‹ Notre CarthageChapitre 35 sur 47 · LA GRACIEUSE VIE DE RAYES · texte numérisé non relu

LA GRACIEUSE VIE DE RAYES

cascades espacées, grondantes, qui vont s'écraser, en basi sur un palier de roches jaunes. Malgré la force impétueuse des cataractes, cent petits poissons se lancent du fond pour remonter ce courant. Lumineux, ils bondissent. Us percent le mouvement précipité, glauque et mousseux. Ils s'insinuent à rebours dans cette ruée du fleuve et, miraculeusement, réussissent à escalader cinq ou six mètres, à se hisser dans le Sénégal du Khasso. Majestueuses, les eaux supérieures s'étalent entre des rives forestières. Leur courbe, au loin, semble sortir des feuillages, pour resplendir dans Tair scintillant, puis gl^isser à grand bruit sur cette immense pays de pierre, par ses fentes.

Les écrivains arabes plaçaient dans les régions méridionales voisines Texistence de peuples noirs adorant un ophidien monstrueux et à crinière qui sortait de son antre, le jour des funérailles impériales, pour désigner le successeur en léchant, au nez, le candidat préférable. Celui-ci devait, à la crinière, arracher autant de poils que d'années de règne souhaitées ; mais le serpent s'enfouissait vite dans sa caverne.

Plus loin, les Faraoui achetaient le sel au poids de Tor, et récoltaient pour leur roi, une herbe aquatique riche en vertus aphrodisiaques qui lui permettait la 'écondation de nombreuses épouses.

En ce Felou dantesque, les collaborateurs d'André 3rûe, dès 1698, eurent l'intention géniale de fonder m centre pour la puissance française. De Dramané eurs émissaires partirent afin de visiter le Eliasso

jusqu'aux cataractes de Govina, autre seuil rocheux d'amont que saute le fleuve. Ils devaient reconnaître son cours, au S.-E., jusqu'à Bafoulabé, puis, de là, remonter la berge du Bafîng, l'une des deux rivières qui s'unissent pour former le Sénégal, enfin aller vers la source, dans le massif du Fouta-Djallon. De même pour l'autre affluent, la Baoulé, en marchant vers les monts qui dominent la vallée du Niger entre Bammako et Koulikoro, capitales de notre Soudan actuel. Car de Bammako à Kayes, et de la Baoulé, affluent oriental, à la Falémé, affluent occidental, s'étendait, au dire de tous les indigènes, le pays de l'or et des richesses amenées, par les conquérants, sur les marchés du Sénégal.

Ces idées furent depuis confirmées entièrement. Si les difficultés de transport pour amener Toutillage nécessaire dans la vallée de la Falémé, dans le pays mandingue, et dans le Loby, n'ont pas encore permiâ de réaliser les grandes exploitations des mines auri fères, les Compagnies de la Falémé, de Siguiri, sur h Haut-Niger; d'autres ont entrepris les travaux qu deviendront fructueuî^ dans un avenir prochain. Té moignages de la prévoyante intelligence que les Brûe les La Courbe et les Compagnon manifestèrent, aou exportons du Galam cinq cent quarante-quatre nailli trois cent trente francs d'or, et du Bambouk, du Loby six cent mille francs dus à l'extraction par les îndl gènes.

Méditer sur ce long effort de la pensée française, |

la limite du bief supérieur que Compagnon explora, cela procure une belle émotion de l'esprit.

Il agrée d'être parvenu là, de sourire à la petite nymphe violâtre qui se polit les orteils avec une pierre reprise aux girations des siècles dans une cuve du Felou, avant de confier aux ondes brillantes du Haut-Sénégal un corps que Houdon eût volontiers choisi pour modèle de ses Grâces.

