I. «AS DAHOMEY
Lorsqu'on aborde en un point quelconque de la cote du Bénin, du large on aperçoit d'abord, se profilant sur le ciel, la verdure des arbres qui bordent le littoral, puis, au fur et à mesure qu'on se rapproche, la teinte jaune pâle de la bande de sable nue et régulière du rivage, et enfin la ligne d'écume blanche que forme la barre en se brisant à terre. Cette barre est formée par de « gigantesques lames (quelques-unes attei- « gnent 40 à 50 pieds de hauteur) qui sont arrêtées brusque- « ment à leur base par le peu de profondeur du fond, tandis « que leur partie supérieure, obéissant à l'impulsion reçue et « continuant sans obstacle leur course impétueuse, se roule (c en énormes volutes qui viennent déferler sur la plage avec « un bruit terrible. Elles forment ainsi en rebondissant trois « lignes de brisants, à peu près régulièrement espacées et <( dont la première ost à 300 mètres environ du rivage. C'est
« un spectacle qu'on n oublie plus dès qu'on Ta une fois « contemplé ».
Après la description qui vienl d en être faite, on comprend
Village lacustre du Tcché.
que la barre présente un sérieux obstacle à latterrisscment sur la cote.
Supposons-le franchi. Une première remarque que le nouvel arrivant peut faire c'est que le Bas-Dahomey est très arrosé : les lagunes sont nombreuses et nombreux aussi les cours d'eaux.
A. Lagune*. — Les principales lagunes sont :
La lagune de Cotonou qui, en s'élargissant, forme le
lac Nokoué, lequel, par un canal naturel, appelé le Toché, communique avec la lagune de Porto-Novo. Cette dernière, très étendue, se prolonge, sous divers noms, jusqu'à la ville de Lagos où elle se déverse dans l'Océan. Il est arrivé à. plusieurs reprises, et notamment en 1900, que l'étroite langue déterre, qui sépare la lagune de la mer à Cotonou, s'est rompue, de sorte qu'on pouvait aller par ce réseau intérieur de la rade de Cotonou à celle de Lagos. Malheureusement la profondeur a toujours été insuffisante entre Porto- Novo et Cotonou, alors qu'elle permet h des vapeurs de plusieurs centaines de tonnes, que les Anglais nomment « branchboats », de naviguer librement en toute saison entre Lagos et la capitale du Dahomey (1).
Autrefois cet ensemble de lagunes était plus étendu vers l'Ouest et de vieux indigènes se souviennent qu'on pouvait se rendre en pirogue de Porto-Novo à nid ah et Grand-Popo : la solution de continuité entre Cotonou et Godomey n'existait pas.
A Godomey, droit h l'Ouest de Cotonou, nouvelle lagune se continuant par celle qui va de Ouidah à Grand-Popo et qui se jette dans la mer. C'est dans cette lagune que débouche, par un petit bras qu'on appelle l'Ahé, le lac Ahemé aux rives très basses, souvent submergées et dont la direction est N.-S. Il est alimenté par les eaux du Couffo, lequel descend du plateau de Savalou.
Signalons enfin, au Nord, les marais de Cô, appelés maintenant d'un nom portugais « La Lama ». C'est une dépression
(\) L'arrière pays de Porto-Novo compte plusieurs lagunes dont les plus importantes sont celles d'Adjarra et de Sakété ; elles ont de nombreuses ramifications.
marécageuse et malsaine, large d'environ 14 kilomètres et qui s'étend, après Toitb, jusqu'au 7* de L. N. entre la rivière Zou et le Couilb. La profondeur de vase est telle que les remblais de la ligne du chemin de fer qui traverse la Lama durent être refaits à plusieurs reprises par suite des tassemeuts.
B. Cour* d'eau. — Les cours d'eau qui arrosent le bas Dahomey, en dehors du Couilo, sont : la rivière Sô qui se jette dans le lac Nokoué ;
l'Iguidi, dont une partie du cours forme la frontière francoanglaise ;
rOuémé et ses affluents ;
le Mono.
L'Ouémé prend sa source dans l'Atacora, au Nord-Ouest de Djougou, entre les villages l'abiégo et Birni de la carte de l'Afrique occidentale française du service géographique du Ministère des Colonies. Son cours est de direction générale Nord-Sud. 11 passe a trente kilomètres de l'arakou. ACarnotville, légèrement au-dessous du 9° de latitude Nord, l'Ouémé est déjà une rivière importante roulant en saison sèche une eau claire sur un lit de sable et de roches. Vienne la saison des pluies et son niveau en quelques jours s'élève de 10 mètres; il déborde alors de son lit et charrie des troncs d'arbres qu'il a déracinés. Son cours moyen, pas plus que son cours supérieur, n'est utilisé pour les transports. Kn revanche, sur le Bas-Ouémé, on rencontre des quantités de pirogues indigènes.
