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II. HAUT DAHOMEY

A. Orographie. — Le Haut-Dahomey, qui comprend à l'Ouest le cercle de Djougou et le Gourma, à l'Est le Borgou, le Moyen-Niger et Say, se présente sous la forme d'une région peu accidentée, aux larges ondulations recouvertes pendant la saison sèche d'une végétation rabougrie, envahies à l'époque de l'hivernage par l'herbe de Guinée. C'est en un mot l'aspect de la brousse soudanaise si souvent décrite.

Ainsi que Ta montré M. Camille Guy (1) dans sa remarquable étude parue dans le Bulletin du Comité de l'Afrique française sur « les résultats géographiques des explorations du Niger », le squelette du haut pays est formé par les monts de l'Atacora, qui se composent d'une arête principale de 800 à 900 mètres longée à droite et à gauche par une série de chaînons et de falaises parallèles de direction S.-S.-O., N.-N.-O.

Il n'y a nulle part de grandes altitudes, ni de massifs importants. A Parakou, capitale du Borgou, la hauteur moyenne des plateaux est à peine de 400 mètres (Parakou se trouve exactement à la cote 378). Or, ce point est situé à 400 kilomètres de la mer, Je terrain s'élève donc en moyenne de 0,001 par mètre. Depuis Parakou, ce plateau monte insensiblement jusqu'à la ligne de partage des eaux des bas-

(t) Ancien chef ilu service géographique et des missions au Ministère des colonies, actuellement lieutenant gouverneur du Sénégal.

sins de l'Ouémé et du Niger, située un peu au-dessous du 10° de latitude N. et constituée par les contreforts de TAtacora. On passe sans transition du bassin de POuémé dans celui du Niger, le sol argilo-ferrugincux descend en pente douce jusqu'il 4 kilomètres du fleuve où commencent les alluvions.

B. Hydrographie. — L'Atacora sépare également les bassins de l'Ouémé et du Niger de celui de la Volta, dans laquelle se déversent la Sabare, qui roule des paillettes de mica et coule dans une vaste plaine marécageuse jusqu'à ce que la falaise de Lagobou lui imprime sa direction définitive. L'Ouarangou et son affluent le Kara sont également tributaires de la Volta.

Le Niger dahoméen coule du Nord-Ouest au Sud-Est. Dans la région de Carimama, sa largeur est de 350 à 400 mètres. Si la rive droite est basse et marécageuse, la rive gauche est au contraire bordée de collines de faible hauteur, qui tantôt s'éloignent et tantôt se rapprochent du fleuve. Le Niger est soumis a deux crues. La première, causée par les pluies, arrive en septembre et fait monter les eaux de i à o mètres au-dessus de l'étiagc; la seconde, qui se produit à la fin du mois de novembre, provient de l'apport des eaux du cours supérieur.

Aux hautes eaux comme aux eaux moyennes, c'est-à-dire pendant six mois, la navigation est permise entre Cariamama et Say, à des bateaux calant un mètre, puis pendant trois mois h des embarcations calant m. 40 ; enfin, aux basses eaux, seules peuvent circuler i\ cause des écueils les pirogues indigènes peu chargées.

Les affluents du Niger dans la partie de son cours qui

forme la frontière du Dahomey, donc sur la rive droite, sont :

Le Diongoré ;

Le Botou, tous deux dans la région de Say ;

Le Tapoua, qui vient des environs de Diapaga ;

Le Mékrou, qui descend de l'At&cora ;

L'Alibory, dont la source se trouve dans la région de Djougou, et so jette dans le Niger, sous le nom de Karguigourou entre Kargui et Molla ;

La Bouly, qui prend naissance près de Sikouro et reçoit comme affluents : (a) sur la rive droite le Tassinet et la Sora qui vient de la frontière anglaise et se réunit au Tassinet pour se jeter dans la Bouly en amont de Bensacou ; (b) sur la rive gauche, l'Irané, formé lui-même de lTmandarou et du Borodarou, et la Kokoye ;

L'Oly, qui a sa source près de Nikki et se jette dans le Niger entre Badjibo et Boussa; son cours supérieur est dahoméen.

Toutes ces rivières qui sont torrentielles pendant la saison des pluies, n'offrent pendant les mois de sécheresse que de minces tilets d'eau ou des cuvettes plus ou moins rapprochées et séparées par des seuils rocheux. Aucune d'elles n'est utilisée non plus qu'utilisable pour la navigation.

C. Le climat, le sol, les production*. — Le climat du Haut-Dahomey est à peu près celui du Soudan avec deux saisons, et non quatre; saison sèche, de novembre à mai, hivernage, de juin a octobre. Plus l'on avance vers le Nord, plus la longueur de la saison des pluies diminue.