De Kayes à Bammako, la voie de fer s'allonge, sur ûnq cents kilomètres, entre les montagnes selon les 3lans étudiés par les officiers du génie sous les ordres lu commandant Joffre, aujourd'hui chef de l'état-major [énéral et qui sut refouler l'invasion allemande de 914. En 1904, le colonel Rougier paracheva la réaliation. Elle a coûté cinquante millions. Elle ne fut pas isée partout, bien que les solides Bambaras et Manké du pays remuassent la terre assez vite, encouigés par le$ tambours et les flûtes de leurs musiens. De plus, les guerriers de Samori, sofas et tali- 3S, captifs, après leurs défaites, rendirent -obligairement è la France le service de fixer le rail par quel les vainqueurs des esclavagistes assurèrent durée de leur action civilisatrice. Grâce à d'opiâtres efforts, les deux ponts, sur le Bafing et le

IS

i94 NOTRE GARTHAGE.

Bakoy, lurent amenés, montés, éprouvés. La locomotive court aujourd'hui du Sénégal au Niger, unissant les deux fleuves, pour le transit, à peu près direct, des produits soudanais vers l'Europe, et des produits français vers le Soudan. De Bordeaux à laGold-Coasi anglaise, p4r tout l'intérieur de l'Afrique, en sep tembre, saison des hautes eaux, un touriste peut ilâ ner sans interruption de parcours, le fusil au poing la jumelle photographique au flanc, avec la^'oertitud absolue de trouver, sur l'itinéraire, de bons bateau: et des trains confortables. Celui-ci, par exempte, com prend des wagons de luxe pourvus dé toilettes entières d'un mobilier élégant et simple, de toutes les cou modités utiles à qui veut écrire^ déjeuner ou din< sans mécompte ; et cela pour quinze à seize heures c trajet seulement.

Le plaisir est complet pendant que Ton admire l monts du Bambouk, contreforts du lointain Fout Djallon. Après les cultures de mil, de riz, de fiials, dressent, imposantes, ces longues falaises roses | jaunes, arrondies en forme de bastions, où se râ gièrent, au temps des esclavagistes, les populations i timées. Tout en haut, les arbres énormes, baobal rôniers, palmiers, y paraissent minuscules. Le sol de l'aube ressemble, dans les vapeurs,^ à.uae spbèrd ouivre suspendue près de la cime. De la broq blonde où l'incendie pétille en mille places, av^ semailles nouvelles, des insectes s'évadeut eail flfûmmes. Ils sont happés par dos oiseau3( bleus et

ges, les « chasseurs d'Afrique n. Des troupeaux de

singes roux fuient, à quatre mains, l'élan de l'express.

Ils se retournent, laces d'Européens barbus, non de nègres, et qui vous dévisagent sans peur, intelligemmeat, avec lesyeux, fort surprenants là; des gavroches parisiens.

Aux stations paraissent, véritable cortège d'opéra, les dames et les jeunes lilles malînké, si diverses, très affables sous leurs cimiers de cheveux et de grisgris qu'orne souvent une boule d'ambre retombée vers le front. Race originaire dn Haut-Bakoy, elles eu sont l'efflorescence innombrable et ravissante. Mille sourires éblouissants, mille regards lai^oureux animent leurs muQes d'aventurine que la prompte Joie du rire écarquille. 11 en est de rustiques par la figura ronde et naïve, la poitrine volumineuse, les bras mus- :uleux, les lèvres avancées. D'autres semblent délu- -ées, hardies. Elles rappellent les jeunes blanchisleuses de nos lavoirs, prêtes aux lazzis de Belleville. 2elles-ci, dignes, méprisantes avant qu'on les salue l'un a Anicé <> gentil, deviennent aussitôt courtoises t harmonieuses par les gestes, par la douceur des laroles bambaras, comme nos mondaines au thé:

Anicé gay l » Certaines conservent l'aspect robuste t iranc de leurs époux frisés, barbus. Elles se parent éaomoias de piécettes enfilées autour du crâne, col- ■es sur le front, et de colliers en grosses perles bleues, a zueouE coquillages. Ce goût de luxe fait noblement i draper les hommes dans l'ampleur de muileaiut

N^'TKfc C^KTHAtiE.

