IA
§ 100. Les Corbeaux ( Corvus ) se distinguent de tous les conirostres dont nous avons parlé jusqu'ici, par leur taille plus grande et par leur bec fort, plus ou moins aplati sur les côtés et garni à sa base de plumes roides , dirigées en avant , au-dessus des narines. Ils sont, pour la plupart, omnivores : ils font des provisions pour l’arrière-saison, et ont la singulière habitude do prendre et do cacher mémo les choses qui leur sont inutiles; ils sont rusés, et, quand on les tient en captivité, ils apprennent facilement à contrefaire des voix étrangères et mémo à obéir à celle de leur maître.
Les espèces qui ont le bec le plus fort , proportionnellement à leur taille, qui ont l’aréte do la mandibule supérieure la plus marquée , et qui ont la queuo rondo, sont nommées Corneilles ou Corbeaux proprement dits ; celles qui, avec un bec à peu près de la même forme, ont la queue longue et étagée, sont appelées Pies ( Pica .) ; enfin, lorsque les deux mandibules sont peu allongées et finissent par une courbure subite, et que la queue est médiocre et égale ou étagée, on donne à ces oiseaux le nom de Geais ( Garrulus ) (1).
Les Oiseaux de pabadis ont aussi Fis. toc. oiseau de paradis. l’affinité avec les corbeaux, mais
sont remarquables par le luxe de leur plumage, Ils sont originaires de la Nouvelle-Guinée.
Il® préférence les terres scelles , et so plaisent à s’élever perpendiculairement dans l’air à de grandes hauteurs on chantant d’une voix forte et mélodieuse. En hiver , ils se réunissent en grandes troupes dans les plaines basses, el restent presipir toujours à terre, cherchant leur nourriture. Quand le froid est intense, ils se réfugient sous des rochers et le long des fontaines qui no gèlent pas, ot lorsqu'ils sont poussés par la disette, on les voit s’approcher de nos habitations. Dons nos climats, les alouettes font en général lieux punies pur un, en mai et en juillet. Eu automne, elles sont très grasses et leur chair esl 1res eslimco ; on en prend un nombre immense pour l’usage de la table et sur nos marchés on les désigne communément sous io nom de Mauviettes Le Cochevis est une espèce d'alouette qui ressemble beaucoup à la précédente, mais qui a la tête ornée d'une huppe érectile bien distincte; son chant est plus doux que celui de l’alouetln commune, et on le Ircnive aussi, quoique moins abondamment, dans la plupart des contrée» do l’Europe ; on le voit souvent sur le bord des chemins, cherchant dans le crottin de cheval des graines non digérées. Une troisième espèce, V Alouette lulu, dont la lêle est également ornée d'une huppe, mais qui est de moindre taille, fréquente les bruyères dans l'inférieur ries Iroïs. Enfin notre plus grande espèce est la Calandre dont le lice est presque aussi gros que celui d’un moineau; elle fréquente le midi de la France.
(1) Le Corbeau commun, le plus grand des passereaux de l’Europe, appartient à la première de ces divisions, et se reconnaît h son plumage entièrement noir et à sa queue
§ 101. Un range dans une autre famille, sous le nom commun de Dentirostres , les passereaux dont le bec est plus ou moins échancré de chaque côté près de la pointe.
Les Merles ( Turdus ) appartiennent à cette division. Ils ont le bec comprimé et un peu arqué, mais faiblement denté. Ce sont des oiseaux frugivores plutôt qu 'insectivores (1).
