‹ Notre colonie du DahomeyChapitre 18 sur 34 · BÉ · texte numérisé non relu

BÉ

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Peulh du Haut-Dahomcv,

L'esclavage n'existe donc plus, car nous ne saurions considérer comme esclaves, ceux que, dans toute l'Afrique occidentale française, on désigne sous le nom de « captifs de case ou de lougans ». Ces indigènes sont des domestiques qui font partie intégrante de la famille. Ils ne sont captifs que de nom. On peut les interroger hors de la présence du chef de famille, hors par conséquent de toute pression, ils se déclarent satisfaits de leur sort. Et c'est à ces gens que sont confiées les cultures, et leur ardeur au travail dépend de la

façon dont ils sont traités. Souvent ils travaillent pour eux, pour leur ménage, car ils ont le droit de se constituer une famille et c'est le chef lui-même qui leur donne une épouse. Le lien de vassalité qui les rattache au chef de famille est des plus lâches et leur situation a son analogie dans l'organisation de la « gens » romaine. 11 est facile de comprendre que, dans de telles conditions, infiniment peu cherchent à s'affranchir. Livrés à eux-mêmes, ils ne seraient certainement pas si heureux. Autrefois surtout, ils n'auraient eu aucune certitude du lendemain, tels ces Gandos, anciens captifs, qui, venus des rives du Niger au Borgou, ont demandé et obtenu des terres qu'ils s'engagèrent à cultiver moyennant redevance et, depuis, se sont groupés en villages spéciaux à côté des villages Baribas et des villages Peulhs.

Il faut bien se garder, lorsqu'on parle de l'esclavage en Afrique occidentale française, donc au Dahomey, de confondre deux états dissemblables et d'englober l'institution des captifs de case, si improprement nommés, dans la légitime réprobation qui s'attache à la traite.

Le costume des indigènes du Haut-Dahomey diffère de celui des noirs de la côte. Les Baribas portent un pantalon à coulisse de couleur généralement jaune et serré à la cheville, quelquefois ce pantalon s'arrête au-dessous du genou. Au lieu du pagne, ils ont une tunique à manche courte de couleur sombre avec des raies longitudinales alternativement blanches et bleues ; elle est ouverte en triangle sur le devant de la poitrine, et, légèrement pincée h la taille, tombe jusqu'aux genoux. Les indigènes riches les ornementent de morceaux d'étoffe rouge de gris-gris ou de plaques de ferblanc. EnBn les chefs importants ont une robe à traîne, un

bonnet d'étoffe de coton leur sert de coiffure. Ceux des chefs ne se distinguent des autres que par leur plus grande élévaion. Les femmes s'enroulent sur la tête un morceau d'étoffe en forme de turban.

Hommes et femmes portent des bracelets de cuivre et des bagues, d'un travail quelquefois curieux. Les Peulhs affectionnent s'habiller en blanc, ce qui souvent leur donne un aspect sale. Le costume est à peu près le même que celui des Baribas, cependant les Peulhs se couvrent la tête d'un large chapeau de paille avec jugulaire.

Les armes des différentes peuplades nord dahoméennes sont restées assez primitives. Le cavalier est toujours armé d'un sabre h deux tranchants avec poignée en croix, enfoncé dans un fourreau de cuir, et suspendu à l'épaule par une écharpe ; d'une lance et d'un bouclier en peau de bœuf ou d'antilope coba. 11 est chaussé de grandes bottes de cuir rouge et monte un cheval pittoresquement caparaçonné.

Le Bariba qui voyage h pied est toujours armé du carquois rempli de flèches empoisonnées au strophantus. Il emporte cet attirail même lorsqu'il se rend à son champ situé en règle générale assez loin des habitations.

Ces cases, qui dans le Bas-Dahomey sont rectangulaires, sont ici de forme circulaire et d'un diamètre de 4 à 5 mètres. Elles sont construites en terre de barre pétrie et séchée au soleil par couches successives. La toiture conique est faite avec de la paille. Les fenêtres sont inconnues et Ton pénètre dans leur unique pièce par une porte basse. Cependant, dans les habitations, il y a souvent une case avec de hautes ouvertures à l'usage spécial des étrangers de passage.