S. Survivance de leur grandeur nalio empereurs de Mali qui, après avw Î40, l'enipire sooiiikè-peiil de GbaDa.

siv* siècle, r^ir ta presque lotalil* ^^ ipris IVmpire de Gao-Tombouctou.

s sout enclavés dans tes falaises de la : a des lacs dans les caves des rochers ;es oii l'on aperçoit, an milieu descase^ teinturières isiiluxanl l'indigo dans 1^ ot. sans avoir quitté, pour ce labeur LÎ les colliers, ni le diadème, ni les au . ni les cimiers somplneos.

s, en 1S63, accueillirent nos premierï ies ofliciers Mage et Qointin, fort m cette province montuense, si forestière ' Kalé. à la n'ncontre des cascade; e; e le l'aiiol ne i^K>uvait franchir aisémeii lahiiia rien n'existait plus de la w iti-Omi.tr et ses musulmans avaient iu i-é, emmené sous la fourche des cajilii^ ece peuple qui avait, au xvi* siècle, al le pour se rt-ndre à l'animisme de s'J

ail que lies ruines à ce confluent UiiB^ ly « père et uièiedu Sénégal ii.Leiili: es de l'hlammaure, les fameux lalill•:^j umis à leurs bataillons d'esclaves soIj;' irmés de fusils, précédés de musique' ondants, aux cymbales de fer, aux pi-

villons de couleur. De leur tata de Koundian, ils terrorisaient le monde malinké très incapable, s'il se fût mobilisé et concentré, de traverser le Bafîng, puis de forcer le passage des monts qui garantissent la vallée de Koundian. En 1889 seulement, le poste de Bafoulabése dressa, au confluent des* deux rivières. Aujourd'hui, près de Maliina, un pont de quatre cents mètres, en métal, appuyé sur quinze piles de maçonnerie permet aux trains de passer la rivière, d'amener les machines pour extraire l'or à deux cents kilomètres de là, dans le placer schisteux de Keinon, dans le dépôt alluvionnaire voisin qu'une société française exploite, par les méthodes hydrauliques, avec un rendement possible de sept francs au mètre cube, pour sept millions de mètres cubes environ. Les trains, par ce même pont, importent les semences et les machines agricoles, exportent le bétail et les récoltes de toutes les provinces que Mage et Quintin trouvèrent dévastées, parsemées d'ossements humains. Reliques des massacres, des incendies et de la famine consécutive à l'œuvre d'El-Hadj-Omar, de ses successeurs. Maintenant, la paix règne sur Kalé, aux alentours du mont Besso qui penche, dirait-on, vers le Bakoy, et sous lequel la mission Gallieni eut tant de peine à marcher, comme, plus loin, dans le défilé du Babou.

Des arbres ombragent, avec grâce, la cascadeblanche que devient, un instant, le joli marigot de Dioubéba. Contents de vivre, les indigènes se taquinent joyeusement sur les trucks, oti ils s'empilent à Tom-

:9S VnTRE CAflTHlGE.

brede ieurs chapeaaxpoiiinis. Des poneesà bagne d'argent se momiient dans les bouches ilppms pour distribuer plus aisément les cartes dn jeu înstaiié sur les saes. Cependant* contre réehine de sa mèr», le marmot enveloppé rit tout seul, sous la chenille de duvet que le coiffeur a laissée dans le miiiea du CTàne ras. La mission Gailieni avança pénibloBent par ici» entre les sept villages de Nouroukrou, en 1880. Ouaiia^ est le nom de féerie désirant ua décor de montagnes, après une plaine aux arbustes emhus p^ la vapeur de la chaude journée. Des familles courbées abattent, avec deux faucilles par travailleur, les han^tes tiges, afin d'arrêter le feu de brousse à distance de leur village. Jaunes et rougeatres, les feuillages rissolés notent Tautomne. Pr^s de Badoumbé, jadis, il y avait un tata bien fortifié, refuge contre les incursions des musulmans nomades, sur ia rive droite. Le Bakoy scintille derrière l'ancien poste. Clairs dans le soleil trois petits bâtiments à merlons coniques, types de l'architecture soudanaise, bordent la voie. Plus loin, les baobabs énormes projettent en tous sens leurs branches torses et dépouillées à quoi pendent, par une longue queue, des fruits lourds. Voici la Fangala bouillonnant sur les cailloux de ses rapides, entre des lies, et noyant à demi des arbustes vivaees où les oifleaux-gendarmes accrochèrent les trois joncs qui retiennent leurs nids de foin sec. Tableau naturel qui ferait, en Europe, la fortune de villages moins accesfiihlPB. Le général (rnllieni ne rencontra que la forêt

