VICTOR MASSON
Pince de l’Ecole-de-Médecinc , 17
LANGLOIS et LECLERCQ ,
Rue de la Harpe, 91
Dans le nouveau plan il études adoplé par le conseil supérieur de 1 instruction publique pour les élèves de la section des sciences, 1 histoire naturelle trouve sa place principale dans l’année de rhétorique ; mais, afin de développer de bonne heure chez ces élèves l'esprit d observation, et de les familiariser avec l’emploi delà méthode, le conseil a pensé qu il serait utite de leur donner au préalable quelques notions relatives à la classification des animaux et des plantes, flelte instruction préliminaire, très simple, qui vient d’être ainsi introduite dans la classe de troisième, doit nécessairement être dégagée des considérations physiologiques d’un ordre élevé dont on ne peut s occuper sérieusement qu’en s’appuyant sans cesse sur l’anatomie et la chimie ; elle devra tendre surtout à éveiller la curiosité de l’élève,
I exciter à profiter de ses promenades pour recueillir des sujets d étude , à scruter les caractères de ces objets et en essayer la détermination ; meubler sa mémoire de faits faciles à retenir et dont la connaissance lui sera précieuse lorsqu’il abordera l’étude de l’hisl°ire naturelle proprement dite ; enfin, l’initier à l’emploi des classifications méthodiques, instruments dont l’utilité est si grande dans tous les travaux de l’intelligence, et dont le mécanisme n’est nulle part aussi parfait et aussi apparent qu’en zoologie et en botanique.
Dans le court espace de temps assigné à cette portion préliminaire de l’enseignement des sciences naturelles, le professeur ne pourra
exposer, môme de la manière la plus sommaire, tout le système de classification , soit du règne animal , soit du règne végétal ; il ne pourra en aborder que quelques portions fort limitées, mais il devra chercher à approfondir suffisamment les questions dont il traitera , pour que ses élèves aient des idées nettes sur chacun de ces points et soient familiarisés avec les procédés d'investigation à l'aide desquels le naturaliste arrive à reconnaître les objets dont il s'occupe. Si leurs études sont dirigées de la sorte, ils pourront ensuite, sans le secours du professeur et à l'aide de livres seulement, étendre leurs connaissances; ils auront entre les mains la clef du langage particulier aux écrits scientifiques de ce genre, et seront imbus de l’esprit de la méthode naturelle: tandis qu’en suivant une marche contraire, en voulant tout embrasser, et en restant par conséquent dans des généralités plus ou moins abstraites, on ne leur donnerait que des notions vagues et indigestes, plus propres à fausser leur esprit et à les rendre indifférents à l’enseignement sérieux de la physiologie, qu’à servir de bases à l'étude des grands phénomènes de la nature vivante dont ils devront s'occuper dans la classe de rhétorique, et à leur faire désirer la connaissance plus complète du monde matériel qui les entoure.
Il m’a semblé aussi qu'afin d’habituer les élèves à se rendre compte de ce qu'ils savent et à raisonner sur les faits, il serait bon d’éviter autant que possible la forme dogmatique, et qu’il fallait déduire les propositions générales de prémisses déjà fixées dans l'esprit, plutôt que d’cnoncer d'abord la règle générale pour n'en donner qu’ensuile la démonstration. Cette marche entraîne, je le sais, quelques longueurs, mais elle facilite beaucoup l’étude et a aussi l'avantage de substituer un travail de l'intelligence à ce qui n’est trop souvent qu'un exercice de la mémoire. Autant que le programme de ce cours me le permettait, je n’ai donc abordé les idées générales ou abstraites qu'après en avoir posé les bases à l’aide de faits individuels, et j'ai toujours eu soin de choisir ces faits parmi ceux dont la connaissance est le plus répandue. Effectivement, dans un enseignement aussi élémentaire que l’est celui pour lequel cel opuscule est destiné , et pour des élèves si peu préparés aux études scientifiques, il est important, cerne semble, de matérialiser, pour ainsi dire , les sujets dont on trait© et de ne laisser rien de vague
flans l'esprit. 11 faut accoutumer les jeunes gens à ne pas se contenter de mots seulement et à se former des images nettes de tout ce dont °n leur parle.
On remarquera aussi que dans ces notions préliminaires j’ai cherc hé à éviter tout emploi inutile de termes techniques , et que j’ai soin de rappeler souvent la signification des mots dont l’usage n’est Pas vulgaire, et dont je suis cependant conduit à me servir.
Comme il est toujours difficile de donner, avec la parole seulement, des idées justes de la forme des corps organisés, et que la connaissance des formes est souvent essentielle dans cette partie de l’histoire naturelle, je crois devoir conseiller aux professeurs charges de cet enseignement élémentaire l’usage de grandes figures murales représentant les objets dont ils parlent. Il faut autant que possible montrer aux élèves ces objets en nature; mais lorsqu’il s agit de caractères zoologiques ou botaniques , les parties dont on les tire sont en général trop petites pour être bien visibles à distance, et l’emploi de figures grossies facilite singulièrement les démonstrations. Afin de bien graver dans la mémoire des élèves ces mêmes formes, il serait aussi fort utile de leur faire dessiner (ou même calquer, s’ils ne savent pas le dessin) une série de figures propres à servir d'exemples des principales dispositions organiques les plus importantes h connaître.
Dans le texte de ce petit livre je n’ai voulu traiter que des sujets dont 1 université a fait mention dans le nouveau programme de 1 enseignement scientifique; mais afin de donner plus d'intérêt a ces études préliminaires, j’ai cru utile d'ajouter sous la forme de notes, et seulement à titre de renseignements , quelques détails sur les mœurs et les caractères de divers animaux.
r ET II e LEÇONS.
PROURUini; OFFICIE!..