qui reste à faire dans les langues en gé^ néral , c'est l'essai digne au moins d'être tenté plus d'une fois, de la langue de convention proposée depuis si long-temps ; langue purement réelle, toute consacrée a l'expression des faits les plus familiers, des besoins les plus communs, des échanges et des transactions amiables dont la nécessité se fait sentir le plus souvent ; langue restreinte , mais suffisante ; matérielle, si l'on peut s'exprimer ainsi, et non intellectuelle, mais qui embrasseroit sans effort dans son étroite sphère tous les rapports physiques de l'homme avec l'homme ; langue dont l'universalité- ne paroît pas plus inaccessible à la pensée que celle du chiffre numéri-

Il n^j^mitmm ^'

2^8 CE n^Vl KfSêTE A BtAIRE

que^ du chiffre astropomique^ du chiffre de la chimie, et de celui ^t la pharmacopée; langue cosmopolite qui prendroit à peine quelques jours d'étude aux peuples civilisés ^ et qui ouryriroit à tous les voyageurs la route de tous les pays ; langue artificielle mais éminemment sociale , dont le résultat certain serait de resserrer entre tous^ par des relations hospitalières, les liens de la fraternité naturelle. Je ne suis pas sûr que Dieu l'ait permise, mais il n'est du moins pas défendu à l'esprit humain de s'y exercer, et ce travail seroit aussi facile dans son exécution qu'il est noble dans son objet. L'expérience seule , et elle vaut la peine d'être faite , peut nous éclairer sur la possibilité de

son application.

Ce qui reste à faire dans chacune des langues en particulier (et je n'entends parler ici que des langues à l'âge de maturité , qui sont fixées par de bons éorits) , c'est un tableau classique des auteurs approuvés qui ont inQué sur elle par l'autorité de leur talent et le crédit de leurs ouvrages, composition im^rtante dont

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