inextricable et ses fauves, là où tout une patrie populeuse et riche vivait en 1852, avant l'arrivée d'El- Had]%Omar et des exterminateurs.

A Toukoto, l'ancien gué du Bakoy, un pont moderne s'allonge par-dessus l'tle oblongue, très cultivée, entre les deux bras du courant que, sur la rive droite, surplombent des falaises admirables. Elles semblent dresser, dans l'incandescence du ciel, les mille pinacles de cités historiques, et maints remparts en ruines. Tout ce que Ton apprend des guerres cruelles autrefois connues ici, paraît immortel. en ce symbole de villeis détruites. D'ailleurs la végétation a recouvert rétendue de ses mille et mille variétés. Des palmiers géants dominent les arbustes innombrables, entremêlés. De cette brousse partout enflammes, les lions parfois bondissent. Naguère, deux de ces fauves se disputant une vache la traînèrent jusque sur la voie. Soudain la locomotive surgit rapide, fatale; tumulte et fumée. L'un des lions se contracta. Il se projeta, griffes dehors, gueule ouverte. Il s'accrocha. Furieusement, il mordit la machine, avant de retomber vaincu, roulé, dépecé par le monstre nouveau qui retentissait de toute sa croupe cahotante.

Avec ses caïlcédrats, émerge le plateau de Kita. Étape antique des caravanes allant de la Mauritanie au Niger ; et berceau des Malinké. Au x* siècle, la puissance de leurs princes grandit après une couver^ sion à l'Islam qui précéda la fin miraculeuse d'une sécheresse. La dévotion des rois mandingues les rendit

'mpathiques aux musulmans eu quête de prosélytes habiles meneurs de l'opimon. Cependant les princes gnant à Kangaba, sur le Niger, en amont de Baako, durent subir la suzeraineté des Soninkè-Sossés allres à l'est du Bakoy et sur l'empire de Ghana. Ce isselage ne fut écarté que par Soundiata « le lion famé ». Ayant rassemblé les plus téméraires des lasseurs, après le meurtre de ses onze frères rinés ir le tyran sossé Soumangourou, le nouveau roi du andé affranchit, les unes après les autres, de petites ovinces jusque dans le Fouta-Djalloa, Il forma une mée, qui soumit la rive droite du Niger, puis la rive uche, avec Kita.

Longtemps les Malinké demeurèrent en suprématie

1 Niger au Sénégal, et de Siguiri à Ghana. Decette ospérité, Kita conserve quelque richesse, celle de s karités. L'arbre abonde, au reste, dans toute la ousse du cercle. Grillées, pilées, malaxées dans au chaude et froide, jusqu'à l'apparition de glo des graisseux, les amandes centrales de la noix se losforment en ce beurre végétal qui sert de vasele à toutes les femmes du Soudan. Aussi soignentes l'arbre avec dévotion. Elles récoltent les noix mbées en juin et juillet, les enfouissent, attennt, un mois, la désagrégation de la pulpe, les Ehent dans un four, les pilent au mortier. C'est )rs que ces dames décantent méticuleusement, dans le calebasse, la liqueur huileuse, une main sur le nou, la face attentive, l'échiné penchée. Ensuite

mes se parent néanmo

■liées sur le front, et c. . .

