LA GENÈSE D'UNE CAPITALE
enfin leurs regards en approchaient davantage. C'est une pratique religieuse qu'il faut que nous suivions. Tu dois te tourner vers le midi, un peu à droite, c'està-dire qu'en prenant un cadran solaire pour le régler tu dois regarder vers une heure un quart. Si tes yeux étaient aussi bons qu'ils sont beaux, et s'ils perçaient tout ce qu'ils rencontrent, comme tout ce qui les voit, tu me verrais ici dans ma maison hideuse, délabrée, dont aucune porte ne ferme, dont aucun plancher ne se soutient, dont tous les murs se réduisent en poudre. dont toutes les chambres sont meublées de haillons rouverts dépoussière; ces haillons, ces bois de chaises cassés, ces tables brisées sont, dit-on, les meubles du roi, et me fout beaucoup d'honneur en me servant. Cependant je vais, dans peu, changer et renouveler tout cela, en grande partie ; il ne me manque que de l'argent, des bras et des bois... Mes affaires s'accumulent de jour en jour... n
Le même jour, à Paris, Madame de Sabran rédigeait ainsi, pour le chevalier de Boufflers. son journal : 4. Tourmentée de mon sort présent, futur, j'ai été ce
matin chez une sorcière, la favorite de Lucifer et la
mieux informée de ses desseins. J)ës les premières
carlCfi elle m'a dit que j'étais bien aimée. Dit-elle
vrai ?... Mme de Jarnac
Elle vit la nécessité d'à
de cet art, car elle ache
on se fait aimer du plus
les assurances à ton si
l'envie d'en faire Templette. Je t'en jetterai un peu aux yeux quand je verrai le bandeau de l'amour se déchirer; car il ne faut pas qu'un amant soit trop clairvoyant...»
Ces fiancés, Tune de trente-sept ans, l'autre de quarante-huit, correspondront ainsi, quotidiennement, non sans mêler parfois à leurs tristesses diamants séparés, Tune, ses craintes de la Révolution qui point, parmi les controverses, dans l'Assemblée des Notables, l'autre, ses plaintes d'homme énergique et créateur, comprenant mal l'indolence de ses auxiliaires, les fatigues de ses soldats, la négligence du ministre royal, déjà toute semblable à celle de nos ministres radicaux.
Le 2 juillet 1787, Mme de Sabran notera : a On disait hier à Versailles que M. de Galonné s'était enfui avec un seul laquais on ne sait où. Il y a quelques jours que le Roi lui a fait demander son cordon, tout au rebours de la Turquie où il est envoyé souvent plus mal à propos... Il a su de plus qu'on voulait le dénoncer* à la Chambre des comptes pour environ vingt-huit millions dont on ne connaît pas l'emploi... ...A sa place j'irais te rejoindre au Sénégal... »
Dans ce moment le chevalier de Boufflers était en mer, sur le Rossignol, à la poursuite d'un vaisseau anglais qu'il voulait atteindre pour admone&ter le capitaine coupable d'avoir, sur la côte de Mauritanie, houspillé nos traitants de Portendik. Successivement le calme plat et les vents contraires retardaient un voyage illicite du gouverneur. N'y tenant plus, il
LA GENÉSl D'PNE CAPITALE. IS
s'élaaça vers son amie, à travers l'océan, sous un prétexte.
Sans doute songea-t-il à l'ennoi dejustiQersa fugu« devant les ministres, et récapitula-t-il tes problèmes à résoudre : celui de la barre interdisant, de longs mois, le transbordement à Saint-Louis, des farines, des bois ouvrés, des outils et du vin, des bagages mêmes, parfois des estafettes noyées au passage de la volute, comme ce pauvre chevalier de La Huchois, un enseigne et dix matelots. Problème du breuvage : les soldats, faute d'eau potable et de vin, se grisent avec l'eau-de-vie, se querellent, encombrent l'hôpital. Problème des hiérarchies nécessaires entre ofllciers de caractères susceptibles etacariâtres. Problème de laisser, ou non, les officiers acquérir des esclaves, de l'ivoire, de la gomme, pour les revendre. Problème de traiter en ennemis tels princes des Maures, telle reine adipeuse des i( Jalofs, qui pue le bouc cornu «.Problème de recruter la main-d'œuvre blanche; et celui de défél^r, ou non, au tribunal de l'amirauté, les colons pilleurs d'épaves, etc. Sans doule, Uoufflers se rappelait-il ses angoisses au milieu des incendies allumés, par la malveillance des marabouts, dans les quartiers de paillotes, alors qu'il avait, là. une jambe brûlée, l'autre meurtrie, afin de prJterver le mugaNiii d'^H pou la c
Ifl NOTRE CARTHAGE.
avec de l'argile, en séparant, par des murs de briques, les agglomérations de cases les plus inflammables, en appréciant, avec émotion, la reconnaissance des familles sauvées qui lui firent présent de mille et mille œufs.
Boufflers n'avait négligé personne qui fût bien en cour, ni la Reine qui acceptera une perrucbe, ai le maréchal de Caslries auquel on destine un (îheval, ni M. de Beauvau qu'une petite captive amusera^ ni le Duc de LaoQ titulaire d'une poule sultane, ni Madame de Ségur pour laquelle le chevalier racola une cinquantaine de beaux nègres à moins de moitié du prix qu'elle paye, eu sorte que, rendus à Saint-Domingue, ils reviendront, à peine, à cent pistoles (soit environ mille francs, soit vingt francs par tête). Pour Madame la duchesse d'Orléans voyagerait une petite négresse de deux ou trois ans, <( jolie non pas comme le jour, mais «omme la nuit, ses yeux sont comme de petites étoiles ». M. de Poix aura deux petits singes verts. Pour M. Elzéar de Sabran grandit un perroquet à tête rouge. Madame de Sabran recevra un perroquet jaune, unique dans son espèce.
Ah ! le mau\ rant le retard radmiral)Ie Bli machine à de:
d'autre coosoli dame de Sab a Adieu, cher