Il se divise alors en un certain nombre de branches séparées par des ilôts de hautes herbes plus ou moins stables, l'eau est jaunâtre et, à la saison des pluies, son courant est
pins rapide. Le Bas-Ouémé, sur le cours duquel se tiennent plusieurs marchés indigènes périodiques et réguliers, est navigable aux hautes eaux jusqu'à la hauteur de Zagnanado, aux basses eaux jusqu'à Dogba, et ce pour des chaloupes sans fort tirant d'eau.
Il reçoit des versants Sud de l'Atacora une certaine quantité d'affluents qui, pour la plupart de nature torrentielle, sont à sec une partie de Tannée.
Sur la rive droite, se jette dans l'Ouémé près d'Adégou, le Zou, traversé par la ligne du chemin de fer à Atcheribe où un pont de CO mètres de long monté sur des piliers en maçonnerie de 12 mètres de hauteur a été construit.
Sur la rive gauche, ses affluents sont : le (îaroumarou qui a sa source au nord de Guessou, passe entre Bori et Ouénou et, après avoir suivi une direction N.-E.-S.-O., vient grossir TOuémcr au N.-O de Parakou ;
L'Ocpara, le plus important de tous, a son origine près de Daroupara, au Nord de Péréré. Il se dirige vers le S.-O en longeant les pentes du plateau qui forme la séparation des bassins de rOuémé et du Niger, puis, avant d'arriver à Tebo, prend une direction N.-S., constitue de Diabata au 9 e degré la frontière franco-anglaise et sejette dans l'Ouémé a la hauteur de Paouignan Les lits de ces deux cours d'eau sont profonds de 3 à 6 mètres et larges de 15 à 20.
Pendant l'hivernage, ils débordent et étendent leurs rives sur les terres avoisinantes qu'ils fertilisent, leur cours est embarrassé de lianes d'arbres ; îli la saison sèche, ils ne forment plus qu'une série de biefs ou plutôt de mares dans les points bas ombragés, qui limitent les seuils rocheux découverts. A l'une comme à l'autre saison, la navigation est impossible.
Lfc PAYS ET SES HABITANTS
Le Mono, dont une partie du cours, jusqu'au 7° do latitude Nord est français, se jette dans la mer près de Grand-Popo parla bouche du Roi. C'est ce fleuve qui a donné à Grand- Popo son importance commerciale, car il est navigable, en saison sèche, jusqu'à Vodomé et pendant les pluies jusqu'à
Les bords de l'Oucmé.
Athiémé et mémo Topli situé à la hauteur du 6°40'. Un bateau à hélice le Mono, qui cale 70 centimètres navigue sur le Mono et, par la lagune, dessert le lac Ahémé.
C. Le sol, le* productions. — Le lias-Dahomey présente l'aspect d'une vaste plaine unie s'élendant à perte de vue ver» le INord, avec d'ici de là de très légères ondulations. 11 n'y a ni montagnes ni collines. 11 faut aller jusqu'à Abomcy pour trouver des pierres. Le sol de couleur rouge brique est formé d'argile et de sable cristallin. C'est la terre de barre qui, dans ce pays où le calcaire n'existe pas, sert aux indigènes à construire les maisons et les murs de clôture.
Lorsqu'on s'éloigne de la côte et que Ton remonte vers le Nord, on trouve d'abord la région, on peut même dire la forêt des palmiers à huiles, sans contredit la plus riche de la colonie, c'est aussi la zone des fortes pluies. Les indigènes cultivent entre les palmiers des plantes vivrières, manioc, maïs (1;, haricots, arachides. On voit aussi près des villages une grande quautité de bananiers, et quelques cocotiers ; les avocatiers, les ananas cultivés se rencontrent partout où il y a une agglomération européenne. Il faut citer encore quelques champs de café de Libéria (près de Porto-Novo, Ouidah et Zagnanado), de cacaoyers (près de Zagnanado), de kolatiers (près d'Abomey Calavij, de coton indigène à Savalou, Djallakou et environs,
Les priucipales essences d'arbres, en dehors des palmiers à huile, sont le fromager qui atteint quelquefois des dimensions énormes et avec le bois duquel on fabrique les pirogues ; le rônier, sorte de palmier imputrescible dans l'eau qui sert aux constructions; le rocco, bois très dur et très dense, difiieile
(1) Si le mais du Bas-Dahomey pouvait être admis en France au bénéfice de la détaxe coloniale, il sérail possible d'en importer une certaine quautité; cette céréale peut, en effet, être employée dans l'amidonnerie. 11 y aurait là une nouvelle source de commerce pour la colonie.