enus coquillages... » — page lOo.

elles façonnent le beurre en mottes, et l'enveloppent de feuilles pour la vente. Savon, cold-cream, huile d'éclairage et sauce, le karité entre dans les corpssoudanais par toutes les ouvertures, par tous les pores qu'il parfume trop. L'Europe mêle ce beurre en faible quantité à la margarine de Hollande. Un l'emploie en stéarinerie. II vaut sept cents francs la tonne dans les ports. Son commerce est à tenter. A Kita, s'arrêtèrent Mage etQuintin, le 15 juillet 1864. L'opulence de la contrée leurdicta des avis enthousiastes suivis, en 1880, par la mission Gallleni qui signa le traité préalable à la construction du poste avec le cbef malinké Tokonta . Pour le récompenser, les troupes du colonel Borgnis- Desbordes vinrent, l'année suivante, détruire les citadelles voisines et formidables des pillards esclavagistes. Ils avaient anéanti la moitié des villages. Leurs descendants sont, peut-être, ces ouvriers agricoles à faces de pirates. Affublés de loques eurojéennes, ils travaillent la terre qu'arrosa le sang des aces faibles si longtemps.

Quîttaat les bêtes enfermées dans les épines de la ériba, tellesjeunes Foulankés usentd'nne coquetterie élîcate pour tendre aux voyageurs les noix de kola, •s morceaux de canne à sucre, les cordes de tabac en. ruille. Is calebasse de lait mousseux. Ces métisses de en Is et de Mandé, fojt joliment, se cambrent dans les tyures du pagne qui serre, fkla taille, le torse lisse et ,ns défaut ; à moins que le poids de l'enfant et de son née noué sur la gorge de la mère ne l'aient déjà flétrie.

Hangar de chaume en pente 6ur piliers de bois, la petite gare même de Sebekoro abrite les manœuvres embarquant les produits du sol qui reconquiert son ancienne fertilité. Près de là, se dessine mieux une chaîne de montagnes forestières et giboyeuses. Elles s'appelleront tout à l'heure les monts du Manding. Leurs crêtes partagent les eaux du Bakoy et du Niger. C'est encore une région aurifère. Le quartz émergeun peu partout du conglomérat de latérite. Dans la colline de Fatoya, la société de Siguiri a commencé l'exploitation. La teneur est de huit à neuf francs par mètre cube, selon les renseignements de M. G. Méniaud, qui, scrupuleusement, rédigea la géographie économique du Haut-Sénégal-Niger dans la belle série d'études publiées par M. le gouverneur Clozel. Sur le mont Didi, les indigènes vendent annuellement sept cent mille francs d'or en poudre, grains et pépites, aux marchands de pacotille qui les volent de leur mieux.

La colline de Fatoya qui compte sept cent mille mètres cubes rend, au sluîce, cinq francs par mètre, et pourrait en rendre huit. La rivière Tinkisso a donné deux kilos d'or en une semaine à la société de ce nom.

En ce pays de cultivateurs et de pasteurs Mandingués trapus et musclés, le D' Tautain et le capitaine Gallieni, durant l'exploration de 1880, sentirent l'hostilité des naturels croître à mesure qu'ils avançaient. Pleins de cadeaux pour Ahmadou, successeur d'EI- Hadj -Omar et maître de Segou, maître haï des agricul-

s*eAl

teurs, ses victimes ordinaires, les coffres du convoi suggéraient des sentiments de fureur. Pourtant les ordres de Saint-Louis conseillaient de séduire, d'assagir Atimadou, de lui imposer une alliance pacifiante. Aûuiniaa, le ctief réclama l'abandon des présents diplomatiques destinés au sultan des esclav^istes. A Dio, deux mille Bambaras-Bélëri, trompés par ces apparences, iusillèrent la colonne française. Ils lui ravirent ses bAtes et ses charges, lui tu&rent quinze hommes, et s'emparèrent des choses précieuses qu'ils durent pourtant restituer en 1883 au colonel Borgnîs- Des bordes, justicier tard if, mais exigeant. Le capitaine Gallieni, et l'héroïque D' Tautain avaient pu s'écbappeï, puis gagner Bammako.