Les Pies-Grièches (Lanius) ont le bec. crochu p . m T(u ge au bout et plus fortement dente ; aussi, quoique d'assez petite taille , ont-elles le courage et les goûts carnassiers
arrondie. La Corneille ordinaire est d’un quart plus petite et a la queue plus carrée. Le Preux est. encore plus petit, et a le liée plus droit et plus pointu ; son plumage est également d’un beau noir; niais, excepte dans la première jeunesse, il a la base du bec, le devant do la tète et la gorge dépouillés do plumes. La Corneille manlelée est cendrée, avec la tète f les ailes et la queue noires. Enfin la petite Corneille des clochers , ou Choucas , est plus petite encore d’un quart que les précédentes ; son plumage est noir, mais un peu moins foncé que chez lo corbeau, et son bec est plus court. Tous ces oiseaux abondent en Europe. Le corbeau commun vit plus retiré que les autres, et se tient presque toujours dans les montagnes couvertes de bois ; la corneille et le freux fréquentent au contraire les plaines, et vivent réunis en grands troupeaux. La corneille manlelée no se voit guère que sur les bords do la mer ou des marais, et le choucas s’établit d’ordinaire, par grandes troupes, dans les clochers et les vieilles tours. Lo corbeau a le vol élevé et facile, et il sait s’accommoder de tous les climats. Sa démarche est grave et posée, et son courage remarquable. On le voit quelquefois poursuivre le milan pour le combattre ; et, lorsqu'on le tient en Captivité, il no redoute ni les chiens, ni les chats, ni meme l’homme. Sa nourriture favorite consiste en charognes, qu’il sent de très loin ; mais, à défaut de cadavres, il vil de graines ou d'inscctcs, et quelquefois il attaque les animaux vivants, tels que des rats, des perdrix et des grenouilles; enfin, il niche isolément sur les arbres élevés ou sur des rochers escarpés, et ne fait que deux couvées par an. La corneille so nourrit à peu près de même, mais elle est plus insectivore et mange plus de graines. On la voit souvent pondant le jour , réunie en troupes nombreuses avec les freux , chercher dans les terres nouvellement labourées des vers et, des larves do hannetons; le soir ils vont percher ensemble sur quelques grands arbres. Le freux et les choucas, qui souvent volent aussi avec les corneilles, ne se jettent sur les charognes que lorsqu’ils y sont poussés par la faim, et ils portent la sociabilité encore plus loin que ces derniers; car, au lieu de s’isoler pour nicher, comme les oiseaux le font d’ordinaire, ils sc rassemblent en familles. Tous ces corbeaux n’émigrent pas : en hiver, ds restent dans les cantons les moins froids. Los corneilles mantelées changent, au con- I caire, de demeure deux fois l’an : en automne, elles nous arrivent par grandes troupes, qui sc mêlent aux freux et aux corneilles, et, au printemps, on les voit, suivant une direction contraire, so diriger par petites bandes vers le Nord.
Nous avons aussi en Europe une espèce do pie, qui est très commune et qui sc reconnaît à son plumage d’un beau noir chatoyant partout, excepté au ventre et sur une Partie de l’aile, où cotte couleur est remplacée par du blanc pur. Cet oiseau sc plaît dans les lieux habités, et, comme la corneille, sc nourrit de tout : il est très vorace, et attaque même les petits oiseaux de basse-cour. Tout le monde connaît la facilité avec laquelle il îl Pprcnd à prononcer quelques mots, et sa loquacité devenue proverbiale. Les geais sont également remarquables par le penchant qu’ils ont à imiter toute espèce de sons. Le geai d’Europe est un bel oiseau d’un gris vineux, dont l’aile est ornée d’une grande tache hlcu vif, ray ée de bleu foncé. 11 vit par paires ou par petites troupes dans les bois, et sc Nourrit principalement de glands et de noisettes.
(i) En général, on réserve le nom de Merle aux espèces dont les couleurs sont uniformes
Fia'. 1C8. Pie-Grièche.
des oiseaux de proie les plus sanguinaires; leur nourriture, qu'elles saisissent et emportent avec le bec, consiste ordinairement en insectes, mais elles aiment la chair de préférence , et les petits oiseaux deviennent souvent leurs victimes. Elles savent aussi se défendre contre les pies , les corneilles , les crécerelles et autres oiseaux bien plus gros qu'elles, et lorsque ceux-ci s’approchent de leur nid , elles poussent de grands cris et se jettent sur eux avec tant de force , qu’en général elles les mettent en fuite. Ces oiseaux vivent en famille et prennent beaucoup de soin de leurs petits; ils volent d’une manière inégale et précipitée en jetant dos cris aigus; ils ont aussi l'habitude d’imiter sur-le-champ quelques parties du
ramage des oiseaux qui vivent clans leur voisinage ; enfin ils demeurent d'ordinaire dans les plaines boisées, et nichent dans les arbres ou les buissons (1).