Le mobilier est pour ainsi dire absent et les ustensiles de

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cuisine ne trouvent pas leur place dans la case, mais bien au dehors. Les villages présentent un aspect des plus irréguliers, car aucune idée de l'alignement n'a présidé à leur établissement. Le souci de la salubrité publique n'a pas cours dans les villages Baribas, mais il sera facile de remédier vite à ce grave inconvénient.

L'agencement des villages Peulbs est tout différent. Les groupes de cases d'une même agglomération sont placés assez loin les uns des autres, ce qui donne au village une étendue toujours considérable. Dans chaque groupe, les habitations sont disposées circulairement sans être adossées Tune à l'autre, l'espace intérieur sert de cour pour les bestiaux, qui, la nuit, sont attachés. Ce sont, somme toute, de véritables campements. Il est rare que les parois soient en terre ; les Peulhs se contentent, comme les Dendis d'ailleurs, de paille tressée. Il n'y a toujours qu'une seule ouverture circulaire et étroite. Aussi l'aération est-elle faible et, de la propreté, il ne faut pas parler.

La base de la nourriture est l'igname qui se mange cuit sous la cendre ou réduit en pâte. Le mil, le riz, le maïs sont très estimés, les oignons, les arachides, les haricots entrent également dans l'alimentation. Les indigènes mangent peu de viande, mais quelquefois de la volaille. A partir de Kandi, c'est le mil qui devient la nourriture ordinaire. Partout le sel est utilisé et très recherché. Pour la cuisine, les indigènes préfèrent l'huile de palme à celle d'arachides. Enfin, si les Baribas boivent ordinairement de l'eau, ils sont néanmoins grands amateurs de dolo (bière de mil) et de vin de palme.

A mesure qu'on monte vers le Nord, le fétichisme disparaît pour faire place à l'islamisme. Néanmoins, la majorité des

Baribas est encore fétichiste. Leurs fétiches sont, tantôt de grosses pierres, tantôt des arbres à qui ils donnent des offrandes. Leur culte se réduit à quelques habitudes traditionnelles qui paraissent générales dans cette partie de l'Afrique : garder installé, à la toiture de la case, un spécimen de ce qui est nécessaire à la vie en signe de prévoyance ; poser à terre, près d'un chemin passager accédant au village, une natte pour empêcher la maladie d'y pénétrer etc. Il n'y a que l'élément puissant et riche de la population qui soit musulman. Et si les Baribas mahométans ne manquent jamais d'invoquer Allah le soir au crépuscule, ils ne se font pas faute de manger certaine viande interdite ou de boire des breuvages alcoolisés. En somme, ce sont des croyants fort tièdes. D'ailleurs, « ils paraissent assez rebelles à l'idée religieuse » et les marabouts ne sont pas encore parvenus à les enthousiasmer. Dans le même ordre d'idées, et à l'appui de ce qui vient d'être exposé, il convient d'indiquer l'échec des missionnaires africains de Lyon h Péréré. Ces religieux avaient installé une mission en plein Borgou. Malgré leurs efforts, ils ont dû abandonner, car ils n'avaient obtenu aucun résultat. Jusqu'ici les marabouts de Borgou sont presque illettrés. Ils connaissent à peine quelques versets du Coran par tradition et quelques prières. Leur influence est nulle. Il n'y a aucun danger à laisser l'islamisme se répandre au Borgou non plus que dans le Haut-Dahomey. Nous estimons que la conversion des indigènes à cette religion leur fait accomplir un pas en avant dans la voie du progrès. Ce qui a été dit plus haut en ce qui concerne les musulmans du bas pays et en particulier de Porto-Novo, s'applique également aux Baribas et aux autres races du bassin du Niger et de l'Ouest de la colonie.

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Au contraire des Baribas, les Dendis, les Haoussas, les Peulhs du Haut-Dahomey, en grande majorité musulmans, pratiquent exactement leur religion.