Dans ces régions que le capitaine Guignard a si bien décrites en son livre, PremUret Cartouches, le chef de ses adversaires, Samori, dès le mois de février 1883, envoyait son frère Febou couper les lignes de communication entre nos deux camps de Kita et de Bammako, détruire la ligne télégraphique, et repousser avec trois mille sofas parfaitement armés les quatre îents soldats de Borgnis-Desbordes. Celui-ci ne put reprendre l'asceadaat qu'au mois d'avril, sur les bords le t'Oyako. De 1884 à 1885, le commandant Combes obligea difficilement les troupes du « Prince des ^roysntSDàrepasserleNiger, mais subit un réel échec i Nafadié. Heureusement le colonel Frey, là même, Sattitdixmîllesolas, en décembre 1885. Avantage qui lélermîna le premier traité de 1887 avec le chef escla-

ÎDi VOTRE CARIflAGE.

a^îsle. acceptant de limiter son empire an nd du 5i- <;r, par la rive droite. Od sait comment la laite recont- Icfi^a en 18S9, rI l'épopée ealreprise par les ArchJard et les Ronnier, contre l'armée des Sofss qa'il illut atteindre en liuinée, puis dans les forêts de la ',l>le d'Ivoirin, après une série de batailles et desièg'^' lérolques, poursuivre enCn sur leCavaUy.LeîSsep- >;iDt)ri! 1698. à Guelemou, les capitaines Gourauil w : iaïUtn s'emparèrent de Samori. NdI ne saura jamai; ; iiomhr'i de vies humaines anéanties, durant «s tiirize unnéiïs, par la cruauté de ce conquérant qui léjicuirla, dévasta des patries eotières, ponr réduire n servilude leurshabitants et les donaeren payement I e solde aux sofus. |

Sous I<;s lieaux feuillages de Kati, un camp se groupe. j' (iokifjel d'un régiment enrôle, instruit les recrues uSuudan installées avec leursépouees en des hameani. f! chaume et de banco. Au bout d'une avenue, lej imiitièrc embrasse le repos des fonctionnaires et d»! nldats morts à la tâche. Ils dorment dans la terra jse, sous des tombes blanchies à la chaux, au son e» (ilaironnades fréquentes qui perpétuent les vœui c leurs âmes fidèles. A la Toussaint, les pères Blanfl iennent, superbes et long-barbus, dire l'absoule. eurs soutanes de colon, leurs casques blancs lei randissent encore parmi quelques dames française! a deuil, des enfants blonds, pâlots et sages. La croi: 1 damas d'argent sur le drap noir de leurs dalma ques consacre ces grands moines. Lentement il

psalmodient un Dies Irx, puis un De Profundis, Chants plus cruels, plus solennels, si loin de notre chrétienté. Le missel est encensé par les enfants de chœur bambaras. Le mur bas ne cache point la campagne de collines parallèles, d'arbustes pressés, de troncs desséchés où les vautours s'épluchent les ailes. Les Pères s'agenouillent. Ils prient dans la terre rose, entourés parles sergents, les capitaines, le colonel; blanches statues de ressuscites. Diffèrent-ils un peu de ceux qui trépassèrent en songeant à la mission de la France libératrice? Ne sont-ils pas, les uns et les autres, ceux-ci debout, ceux-là couchés, les mêmes gestes de la pensée républicaine préparant l'avenir de ces races? Au retour, ne voit-on pas les négrillons du camp, accroupis devant le tableau noir, relire, après leur caporal-instructeur, l'éloge inscrit du drapeau qui les délivra, et que les apôtres des Droits de l'IIomme portèrent depuis l'Atlantique jusqu'au Tchad. En ces enfants crépus germe déjà l'espoir de nos iéfunts enterrés là, si loin des maisons françaises où Is eussent voulu conter leur effort à des amis indolents ît sceptiques, honteux, à peine, d'ignorer l'empire que, jaisibles, ils acquièrent, par la bravoure d'autrui, en aissant leurs politiques méconnaître et desservir, parois, tout cet héroïsme. Empire pour l'extension duquel es tirailleurs bambaras aux pieds nus, manœuvrent, lertes, précis, la chéchia vers l'oreille, la vareuse outonnée, un lebel assuré dans leurs poignes brunes t sur répaule robuste, afin de risquer bientôt leurs

