LES CIVILISATEURS
dans les environs de Oualata. Ces messieurs discuteront jayeusement aussi sur la question de savoir quels sont les plus beaux ballets de tam-tam. Ceux de la Guinée ou du Soudan? Et pourquoi notre opéra ne peut-il rien donner qui vaille en comparaison? Làdessus, on parlera des ballets russes, de Ghaliapine et de Moussorgski, de Debussy et de Beethoven, des écrivains-voyageurs Loti, Chevrillon, Louis Bertrand, des grandes pages signées par Maurice Barrés, par Rosny. Car, pendant la sieste, on lit. Et on lit beaucoup plus qu'à Paris. On préfère s'instruire à manier les cartes ou calomnier ses ^îs. C'est le miracle africain.
Chose merveilleuse, ces Latins dénigrent peu leurs émules. L'extrême valeur des gouvernants, M. Merlaud-Ponty, M. Clozel, n'est pas contestée. M. Roum^ a conservé toutes les admirations de ses anciens collaborateurs.Les généraux Gallieni, Joffre, Archinard, Bonnier sont loués nettement. Et, contre nos parlementaires si foncièrement injustes pour l'œuvre de nos Africains, la critique n'est pas trop amère. « Que voulez- vous?... Ils ne savent pas! » aime-t-on répéter sur le ton de l'indulgence qui excuse, plutôt que sur celui de la sévérité qui s'indigne. Seul un acte parlementaire rie bénéficie pas de cette tolérance. Il n'est pas un poste de notre empire où l'on devine les motifs pour lesquels furent cédés au^ Allemands le nœud orographique de la Sanga, sa houille blanche, le meilleur centre industriel de l'Afrique prochaine, et une
des régions fraciuenses de ce coDiineni. Sénateurs, députés, ministres, n'avaient-ils donc jamais lu les rapports dn commandant Lenfant? Ënx non pins, «ils ne savaient pas! » 11 en est si peu qui savent, au Parleinent de France! . . .
N'importe. On restaurera Carthage tout entière.
Dans le Sahara le dromadaire ne marcke-t-il pas droit, devant lui, jusqu'à l'instant de la mort? Quand la fatigue l'a épuisé, il tend de plus en plus le cou, conmie si la tête voulait entraîner le reste du corps encore plus loin ; mais le corps pèse et s'affaisse. 11 ne se relèvera plus . Lorsque la caravane a défilé tout entière, lorsque le bruit familier s'amoindrit à distance, l'animal prend peur de la solitude. Une dernière fois il tend le cou vers la vie qui s'éloigne. L'effort est vain. Alors le méhari résigné pose sa tête lasse sur le flanc; et, doucement, il expire. Le fidèle serviteur disparaît sans murmure, puisque son œuvre continue.
On trouve aussi parfois, dans le sable, un Maure en posture du salam que l'air sec a momifié, près de son chameau à terre. Ayant perdu la route du puits, ils se sont l'un et l'autre remis entre les mains de la fatalité divine, sans révolte.
Que de captivantes histoires dites ainsi, autour de cette table française, par les matins ardents de Tombouctou!
Le plus souvent, on y espère le transafricain qiii doit unir le Niger à la Méditerranée, comme Iq^ firent, si longtemps, les voyages des caravanes parcourant