La température moyenne est inférieure à. celle du Bas- Dahomey ; elle accuse une diminution assez sensible pen-

dant la nuit, alors que dans le Ras-Pays l'écart entre la chaleur diurne et la chaleur nocturne est presque inappréciable.

En décembre et janvier, l'harmattan se fait sentir et dure plus longtemps qu'A la côte. Aux époques des tornades, la tension électrique de l'atmosphère est énorme, principalement dans le voisinage de l'Atacora, où abondent les roches ferrugineuses.

La différence d'aspect entre la saison sèche et la saison pluvieuse est frappante.

Pendant la sécheresse, période au cours de laquelle ne tombe pas une goutte d'eau, et surtout dès que souffle l'harmattan, l'œil ne découvre que de vastes étendues desséchées, auxquelles l'incendie annuel des grandes herbes noircissant le sol et les arbres ajoute, dans certaines régions, un cachet de désolation navrante: on dirait une terre de mort et de soif; les arbres souffrent beaucoup de cette sécheresse et des feux de brousse périodiquement allumés par les indigènes, et s'ils ne meurent pas, ils dégénèrent ; seuls résistent î\ ce traitement les gommiers et les karités, qui conservent leur vert feuillage. Sur les rives des cours d'eau, près et dans les dépressions, la végétation continue à être luxuriante, ce qui rend plus saisissante la désolation d'alentour. Mais, voici la fin du mois d'avril et les premières tornades, aussitôt et presque subitement la verdure réapparaît partout. Des arbres rabougris qu'on croyait morts se couvrent de feuilles en quelques jours. Dans les lougans (champs) lèvent le maïs, le mil, le manioc, les arachides, les courges, les ignames, les haricots, le riz, les oignons et l'herbe des pâturages.

A l'heure actuelle le Haut-Dahomey est un pays essentiellement agricole. La nature du sous-sol n'est pas connue, car

au point de vue minéralogique et minier, l'étude du Dahomey tout entier est encore à faire.

En dehors des cultures vivrières, maïs, ignames, mil, haricots, riz, etc., les principales richesses du pays sont : le coton* le k a rite, l'indigo, le tabac et l'élevage.

Le coton pousse partout dans le Haut-Dahomey, les indigènes savent le cultiver, le soigner et le climat par l'alternance des deux saisons est propice à cette culture sur laquelle nous nous étendrons plus loin (1).

Les arbres « karité » qui poussent à l'état sauvage dans la brousse, atteignent quelquefois dix mètres de hauteur et donnent beaucoup d'ombre. A la saison sèche, ils perdent leurs feuilles. En février et mars, ils se couvrent de fleurs blanches odorantes. Au milieu de juin, les fruits sont mûrs. Leur pulpe qui est d'une saveur douce, est comestible : de l'amande ovoïde et brunâtre on tire une graisse dite « beurre de karité » qui est employée dans la cuisine par les noirs, sert aussi à l'éclairage et entre avec de la potasse dans la fabrication du savon indigène.

Lorsque le fruit atteint sa maturité, il tombe, la pulpe ne tarde pas à pourrir, et l'amande apparaît. Les amandes sont ramassées et mises à sécher pendant une quinzaine de jours* puis battues pour enlever l'écoree. Les amandes sont ensuite broyées et grillées, après quoi elles sont soumises à un nouveau broyage au moyen de deux pierres. On obtient ainsi une masse pâteuse, sur laquelle le heure perle. Cette pâte est décantée puis, après avoir été additionnée d'eau, est placée dans une marmite doucement chauffée. Le beurre liquide de

(4) Voir chapitre III, §1, II, B.

couleur brune monte à la surface. En refroidissant, il présente un aspect jaunâtre. La valeur de ce beurre de karité est sur place d'environ cinquante centimes. Il pourrait donner lieu, si toutes les amandes étaient recueillies, A un trafic important.

Caso itnli<tt>no do la banlieue «le Porln-Nnvo.

Le bois de l'arbre sert à faire du charbon de bois.

L'indigo pousse admirablement dans tout le haut-pays. Il est semé au début des pluies et donne deux récoltes par an, en septembre et en novembre. Dès que la tige parait avoir 20 centimètres, les indigènes la coupent pour le fortifier. Les

plants sont conserves trois années, la dernière année pour la récolte des graines.

Les feuilles sont cueillies dès la maturité, puis séchées, broyées. Avec de l'eau, de la potasse et le résidu des feuilles on fait une mixture qui est longuement agitée ; on laisse reposer, le liquide obtenu présente la couleur indigo.