On donne le nom de Becsfins ( MoluciUa ) à une multitnde d’autres petits dentirostres qui sont caractérisés par leur bec droit, menu, semblable à tin poinçon et à peine denté. Ce sont les Tniquels, les Rubietlcs , les Fauvettes, les Roitelets, les Troglodytes, les
Fig. 109. Rossignol
ou distribuées par grandes masses, et l’on donne celui de Grives aux espèces dent le plumage est grivelé, c’est-à-dire marqué de petites taches noires et brunes.
Le Merle commun est trop généralement connu parmi nous pour qu’il soit necessaire d’en décrire le plumage. 11 reste dans nos contrées toute l’année et sc relire pendant l’iiiver dans les forets d’arbres verts, surtout «le genévriers. Vers le commencement de mars, ces oiseaux construisent avec de la mousse, de petites racines et de la terre détrempée, leur nid placé au milieu des buissons ou sur un arbre de moyenne hauteur. Il est à noter que ces oiseaux, dont le plumage est naturellement si noir, deviennent quelquefois blancs en totalité ou en partie.
La Grive commune est de la grosseur du merle ; son plumage est brun sur le des, tacheté sur la poitrine et jaune sous les ailes. Cet oiseau voyage en grandes troupes; Ü arrive dans nos climats vers la fin de septembre, et n’y séjourne que peu après les vendanges, mais repasse en avril pour disparaître presque entièrement en mai ; quelques individus restent cependant parmi nous et nichent sur les pommiers ou dans les buissons.
(1) La Pie-Grièche commune ( fig . 108) est de la taille d’une grive, cendrée en-dessus, blanche en dessous, avec les ailes et la queue noires ; elle habile dans presque tout** l'Europe. Nous possédons plusieurs autres espèces qui sont plus petites ; l’une d’elles
oiseaux. ion
Hochequeue*, lus HerguroniwiU's et les Furluitses , c'est-à-dire presque tous les petits oiseaux chanteurs de nos bois ( 1 ).
10 2. Les hirondelles sont les principaux représentants d'une famille de l'ordre des passereaux qui est caractérisée par le bec court, large, aplati horizontalement, sans dentelures latérales et fendu très profondément, disposition qui donne à la bouche beaucoup de largeur ot permet à ces oiseaux d'engloutir facilement les insectes qu'ils poursuivent au vol. On donne à ce groupe le nom de famille des Fissirosthes, et on le subdivise en deux tribus : les Fissiroslrcs diurnes et les Fissiroslres nocturnes. Les premiers ont le plumage serré et cherchent leur proie de jour; les derniers ont le plu-
reçu le nom A'écorchcuv à cause delà manière dont elle dupeec sa proie, après l’avoir accrochée aux épines des buissons ; elle détruit une grande quantité d’insectes, et s'empare aussi de petits oiseaux, de jeunes grenouilles, etc.; cette petite pie-grièche arrive chez nous nu printemps ot nous quitte en automne.
(1) Les Traquets (Saxicola) ont le bec légèrement déprimé et un peu plus large que haut à sa base ; ils ont le corps ramassé, et sont assez hauts sur jambes. Cos oiseaux fréquentent les lieux découverts et pierreux; ils sont très vifs, niellants, en général silencieux , et so nourrissent d'insectes qu’ils attrapent en courant. Nous cri possédons plusieurs espèces qui , en automne , émigrent vers les pays chauds , pour revenir au printemps.
Le Traque t commun est un petit oiseau brun, à poitrine rousse, à gorge noire, avec du blanc sur les côtés du cou, sur l’aile et au croupion; son nom parait lui venir d'un petit cri semblable au ticlac d’un moulin; il voltige sans cesse sur les buissons- et les baies. Son nid, construit extérieurement avec des herbes sèches, et garni en dedans d’un peu du laine , est soigneusement cache au fond d'un buisson , sous l'avance do quelque l'acinc ou de quelque pierre ; la femelle y pond cinq ou six œufs. Dans les premiers jours de l’automne, lorsque les insectes, dont il fait sa primé, pale nourriture, commencent à devenir rares, il émigre vers le Sud ; il est alors fort gras et sa chair est très estimée. Le Tarière si une autre espèce de ce genre, un peu plus grande que la précédente, à laquelle 'I ressemble beaucoup par son plumage et par ses mœurs; il est très commun dans la lorraine où on le connaît sous le nom vulgaire de tir-toc. Une troisième espèce de Iraf [uot , le Mot t eux ou le Cul-blanc, doit le premier de ces noms à l'habitude qu’il a de se poser sur les moites les plus élevées dans les champs nouvellement labourés, où il se fait remarquer par les mouvements brusques de sa queue.