E. KaflrU. — Dans la région du cercle administratif de Djougou, située entre le Gourma, la colonie allemande du Togo et l'Atacora, vivent des indigènes peu connus il y a quelques années et qu'on appelle dans le pays les Kafiris, nom qui est très probablement une déformation du mot musulman Kefir, infidèle. Us avaient môme parmi les Européens, la réputation d'être pillards, cruels et peu sociables ; ils passaient en un mot pour de véritables sauvages. L'idée qu'on se faisait des Kafiris ne correspondait en rien à la réalité des choses, car s'ils ont véritablement le caractère farouche, du moins ce sont de paisibles cultivateurs, travaillant avec goût leurs champs.

De taille au-dessus de la moyenne, les membres bien proportionnés, ils sont de couleur chocolat. Ils vont nus afin, disent-ils, d'être plus à Taise pour travailler la terre. Leur façon de se coiffer est originale et mérite d'être décrite. Leurs cheveux tressés en petites nattes sont roulés de façon à former à l'arrière de la tête une poche qu'ils recouvrent d'un bonnet en fibres de végétaux. C'est là que les Kafiris, grands fumeurs dans de longues pipes en terre, introduisent leur tabac et leurs cauris. Les femmes sont douées d'un physique peu agréable avec leur physionomie bestiale. Chose digne de remarque, elles sont bien traitées, et s'occupent presque uniquement des travaux du ménage.

Comme ornements, hommes et femmes portent des bracelets en peau d'éléphants assez nombreux dans le pays.

Les Kafiris — et c'est là sans doute l'origine de leur nom

— n'ont pour ainsi dire pas de religion. Us croient vaguement à l'existence de la divinité à laquelle ils ne rendent aucun culte. Cela ne les empoche pas d'être, comme tous les noirs, très superstitieux. Des sorciers et des sorcières savent exploiter cette crédulité.

Pour leurs tams-tams, en outre des instruments qui se rencontrent partout, ils se servent de longues flûtes desquelles ils tirent un son plaintif et monotone.

Il y a chez les Kafiris, dont certains villages sont très populeux, celui de Taiacou, par exemple, un commencement d'organisation sociale. (Iliaque groupe de cases aux toits ronds et pointus recouverts au sommet d'une poterie obéit à un chef dépendant du chef du village qui dépend lui-môme de la tribu. Dans les cas particulièrement graves, se réunit une sorte de conseil des anciens.

Les Kafiris cultivent le mil, le maïs, les ignames, le riz. La façon dont les champs sont disposés est des plus ingénieuses. Près des cours d'eau un peu en contre-bas, ils forment des buttes de terre de t mètre à 1 ni. 50, sur ces cônes dont l'inondation couvrira le pied, ils sèment à la base le riz. Au sommet, trois espèces de mil venant à maturité à des époques différentes et, entre les deux plantes, ils piquent leurs ignames. Les espaces ainsi cultivés sont très étendus, ce qui a permis de dire que le pays Kafiris pouvait être le grenier d'abondance de la partie Ouest du Haut-Dahomey.

F. Gonrmabéft. — Les (îournfiabés, population la plus septentrionale du Dahomey, habite le cercle du Gourma dont la limite forme la frontière de la colonie du Haut-Sénégal et Niger.

Au physique les Gourmabés sont bien bâtis et vigoureux. Les femmes aux traits masculins, portent comme ornements, enfoncés dans le lobe de l'oreille, des morceaux de bois auxquels sont attachés en pendeloque des cauris ou des dents de fauve. A leur cou, elles suspendent, par des lacets de cuir, des gris-gris de forme rectangulaire avec trois cauris dans Taxe. Des bracelets de bois, de cuivre ou de cuir d'éléphant témoignant de l'habileté des chasseurs ornent leurs bras. Les hommes ont les mômes bracelets, et au dessus du coude, est quelquefois attachée une pierre taillée en anneau. Les chefs portent généralement un bracelet d'argent au bras droit. Ni les hommes ni les femmes ne constituent un type de noir aussi beau que les Baribas et surtout que les Dendis. Leur physionomie ne leur donne pas l'air intelligent. Les Gourmabés sont fétichistes et leurs croyances aux amulettes est très grande. Les musulmans qu'on peut rencontrer au Gourma sont d'origine étrangère.