Dces loyales aa Maroc, ea Mauritanie, aa Ouin Champagne, en Alsace, en Flandres, ailleurs, l'indépendance des laborieux et des producteur. , Kati à Bammako, le train coort en faisant levei ; ttardes, bondir tes lièvres, toornoyer les vau- i

en un décor de cascades parmi les palmiers- 1 Sposcule s'épaissit dans le feuillage que double | arpre orangée dn couchant. Dana les bourgs, su i

des maisons rondes, les ménagères demi-nuei ; !nt le bois du foyer. Les eolaots rassemblent la i s et les chèvres. Des chasseurs étranges qu'eûtj nés Callot rentrent avec des oiseaux pendus asi de la canardière, parmi les franges de fourrure, rieilles criaillent dans l'ombre plus dense. Lesi du CQUscous éclairent les fronts bosselé» des cuires. Et c'est, tout à coup, la nuit stridente de que que mille et mille peuples d'insectes chantent Inment, parmi tes frissons des herbes sèches.

peignant le joli Gilles de son tableau célèbre eau a prévu l'apparence de nos coloniaux qù blancs sous le casque, resplendissent au sold lal de Bammako. Officiers, administrateun taires, commis, importateurs et exportateur^ is Françaises en Colombioea luxueuses, pbotoi

graphes anxieux d'obtenir un bon Glm de cinéma, ces élégances diverses forment un ensemble d'opéra sur le quai de la gare fleurie et pavoisée jusqu'aux lampadaires électriques des mâts. Le touriste croit débar- |uer dans une ville d'eaux.

Dehors, contre la barrière, le cheval d'une Victoria 1res correcte s'impatiente et piaife entre les rênes tenues par un nègre rigide. Une automobile trépide ierrière ses ianaux de cuivre étincelant. Curieuse et iage, autour du vétéran qui la contient, une foule de âsages marrons aux mâchoires saillantes, aux narines >alpitantes, une foule de Soninkè, de Bambaras et le Malinké regardent sous les chapeaux coniques, les chéchias de pourpre, les madras bariolés, les cimiers le cheveux crépus et ornés„ les calebasses pleines de inge, les fardeaux gibbeux. Devant ceux qui sortent, ette foule s'ouvre : deux haies de personnes rieuses n toges blanches, en pUs bleus, en boubous flottants, m pagnes rayés, derrière une marmaille d'ébène bétonnante et nue qui sautille. Si l'automobile vous emporte vers la cime de Koulouba, la cité européenne, »ar la route large, on aperçoit vite le panorama général, es mille chaumières soudanaises massées entre la aontsigne rousse et les cultures bordant le cours ma* îstueux d\i Niger que dominent, sur l'autre rive, des roup^ boisées. Le fleuve a, ici, neuf cents mètres de wgeur.

Voici donc la rive qu'il fallut atteindre, au prix de stnt d'efforts et de sang, pour réduire la puissance des

Ahmadou et des Samori, pour affranchir de la terreur les peuples « infidèles » qu'ils ruinaient, qu'ils décimaient selon les préceptes cruels de l'Islam.