Los IU'biBTTES (Sylvia) ont le bec seulement un peu plus étroit à sa base que les précédents ; ce sont aussi des oiseaux solitaires qui vivent d’insectes, de vers et de baies, ‘*t qui pour la plupart nous quittent en hiver. On en trouve en Franco quatre espèces : le Rou'je-gorge, le Gorge-bleue , le Rossignol de muraille et le Rouge-queue. Le premier, gi’is-bniii oii dessus, blanc eu dessous, avec la gorge et la poitrine rousses, abonde dans Presque toutes nos grandes forets et n'émigre que très tard dans l’aimée ; c’est un des oiseaux les plus familiers et les plus faciles à apprivoiser. 11 niche dans les bois, près de l °rre, et, pendant toute la duree de l'incubation , le môle se lient à quelque distance de la femelle, l’égayant de son ramage doux et modulé. Le Gorge-bleue aies mœurs semblables , mais il est assez rare en France. Le Rossignol de muraille, brun , avec la «?°rgo noire, nous arrive également au printemps, et alors le nulle, toujours seul, se pose Sll r les édifices les plus élevés , d’où il fait entendre, dès l’aube du jour , un chant Mélodieux ; plus tard ces oiseaux se retirent par paires dans les montagnes pour y faillir leur nid.
Les Fauvettes (Curruca) ont le bec droit, grêle partout, un peu comprimé en avant M t a bord supérieur un peu courbé vers la pointe. Presque tous n>s petits oiseaux volent
mage léger, mou el nuancé de gris comme les hiboux, auxquels ils ressemblent aussi par leurs mœurs (l).
La tribu nrs l'issiKosTREs biuhnes se compose des Hirondelles et des Martinets.
§ 1 03. Les 1 Iibondeli.es ( Hirundo ) ont le bec triangulaire, un peu recourbé à sa pointe, les pattes courbes, les ailes très longues et la queue ordinairement fourchue. Nous en avons quatre espèces qui se trouvent également dans tout le sud-ouest de l'Europe. Ce sont : X Hirondelle de fenêtre , dont les pieds sont revêtus de plumes jusqu'aux ongles et le plumage noir en dessus , blanc en dessous et au croupion ; l' Hirondelle de cheminée dont les doigts sont nus, la queue à fourche très longue , et. le plumage noir en dessus, roux au front et à la gorge, blanc, à la poitrine et au ventre ;
continuellement et avec légèreté à le poursuite tics insectes et font entendre un rama ,v o agréable. Le plus célèbre par son chant est le Rossignol Chaque année, vers la fin de mars, il arrive dans nos contrées et au commencement de mai s’enfonce dans les taillis Jes plus épais des bois pour y construire son nid. Pendant tout ce temps, il chante la nuit aussi bien que le jour ; mais dès que les petits sont éclos il ne so fait plus entendre, el dès les premiers jours de juin il ne lui reste plus qu’un cri rauque et désagréable. La femelle fait jusqu’à trois pontes dans l’année, et les deux parents s’occupent également dos soins à donner à leurs petits. Vers la fin de septembre, ces oiseaux se dirigent vers le Midi. Leur plumage est d’un brun roussâtre. La Fauvette proprement dite arrive aussi dans nos campagnes au printemps. C’est un petit oiseau timide, mais fort gai, qui niche dans les arbustes ou sur ks ramées dont les cultivateurs si' servent pour soutenir les pois ; les jeunes restent avec leurs parents pendant la première année.
Les Roitelets, ou Fig lu eus, no diffèrent que peu des fauvettes. Le Roitelet commun est le plus petit des oiseaux d’Europe ; il abonde dans les forets de sapins et se fait remarquer par son agilité.
