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LA GRACIEUSE VIE DE KAYES. 18T

les Hâdjistes reparurent, la gandoura relevée sur les bras nus, et serrée dans la ceinture, la tête enturbannée; mais leur tentative échoua de même. Les caïmans se repurent de cadavres. Cependant le siège de Médine fût entrepris au mois de juin. On sait l'héroïsme du commandant, le tnulâtre Paul Holl, et du sergent Desplats, aidés par les habitants de la ville, par leur chef Sambala.

Un témoin de ces exploits survit. C'est un vieux Soudanais. A l'époque, il avait neuf ans. Grand, svelte, ce chevalier de la Légion d'honneur, couvert de . médailles, a suivi son officier dans un régiment de tirailleurs algériens qui se battit contre les Prussiens, en 1870. Lui resta prisonnier, neuf mois, en Allemagne, 11 est revenu dans la terre natale. Sous le fez, et l'uniforme de garde, il montre une face creuse, énergique, très noire. Il se (}it fier d'avoir été notre soldat, même aux heures du désastre. Les indigènes le respectent. Ils lui font cortège dans la forteresse tandis qu'il explique, de place en place, grâce à la plus surprenante mémoire, toute la défense de 1857, [a faim des assiégés, l'angoisse des soldats. Il ne leur -estait que deux cartouches par giberne, le 18 juillet, 5t deux gargousses par pièce. En aval, les eaux, trop masses, ne pouvaient alors porter les bateaux de jecours au-dessus des rapides. Elles-mêmes, les canonlières, immobilisées entre les récifs, repoussaient, îhaque jour, des attaques. Rampant parmi les brous- •ailles, des milliers de Toucouleurs approchaient à

cinquante mëlres de la forteresse, à vingt-cinq mèlre^ Ju lalade Sambala. Les six mille babiUats de Médioe ■esserrés dans une enceinte de cinq mille mètres, louffraient horriblement de la disette. On respirait jn air vicié par l'odeur des morts ennemis pour- 'issant aux alentours... Enfin, l'eau du fleuve ayant [Eonié, Faidhcrbe amena de Bakel six cents bommes, lont cent blancs. Ils débloquèrent Médine après un :ombat furieux.

Du haut de la tour, on reconnaît, sous l'implacabk lumière du ciel, le décor de ces tragiques péripétie;. Fleuve et monts, dunes, broussailles. Le dessin anguleux de la forteresse, l'utilisation de ses Diveau:i [liflérents, la protection du puits intérieur, tout fui admirablement compris pour faciliter à peu d'homnn^' la défensi', par feux croisés, contre une multitud'' d'assiégeants. Les esclavagistes ne purent atteindre la masse de la cité aux chaumes pointus. Jusqu'au bout, nos alliés Bambaras et KItassonké purent résistai vaillamment. Les libérateurs poursuivirent la retraite les adversaires jusqu'aux chutes du Felou. Terribii' ît dantesque paysage.

Des chalands y mènent. Chacun de ces bateaux plaît supporte une maison à persiennes. Les bordages soûl assez larges pour que les laplots puissent y marcher en faisant, à la perche, glisser l'esquif, parmi lor récifs et les herbes. Les berges, bientôt rocheuses, abruptes, embrassent, de leurs caps, quelques anses pleines de lavandières et de marmaille, de pêcheurs

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nir très émouvant du prodigieux exploit qui nous ouvrit la route du Niger et celle de notre empire soudanais.

Çà et là, bâillent dans le sol de nombreuses « marmites infernales » qu'agrandirent, en y tournant plusieurs siècles, les pierres roulées par les tourbillons du fleuve. Partout ces puits ronds s'ouvrent dans le granit, les uns à sec, les autres encore à demi pleins d'eau. Il y flotte alors de blancs nénuphars épanouis. Maintes touffes d'iris violets poussent dans beaucoup de ces cuves, et les transforment en corbeilles de fleurs funèbres.

Quelques-unes de ces cavités communiquent entre elles. Au fond de celles vides, on aperçoit les cailloux polis par les frottements multiséculaires, et qui atten* dent la crue pour recommencer leur labeur de toupies géologiques. Et l'on monte lentement, vers la frontière du Galam, entre des puits à fleurs sur un plateau d granit.

Un singulier insecte qu'on rencontre, ensuite, dans toute l'Afrique, pullule ici. De ses flancs de libelluk quatre cils divergent, terminés par quatre ailettej ténues, carrées. Elles s'agitent, vibrent, l'emporten de fleur en fleur, de puits en puits. Projetées par leui^ longues pattes de derrière, les gerboises sautent, puil se reposent assises, en croisant leurs courtes pattei de devant. Leur museau ef&lé flaire. |

Le pays de Khasso enserre, de ses bois, le bief supé rieur d'où les eaux s'épanchent. Elles forment plusieur

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