‹ Notions élémentaires de linguistiqueChapitre 17 sur 20 · DANS LES LANGUES. 29I · texte numérisé non relu

DANS LES LANGUES. 29I

en inférer que les livres nouveaux qui traitent des vérités morales et intelleetuelles sont inutiles, et qu'il ne reste de pâtulre à l'insatiable curiosité des nations très-civilisées , que deux genres d'ouvrages : ceux qui traitent de faits positifs et sensibles, comme les sciences exactes et l'histoire, toute vérité morale mise à part; et ceux qui traitent des faits supposés et imaginaires , comme la poésie et le roman : cette conjecture ne manqueroit pas de preuves dans notre ordre de choses actuel. C'est précisément là que nous en sommes. La dégénérescence d'un peuple très-avancé ne peut être mieux marquée que par ces symptômes.

Cette induction seroit cependant trop sévère, si on la rendoit exclusiv e. Il y a un certain nombre de choses vraies qui ne jouissent pas de l'autorité du vrai , parce qu'elles ont été noyées dans des fausses théories ou présentées sous de faux aspects , et il vaudroit alors presque autant qu'elles ne fussent pas advenues.

L'obscurité systématique des philosophes dé profession n'a pas beaucoup d'avantage sur le

2g2 CE QUI RESTE A FAIRE

mensonge j elle est ténébreuse et décevante comme lui. La simplicité est le caractère essentiel de la vérité; c'est pour cela que l'antiquité la faisoit nue. La clarté est son principal attribut; c'est pour cela que l'antiquité armoit sa main d'un miroir. La science est trop difficile à percevoir; l'érudition est trop habillée. La vérité n'est pas là.

Quant à la nouveauté, je le répète, la vérité y est bien moins encore. D'autres la recherchent autant que je l'évite , et je jouis de leurs succès, parce que tous les succès de mes contemporains et de mes émules me sont agréables, mais je suis loin de les désirer. Je n'ai aspiré en renfermant les éléments de la Linguistique dans un cadré étroit que j'aurois bien volontiers réduit aux proportions de l'aphorisme, si j'en avoiseu le temps, qu'à rendre plus accessible une étude intéressante à laquelle presque rien n'est à préférer selon moi dans les études de l'homme. Et moi aussi, j'ai peut-être aperçu quelques idées nouvelles, car les limbes de la pensée sont comme ceux du ciel : ils se

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