Les Hochequeues , ainsi nommés à cause de la manière dont ils élèvent et abaissent sans cesse leur longue queue, sont aussi très voisins des fauvettes, mais ont lo bec encore plus grêle. Les uns , appelés par les naturalistes Hochequeues proprement dits , ou Lavandières, ont l'ongle du pouce courbé el vivent au bord des eaux ; celui de notre pays a des formes élégantes et des mouvements légers et gracieux. C’est un des premiers oiseaux voyageurs qui nous arrivent nu printemps ; il construit, près des eaux et dans quelque trou, son nid composé d’herbes sèches et de mousse, et le nulle, aussi bien que lu femelle, montrent pour leurs jeunes petits lu plus tendre affection.
Les Bergeronnettes ( Rmlytes ) ne diffèrent des lavandières que par l’ongle du pouce qui est allongé et un peu arqué. Co sont des oiseaux extrêmement familiers, qui se tiennent dans les pâturages et poursuivent les insectes au milieu des troupeaux. La plus commune a été nommée Bergeronnette du printemps, parce qu’elle est la première de son genre qui reparaisse dans nos campagnes à la fin do l’hiver.
Enfin, les Farlouses (Anthus) prennent aussi place dans la tribu des becs-fins, à cause de leur hoc grêle el échancré ; mais l’ongle de leur pouce est si long qu’on les a longtemps réunis aux alouettes. Celles dont l’ongle est encore assez arqué so percbcnl volontiers, le Pipi , par exemple; mais celles qui ont col ongle droit se tiennent le pH |C souvent à terre ; la Fariouse proprement dite, ou Mouette de pré , est du nombre de cc> derniers. Cet oiseau so trouve dans les bruyères humides cl les lieux marécageux, et parai 1 émigrcjjççn Afrique pendant l’hiver ; il se nourrit ordinairement de petits insectes, mais en automne il mange beaucoup de raisin et devient ainsi extrêmement gras: on le recherche alors pour la table, et, dans plusieurs de nos provinces, on le désigne sous I** nom de Vinette ou de Becflgues.
(t) Ce sont les Engoulevents, etc.
Y Hirondelle de rivage, qui est plus petite que les outres et qui so distinguo de la précédente par sa couleur brune en dessus et à la poitrine , tandis que sa gorge et le dessous de son corps sont blancs; enfin, Y Hirondelle de . s montagnes, qui diffère de l'hirondelle de cheminée par sa queue un peu fourchue et par son plumage brun clair en dessus. C'est vers l'époque de l'équinoxe du printemps que ces oiseaux commencent à se montrer dans nos contrées. L'hirondelle de fenêtre et 1 hirondelle de rivage n’apparaissent guère chez nous que huit ou dix jours plus tard, c'est-à-dire vers le 15 avril.
Chacun connaît le vol léger, élégant et soutenu de ces oiseaux , et a pu remarquer combien ils aiment ii planer au-dessus de l’eau et à sillonner l’air dans toutes les directions en y poursuivant les insectes dont ils se nourrissent et dont ils détruisent un nombre immense. Les hirondelles nous délivrent , on effet, de nuées de cousins, de charançons et d’autres insectes destructeurs ou incommodes, et les services quelles nous rendent ainsi devraient leur assurer notre reconnaissance et notre protection. Elles nous arrivent d abord par bandes pou nombreuses, mais bientôt les masses, dont celles-ci étaient les devancières , se répandent dans les villes ot dans les campagnes. L'hirondelle de cheminée ot colle de fenêtre se rapprochent de nos habitations ; l'hirondelle de rivage ne hante que les bords des rivières où le voisinage de l'homme ne la trouble pas. Presque aussitôt après leur arrivée on les voit s’occuper activement de la construction du nid ou do la réparation de l'un de ceux abandonnés l'année précédente. Ce nid est une véritable bâtisse, artistemont façonnée ; il est construit avec des débris de matières végétales ou animales et une espèce de ciment formé de terre gâchée que l’oiseau étend avec son bec comme avec une truelle; à l'intérieur il est garni de duvet , et l’ouverture servant d'entréo est pratiquée à sa partie supérieure. L’endroit où ces oiseaux le placent varie suivant les especes, mais est toujours choisi de manière à les mettre autant que possible à l’abri des attaques de leurs ennemis. L’hirondelle de cheminée établit, en général son domicile dans la partie la plus élevée des tuyaux de cheminée, et doit à cette particularité le nom qui la distingue; l'hirondelle de fenêtre attache son nid dans 'es encoignures des fenêtres ou aux poutres des granges et des édifies : enfin l'hirondelle de rivage niche dans des trous qu’elle creuse avec son bec dans la berge des rivières ou s établit dans les fentes des rochers. Laponie consiste on quatre ou six cruls, et 1 incubation dnro quatorze jours : pendant ce temps la femelle ne quitte pas son nid : l.» mâle voltige sans cesse autour et apporte à la couveuse la plus grande partie de sa chasse; la nuit il se tapit on sentinelle sur l’ouverture du nid, et en rend la surprise impossible. Lorsque les jeunes sont nés, leurs parents leur prodiguent encore les soins les
plus constants et semblent se plaire à leur donner une espece d éducation; on les voit excitant leurs petits à faire usage do leurs ailes en leur présentant d’un peu loin la nourriture qu'ils aiment et en s’écartant à mesure que ceux-ci les suivent : pendant quelques jours encore ils les guident dans leurs excursions ; mais aussitôt que le» jeunes peuvent se passer de leurs secours, ils s’occupent d’une nouvelle couvée, et la ponte se répète jusqu’à trois Ibis dans la saison. Toute la jeune génération, abandonnée à elle-même , vit alors en troupes nombreuses, dans lesquelles l'hirondelle do cheminée est même confondue avec l'hirondelle de fenêtre.
