LES CIVILISATEURS
montrer à ces chameliers par atavisme son excellence d'instructeur légitime, il a parcouru les espaces aveuglants du désert. Il a bu Teau rare et magnésienne des puits où flottent des animaux noyés. 11 a bu le dernier, afin de faire comprendre son caractère de chel qui sait dominer ses propres instincts au béhéfice de tous. Peu à peu sa supériorité, dans les vertus même du Berbère et du Maure, s'imposera. Le lieutenant offrira bientôt à son pays une troupe nouvelle,' capable de servir au mieux, de faire plus latin l'empire antique et sablonneux de Carthage.
Ce jeune homme espérait cela, devant cette table lumineuse et fleurie dans Tombre fraîche ; pour le seul plaisir d'être estimé par se* camarades et son colonel, pour être utile à la Nation.
Un autre parla. Il a fait la guerre de Crète contre les Turcs, celle de Chine contre les Boxers. Il a traversé les Indes au retour, accumulant les observations de l'artiste, de l'économiste, de l'ethnographe, du colonial, les méthodes anglaises d'administration. Il a touché, en les voyant à fond, Saigon et Singapour. A la Côte d'Ivoire, il a vécu dans la forêt, parmi les peuplades les plus sauvages. Capitaine, il a dû soudain partir au secours de son lieutenant assiégé fort loin. Dans la nuit même, ce chef a réuni les porteurs de la colonne, de son bagage et de ses munitions, en quelques heures. lia marché. Il a vaincu. De retour, il a soigné, tout un mois, le médecin de sa compagnie, et prolongé cette vie, grâce à de la science acquise.
iU NOTRE GAATHAGE.
en attendant l'aide de l'autre docteur retardé par la distance, par un voyage à cheval de plusieurs sem^nes. Aujourd'hui, le capitaine Thévenin a laissé les troH^alons d'or pour l'administrative ramille d'argent. Il collabore au gouvernement général. Il crée les archives et l'histoire jde l'Afrique occidentale. Il* guide, avec un savoir infaillible, le visiteur de notre Afrique, sans ofiiettre d'examiner, au passage, les postes militaires, les tribunaux indigènes, l'esprit des villageois, les travaux de ses, collègues, les résultats de l'agriculture et der l'élevage, les possibilités de la navigation ftuviale, les réclamatioi^s des fonctionnaires, des offlciers, des laptots mécaniciens, des tirailleurs bambaras, des chameliers berabicl^s.
Imaginez ce que peut être un échange de propos entre de telles intelligences, de tels caractères, de telles mémoires, entre l'érudition d'un observateur assidu conmie M. Dupuis-Yacouba ^t les connaissances d'un voyageur diplomate compie *M. Bonnel de Mézières. Vous écouterez le commandant Joly et l'administrateur Vadier multiplier leurs surprenantes révélations sur la psychologie des peuples qu'ils dirigent, qu'ils organisent. Celui-ci vous dira ses chasses à l'éléphant, à l'hippopotame, et quel sergent tua, dans un poste du cercle de Gao, en une seule année, vingt-deux lions avant d'être écharpé par la furie du vingt- troisième qui, blessé profondément, agonisa sur la victime. M. Bonnel de Mézières vous expliquera comment on forcel'autru^he àcourre.