à travailler ; les bambous ; les fambloyants répandus dans tout le Dahomey, les frangipaniers, les ibiscus.
Paysage de la banlieue de Porto-Novo.
La faune du Bas-Dahomey ne présente pas de caractère particulier. Parmi les oiseaux, il convient d'indiquer : les canards sauvages, les poules d'eau, les hérons, les aigrettes, dont les crosses sont de toute beauté en novembre et décembre, les martins pécheurs, les merles métalliques, les gen-
darmes, les grives, les perdreaux, les outardes, les coqs de pagode, les pigeons verts à la chair succulente, et enfin les vautours fauves, à qui revient le soin, et ils s'en acquittent consciencieusement, de débarrasser la voirie. Le gros gibier est représenté par les sangliers, les cerfs, les biches, et plus haut, vers Savalou, par plusieurs variétés d'antilopes au nombre desquelles le Coba. L'éléphant a pour ainsi dire disparu du Bas-Dahomey, et cependant les indigènes de Ketou en ont tué un il y a deux ans.
Il n'y a pas de fauves de grandes espèces ; les chats tigres, les chats civettes sont les félins le plus souvent rencontrés.
Les reptiles abondent, depuis le Python vénéré comme fétiche jusqu'au petit serpent vert des bananiers, à la vipère cornue et au serpent cracheur, ces deux derniers dangereux.
Dans les cours d'eaux et les lagunes vivent des quantités de caïmans qui, chaque année, font des victimes. Ces animaux sont considérés en certains endroits comme fétiches.
En dehors des innombrables moustiques, les insectes les plus désagréables sont les fourmis voyageuses qui envahissent les cases, les fourmis cadavres à l'odeur caractéristique et les termites ou coupins qui ne respectent rien, percent les murailles, détruisent les habitations, dévorent le linge et les meubles.
Ces diverses sortes d'insectes ont un ennemi vorace dans la personne d'une espèce de lézard qui fréquente les habitations et dont le mâle très joli a la tête jaune orange avec petites taches roses.
' D. Climat. — Le climat du Bas-Dahomey est constamment humide et chaud, par conséquent insalubre. Les carac-
téristiques climatériques sont les suivantes : humidité considérable, électricité développée, élévation de la température et cela d'une manière constante toute Tannée. La température moyenne oscille entre 27 et 28 degrés et, la nuit, le thermomètre ne baisse pour ainsi dire pas. Dans ces conditions, l'organisme ne peut se reposer et l'européen s'anémie très vite, plus rapidement même que sous les tropiques.
L'année se divise en quatre saisons :
1° La grande saison des pluies : du 15 mars au 15 juillet;
2° La petite saison sèche ; du 15 juillet au 15 septembre ;
3° La petite saison des pluies : du 15 septembre au début de décembre;
4° La grande saison sèche : de décembre au 15 mars.
En janvier, pendant une période de quelques jours, souffle un vent Nord-Nord-Est qu'on appelle harmattan. 11 provoque une grande sécheresse. Frais le matin, il est chaud le jour et froid la nuit ; il apporte avec lui un sable très fin qui couvre le ciel d'un voile blanchâtre, le soleil parait entouré d'une auréole alors qu'on ne distingue cependant aucun nuage à l'horizon. Les noirs du Bas- Dahomey disent souvent, à propos de l'harmattan « quand le vent souffle y a froid », et, de fait, on les voit littéralement grelotter à cette époque.
C'est, au dire des indigènes, assertion qui s'est vérifiée cette année encore, la période la plus dangereuse pour les européens et, plus l'harmattan souffle longtemps, plus il est violent et plus les blancs doivent prendre de précautions.
Ainsi qu'il est facile de s'en rendre compte, avec une forte humidité diurne pendant la saison des pluies, avec une énorme humidité nocturne durant la saison sèche, avec une
8* NOTRE COLONIE Dt: DAHOMEY
température moyenne élevée, ce pays est extrêmement fertile, mais est aussi particulièrement insalubre.