Les mœurs de ces oiseaux sont douces, et ils donnent même des signes remarquables de sociabilité. Lorsque leurs petits sont menacés par l'approche de quelque ennemi, le père et la mère poussent des cris de désespérés, et l’on voit alors toutes les hirondelles du voisinage venir à leur secours et harceler do concert l’animal dont ils redoutent l’attaque ; il paraît qu'ils se prêtent aussi des secours mutuels pour lu construction de leur nid , et l'on assure que si un moineau s’empare de la demeure de l’un d’entre eux, comme cela arrive souvent, toutes les autres hirondelles du voisinage se rassemblent autour pour chercher à l’en expulser ou pour l'y renfermer en bouchant avec de la terre lo trou qui sert de sorlie.
Vers l'équinoxe d’automne, les hirondelles se rassemblent en troupes nombreuses ot no tardent pas à disparaître. Quelques naturalistes ont pensé qu’ elles se retiraient alors dans des cavernes ou so cachaient au milieu des roseaux pour y rester dans un état d’engourdissement léthargique jusqu'au retour du printemps. Quoi qu’il en soit, il est bien certain que la plupart des hirondelles, sinon toutes, ne présentent rien do semblable , mais émigrent en automne vers les pays chauds. On les voit alors se rendre par bandes nombreuses sur les bords de la Méditerranée , et s’y rassembler, sur quelque point élevé, en légions innombrables qui, après avoir attendu quelques jours un moment favorable, partent de concert et traversent la mer; on les y rencontre quelquefois, cl on les voit s’abattre sur les cordages des navires lorsque les vents contraires s'opposent à leur voyage; enfin, on assure que dans le mois d’octobre nos hirondelles commencent à se montrer au Sénégal, où elles passent l’hiver et changent de plumes.
Ces petits oiseaux font, comme on le voit, de bien longs voyages, et cependant, par un instinct que nous ne pouvons comprendre, ils savent au printemps suivant retrouver les lieux où ils ont déjà niché et y reviennent toujours. On s'est assuré do ce fait curieux en attachant à la patte de plusieurs hirondelles de petits cordons do soie pour constater lcùrîdentité. Elles construisent leur premier nid dans le voisinage do celui où elles sont nées: 1 hirondelle de cheminée
OISEAUX. Iti9
bàLit chaque année le sien au-dessus île celui de I année précédente, cl l'hirondelle de fenêtre s’établit dans celui qu’elle avait quitté à I automne. Un naturaliste italien, Spallanzani, a vu pendant dix-huit années consécutives les mêmes couples revenir à leurs anciens nids sms presque s'occuper de les réparer. Les hirondelles montrent aussi dans d'autres occasions la singulière faculté de se diriger vers un lieu déterminé, dont elles sont éloignées d’une distance considérable : si l’on transporte au loin une couveuse renfermée dans une cage et qu’on lui donne sa liberté, elle s'élève d’abord très haut comme pour examiner le pays, puis se dirige eu ligne droite vers l'endroit où elle a laissé sa couvée. Spallanzani a répété avec succès cette expérience a diverses reprises, et a vu un couple d'hirondelles de rivière qu il a\ait transporté à Milan se rendre en treize minutes auprès de ses petits laissés à l’avie.