Le Gourma, dont les plaines sont inondées la moitié de Tannée, est, par excellence, le pays de l'élevage. La vie matérielle, les installations se ressentent naturellement de cette situation. On ne rencontre point de villages fortifiés, bien que les indigènes soient particulièrement méfiants. Au début de notre occupation en 1894-1895, nos officiers et nos fonctionnaires avaient les plus grandes difficultés pour les faire s'aventurer hors de leurs agglomérations. Et môme maintenant que le calme règne au Soudan, les Gourmabés ne sortent qu'armés. C'est à cette méfiance que le pays doit son indépendance. La dynastie du Gourma, représentée actuellement par Bantchandé qui réside à Fada N'Gourma, est vieille de deux siècles. C'est une chose remarquable entre toutes,

dans cette boucle du Niger si souvent et si fortement troublée par les Ahmadou et les Samory. Mais l'autorité des rois Gourmabés sur leurs sujets, autrefois très forte, était plus nominale que réelle. Notre venue a consolidé intérieurement cette monarchie féodale et, grâce à nous, le roi est obéi.

Les rois du Gourma ont toujours été renommés pour leur luxe et leur orgueil. Ils vivent entourés d'une cour nombreuse, composée de dignitaires revêtus de titres pompeux, comme le « Tangari » introducteur des chefs, etc., de griots, de cavaliers et de mendiants.

Le roi ne se découvre jamais. Il porte dans les cheveux un fétiche qui vient du fondateur de la dynastie et qu'une femme, la « Matanou », est spécialement chargée de couper à la mort du roi. Cette importante fonction lui donne en outre une certaine autorité dans les conseils.

Nous n'avons jusqu'ici présenté que les beaux côtés des gens de Gourma. Il ne faudrait pas inférer de ce qui précède qu'ils sont parfaits. Loin de là : car ils sont affligés des défauts des noirs, au premier rang desquels il faut placer un incommensurable orgueil. A cet égard, les Gourmabés ne le cèdent à personne, malheureusement pour eux cet orgueil n'est justifié par aucun mérite particulier. Si la malpropreté la plus sordide était une qualité, les Gourmabés auraient certainement la palme à cet égard. On rencontre au Gourma un grand nombre d'aflections oculaires, ce qui ne contribue pas à les embellir. Crasseux sur eux, par comparaison aux autres noirs déjà mentionnés, ce qui n'est pas peu dire, les Gourmabés, ont des cases mal tenues et des villages d'une saleté repoussante.

Ces villages sont formés par des agglomérations étendues

de cases groupées par huit ou dix suivant les familles et séparées par des champs. Les cases circulaires en pisé aux portes basses ne sont reliées entre elles que par des barrières de paille de mil. Celles des chefs ne diffèrent pas de celles de leurs gens. La case d'entrée possède deux ouvertures à hauteur d'homme : elle sert aux palabres, k la réception des étrangers, souvent aussi on y loge les chevaux. Les groupes de cases du chef se reconnaissent aux œufs d'autruches qui surmontent les toits.

L'impression d'ensemble qui se dégage de l'examen des races du Haut-Dahomey est que partout la sécurité est profonde pour le blanc. La 7 e compagnie de tirailleurs sénégalais tient garnison dans le cercle du Moyen-Niger, à Kandi, mais sa présence n'est pas indispensable et l'administration locale proposa à plusieurs reprises son remplacement par la milice indigène. Depuis la colonne d'opérations contre le Borgou, cette sécurité n'a pas été plus troublée dans l'Est que dans l'Ouest.

Ce qui a été dit des différentes peuplades qui nous occupent permet d'affirmer qu'il y a dans le Haut-Dahomey du fait de ces populations des éléments de civilisation indéniables et des espérances de prospérité économique, du jour où les voies de communication permettront l'écoulement des produits. Et si les Haoussas sont uniquement des commerçants, les Baribas sont devenus de bons cultivateurs, comme les Kafiris, comme certaines agglomérations peulhs, comme un grand nombre de villages de la vallée du Niger. Quant aux Peulhs, ils s'adonnent, au Dahomey comme ailleurs, à l'élevage qui constitue une des richesses de Thinterland de la colonie.

L'étude de la géographie physique nous a fait entrevoir la possibilité d'un développement économique du haut pays, et l'examen du caractère des populations ne peut, sans optimisme exagéré de notre part, que nous fortifier dans cette opinion.

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