Il est un autre procédé de préparation qu'emploient les indigènes. La tige coupée est mise à fermenter. Quand la feuille se détache, elle est réduite par trituration. Ce produit est jeté dans les fosses de teinture qui existent dans chaque village. Sur place la valeur de l'indigo est de 2 à 3 francs.

Le tabac trouve dans le sol du Haut-Dahomey un habitât propice, et les noirs le cultivent pour leur consommation. Pour planter leurs ignames, les indigènes, après avoir bien remué le sol, forment des cônes de terre de un mètre de hauteur et 2 m. 50 de diamiitre.

C'est sur les versants de ces cônes qu'ils sèment le tabac au mois de juin pour le récolter en novembre. Les feuilles sèchent sur pied, sont groupées par 13 ou 20 et vendues dans le pays 1 fr. 50 à 1 fr. 80 le kilo. Il y a là une culture à développer et à améliorer puisque la consommation locale indigène exige l'importation d'une certaine quantité de tabac américain en feuilles (pour 743.591 francs et 864.090 francs ces deux dernières années).

Les troupeaux de bétail sont nombreux dans le haut Dahomey. Dans tous les villages il y a des bœufs, des moutons, des chèvres, ainsi que des chevaux et des ânes.

Les bœufs sont en général de taille mojenne, sauf toutefois ceux des rives du Niger qui sont plus grands. On rencontre parmi eux beaucoup do bœufs à bosse. Ils constituent pour le

Gi

pays une véritable richesse, dont les indigènes ne tirent actuellement aucun parti. Leur valeur moyenne est de 100 francs. Les moutons, à poils ras, sont un peu plus petits que les nôtres, h l'exception de ceux du Niger ; leur prix varie de 4 à 5 francs.

Tam-tam à Ouidah.

Les chèvres de toutes nuances sont petites, leur chair n'est pas mauvaise, mais on s'en fatigue vite ; une chèvre coûte 2 fr. 50 d 3 francs.

Il y a dans le haut Dahomey deux races de chevaux bien

déterminées ; celle du Gomma et du Mossi, celle du Niger.

Les animaux de la première sont de petite taille 1 m. 40 à 1 m. 50 au garrot, robustes mais peu élégants, ils donnent plutôt l'impression d'un double poney. Les cbevaux du Niger (région de Gaya) ont plus bel aspect : ils paraissent plus fins et plus légers, mais sont beaucoup moins résistants. On les nourrit d'herbe sèche et de mil. Les indigènes préparent également une nourriture spéciale composée de farine de mil, d'herbe et de sel qu'ils introduisent directement dans l'œsophage de la bote, Ce régime est, paralt-il, excellent.

Actuellement le cheval est dans le haut pays un animal de luxe qui vaut au minimum 130 francs.

Pour compléter la physionomie du pays, il non* reste à indiquer que le Heut-Dahomey renferme en dehors des cultures ou exploitation* déjfr citées la plupart des échantillons de la flore tropicale ; roniers, palmiers imputrescibles résistants servant aux charpentes, bambous employés pour les toitures des cases, baobabs, tamarins, cailcédrats (ficus acacia), gommier?, fromagers. 11 est à remarquer que ces différents arbres qui, en raison des incendies fréquents, n'atteignent pas dan» la brousse de grandes proportions, deviennent immenses lorsqu'ils sont situés dans les lougans. La faune du haut Dahomey n'a rien de particulier : Les panthères, les chats tigres, les chacals, les lions sans crinière représentent les carnassiers. Les éléphants se tiennent de préférence dans les déserts du Dendi et du Gourma. Les antilopes, par bandes, les sangliers parcourent le pays. La civette vit dans le Dendi. Les singes sont nombreux. Les hippopotames et les caïmans habitent en grand nombre le lit et

les rives du Niger. Les serpents sont assez rares, mais il y a beaucoup de scorpions.

Parmi les oiseaux, les plus connus sont : la perdrix, la pintade sauvage, la petite outarde, la poule de rochers, le vautour urubu, le milan, et dans la vallée du Niger, les canards sauvages, les cigognes, les échassiers, les pélicans, les marabouts, les aigrettes.

Les insectes sont rares, par contre les termites et les moustiques pullulent surtout dans la vallée du Niger.

Le Haut-Dahomey n'est donc pas — ce qui vient d'être démontré — un pays désertique, tout au contraire, et si actuellement il est inexploité, s'il constitue un poids mort pour le budget local de la Colonie, c'est que les moyens de communication lui font complètement défaut. Nous verrons plus loin que l'administration ne tardera pas à remédier à cet inconvénient.

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