Espoir des races qui arrivèrent là de Carthage, d< Numidie ou des forêts atlantiques, pour y fondei leurs empires, pour y vivre leurs siècles de gloirei différentes, le paysage s'étale grandiose, sévère, au: flancs des eaux. Elles débouchent de l'ouest en s courbant. Elles arrivent, calmes et rapides, à traver l'espace parsemé de villages aux toits de paille. Elle baignent les jambes des bœufs à l'abreuvoir. Elle clapotent contre les chalands, contre les longue pirogues recouvertes de leurs dômes en nattes. Elle affluent dans les mains des lavandières nettoyant leui cotonnades . Elles rincent une bacchanalede baigneuse qui se savonnent, un essaim de marmots qui patai gent, une équipe de Sompnos nageurs qui rivaliseii Laissant des poissons aux mailles, les ondes trave sent les filets verticaux tendus par les plongeurs ligne. Elles passent. Elles s'en vont aux monts Koulikoro, bastions défensifs de la vallée.

Bammako doit son nom, « bamma-ko » l'affaire i caïman, à l'ancienne coutume d'offrir, dès les pj mières pluies de l'année, une victime propitiatoi une vierge, aux caïmans du Niger qui la dévoraiej Cette coutume persista jusqu'à notre venue, et remi tait aux temps oh Dia-Moussa, fils du soninkè Serj Niarè qu'avaient, dans le milieu du xvii* siècle, eîj ses compatriotes du Kaarta, choisit ce lieu al

sans habitants pour y établir la grandeur nouvelle de leur maiBon. Époux des RUeB bambaras courtisées sur la rive droite du fleuve, les parents de ce chasseur illustre engendrèrent la noble famille des Niarë, toute Bambara par la langue, les moeurs et les traditions. Bammako est le centre des Bambaras ou Banmana, ces Mandé du sud-est originaires du Haut-Baoulé, l'afSuent du Bani, et dont la caste batelière, les So* mono, s'installèrent, de bonne heure, dès le i* siècle, sur le Niger et ses berges, entre Bamiuako et Ségou. Les empereurs mandingues les y trouvèrent maîtres des eaux, en 1250.

De la cité officielle, si claire sur la cime culminante de Koulouba, le regard admire le caractère de cette région resserrée, par son dessin orographique, contre le cours du Niger. Cela se présente en tableau sans pareil dans toutes les fenêtres des villas roses entourées de galeries, enguirlandées de pariétaires, et qui abritent les ménages des fonctionnaires, des capitaines, les cénacles de lieutenants et de commis théoriciens autaot que guerriers. Au bout du plateau, contre la pureté du ciel, se déploient les façades vraiment majestueuses des palais. Visages souverains de notre pensée latine qui, de là, protègeet enrichit cinq millions i'hommes. Paris s'enorgueillirait de ces architectures •ectangulaires, amplement étendues derrière leurs ardins, leur^ pelouses grasses, leurs palmiers choisis, eufs bocages taillés, leurs parterres colorés par les ispèces différentes des fleurs. L'art de l'horticulteur.

re et de ses disciples a posé le sceau de inçaise sur cette montagne du Soudan, s et blanc, le palais du gouverneur, ige sur un perron spacieux, aprÈs un posé. La forte, la savante inteiligenw i, fils de l'Algérie, passa toute sa, iluir >riliser l'occident de l'Afrique, vit en ce palais de style maure, sobremenl IX étages d'arcades : celles d'en bas.

; celles d'en haut bilobées comme leurs ;nade. Trois pavillons se dressent souâ e entourée d'une balustrade pour la civilisateurs qui s'accoudent devaut li' faire. A droite et à gauche, le premier nge par deux terrasses encore, et qui IX corps de bâtiments adjoints. L'arcbi- ;é, en traçant l'épure, à la suggestion îrcée par la splendeur de cette nature i organisateurs? A-t-il érigé, pour cela. ue?

, les salles de réceptions ne le cMent lesse, aux façades. Les ornements, le in goût le plus sûr, comme il sied à ud niant nos idées encyclopédistes. Rien es immenses appartements, que l'élec !, que parcourent les domestiques peul ;arlate, et parfaitement stylés. Le tions du confort, facilitant l'existenci rmettent de gagner du temps pour I

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