On connaît un grand nombre d'hirondelles étrangères: l'une déliés, la Salaugtw , qui habite l'archipel Indien, est célèbre par ses nids de substance gélatineuse que les Chinois estiment beaucoup comme aliment. On les trouve principalement parmi les rochers, sur les cèles de Java, et l'on en fait, un commerce considérable.
Les Martixt.ts (Ctjpselus) ont les ailes encore plus longues et les paltes plus courtes que les hirondelles, dont ils se distinguent également par la disposition dos doigts et par le nombre de pennes de la queue qui est do dix seulement. Lorsqu'ils sont à terre, ces oiseaux ont la plus grande peine à prendre leur élan, aussi ne s'y posent-ils presque jamais, et quand ou les voit perchés, ce qui est rare, c’est toujours sur quelque- point élevé ; mais ils volent sans efforts et passent, pour ainsi dire, leur vie dans l’air: réunis en troupes nombreuses, ils y poursuivent à grands cris les insectes. Ces oiseaux nous arrivent en même temps que les hirondelles et nous quittent aussi en automne.
§ 101. Les Grimpereaux I’, les Colibris ou Oiseaux-Mouches , et quelques autres pas-
(1) Lus Grimpereaux (Certliia) uni la bec arqué et la queue pointue; Us grimpent avec agilité sur l’écorce des arbres pour y chercher les insectes dont Us sc nourrissent, et s'appuient alors sur leur queue comme sur un arc-boutant,
sereanx dont le bec est grêle (I), allongé et sans échancrures, et dont la nourriture consiste principalement en insectes, forment une quatrième famille sous le nom de Ténüirostkes.
§ I 05. Enfin, les Martins-Pêcheurs, les Guêpiers et quelques autres passereaux, dont le doigt externe est uni au doigt du milieu jusqu'à
fiff- 171 ■
l'avant-dernière articulation, constituent une cinquième et dernière famille, celle des Syxdactyi.es (2).
§ 100. Si nous résumons ce qui vient d'ôtro dit sur la classification des oiseaux, nous verrons (pie ces animaux se distribuent do la manière suivante :
(1) Les C0LIDRI3 (Trochllw) sont .remarquables pai* lu beuutu île leur plumage ; ils I hululent les parties dl&iules d’Amérique et se tiennent d’ordinaire dans le voisinage tics jardins où ils .voltigent de fleur en fleur. Les zoologistes donnent plus pai’liculièrement
le nom de Colibris aux espèces dont le bec est arqué, et celui d' Oiseaux- Mouches à celles dont, le bec est droit . C’est à ce genre qu’appartiennent les plus pelils oiseaux connus.
(2) Les MAftTiNS-eÊGllEL'HS (Alccdo) ont les pieds très courts, et le bec long, droit. | anguleux et poinlu (fuj. 172). Ils volent avec rapidité. Leur nourriture consiste principalement en pelils poissons et on insectes aquatiques , qu’ils prennent en se précipitant dans l’eau du haut de quelque branche oürils se tenaient porches pour guetter Avec ^ patience leur proie ; la digestion terminée , ils vomissent par petites pelotes les parties dures des animaux qu’ils ont ainsi dévorés. Ils nichent dans des trous en terre, le long
des bords escarpés des fleuves. On en trouve dans les deux continents. L’espèce d’Europe est de la taille d’un moineau, et verdâtre ondé de noir en dessus , roussâtre en dessous, avec une large bande bleue aigue-marine le long du dos; elle est plus commune dans le Midi que dans le Nord.
Les GüÉPitsus ( Merops ) sont des oiseaux à longues ailes, qui volent presque à la manière des hirondelles, et qui poursuivent en grandes troupes les insectes, surtout les abeilles» les guêpes et les frelons, et chose remarquable, ils n’en sont pas piqués. Leur bec est allongé, triangulaire à sa base, légèrement arque et pointu ; leurs pieds sont très courts elle doigt interne est soudé au médian jusqu’à la première articulation. Us appartiennent aux parties chaudes de l’ancien continent ; une espèce remarquable par ses couleurs est assez commune dans le midklff-l’HTÎropc.