‹ Notre colonie du DahomeyChapitre 17 sur 34 · S IL HAUT-DAHOMEY · texte numérisé non relu

S IL HAUT-DAHOMEY

Les indigènes du Haut-Dahomey sont : A. les Baribas ; B. les Dcndis; C. les Ilaoussas; l). les Pculhs; K. les Kafiris; F. les Gourmabés ou Gourmantchés.

Les Baribas, les Dendis, les Haoussas appelés encore Gambaris, habitent dans l'Est de la colonie, le Borgou, le Moyen- Niger, Say et une partie de la région de Djougou-Kouandé. Les Peulhs sontrépandus un peu partout dans le Haut-Dahomey. Il ne faudrait pas croire que ces diverses races sont contigutfs, chacune n'a pas un territoire particulier nettement déterminé ; elles sont au contraire juxtaposées les unes aux autres, disséminées dans le pays, et au Borgou, par exemple, on rencontre, à côté d'un village Bariba, un village Peulh, bien séparé. Les Kafiris et Gourmantchés ou Gourmabés résident à l'Ouest et peuplent les premiers un coin du cercle de Djougou, et les seconds, comme leur nom l'indique, celui de Gourma.

Nous avons utilisé pour la description des trois premiers de ces groupes les notes d'une exactitude scrupuleuse de M. le capitaine de génie Gambier qui fut chargé de l'étude du tracé du chemin de fer entre Parakou, capitale du Borgou, et le Niger G'est grâce aux documents d'une remarquable précision qu'il a bien voulu nous communiquer que nous avons déjà exposé la géographie de cette partie du Haut- Dahomey.

A. BarllmM. — Lorsque, venant de la côte, on pénètre dans le Borgou, les habitants du pays donnent parleur structure et par leur attitude l'impression qu'on arrive dans un pays nouveau.

Les Baribas sont de taille au-dessus de la moyenne. D'allure noble et fière, ils portent la tête haute et leurs traits ont quelque chose de la mélancolie hautaine des fils de l'Islam. Les Baribas se reconnaissent facilement à leur tatouage gêné-

rique formé dune incision de 4 à 5 centimètres de large qui part du milieu du nez pour aboutir au milieu de la joue ; souvent ils portent un peu de barbe au menton.

Les Baribas sont restés d'habiles et énergiques cavaliers. De tempérament guerrier et aventureux, ils vivaient avant notre occupation de pillages et de rapines, coupant les routes, rançonnant les commerçants indigènes étrangers, dévalisant sans vergogne les caravanes qui traversent le Borgou pour aller à Djougou, Salaga et Kratyé. On a vu plus haut que le lieutenant de vaisseau Bretonnet avait di\ h plusieurs reprises soutenir contre eux de véritables combats. Puis, ce fut, en août 1897, le capitaine Vermeersch qui eut à réprimer un soulèvement partiel. Enfin, une colonne expéditionnaire forte de 050 fusils opéra en novembre de la même année contre la ville de Nikki qu'elle enleva facilement, les Baribas n'ayant pas opposé une très vive résistance.

Depuis cette époque, le Borgou est tranquille ; les guerriers de jadis sont devenus en quelques années hommes des champs, cultivateurs paisibles. Us ont vite compris que la seule présence des Français mettait fin à leurs exactions et ils se sont rapidement transformés. Nous avons constaté ce même phénomène chez la population de l'ancien royaume d'Abomey et cette facilité d'évolution nous permet de bien augurer de l'avenir de ces peuplades et des pays qu'elles habitent.

B. Dendl* •<■ Znbcrmai. — Plus au Nord que les Baribas, vivent, sur les deux rives du Niger, les peuplades « Dendi » qui paraissent être d'origine Son^haï, car elles

parlent la langue et portent le tatouage distinctif de cette tribu. La race est belle, intelligente, infiniment plus raffinée que celle du Borgou, mais aussi moins robuste et moins courageuse. Les Dendis ne font pas mauvaise figure sur leurs petits chevaux aux formes fines, bien caparaçonnés et résistants à la fatigue. Aimant beaucoup la chasse, ils prennent grand plaisir à courir le lièvre et la pintade.

Bien que leur pays soit, par sa situation, susceptible de productions diverses, les Dendis, assez paresseux, ne font presque pas de commerce. Us vivent surtout des caravanes qui traversent leurs villages et de leurs cultures, assez développées dans la région de Cariinama-daya. Leurs champs, leurs lougans, qu'ils savent irriguer, sont placés aux alentours mômes des villages. Les principaux produits cultivés sont le mil et le coton. La civilisation des Dendis est incontestablement plus vieille que celle des différents groupes ethniques du Haut-Dahomey. Us construisent des habitations moins rudimentaires et plus vastes composées de plusieurs pièces avec chambre à coucher séparée. Quelquefois les cases sont dotées d'une terrasse ; dans la cour des abris sont généralement disposés pour les animaux.

Les Dendis savent tanner, teindre le cuir en rouge et le travailler, et les objets qu'ils confectionnent ne manquent pas d'un certain goût. Ils ont des sorciers quelque peu médecins qui connaissent les fumigations. Les indigènes qui nous occupent sont vêtus du boubou haoussa plus ou moins ouvragé de broderies suivant la richesse ou l'ostentation du propriétaire, du pantalon large resserré <ï la cheville, de sandales et du turban. A cheval, leur équipement de guerre est emprunté aux Touareg. La figure voilée du litham et vêtus

d'un pagne flottant et de grandes jambières de cuir, ils ont l'anneau de pierre au bras, un poignard passé le long de l'avant-bras, le large sabre à poignée en croix suspendu à un baudrier, et un bouclier en cuir de bœuf attaché à la selle. Ils ne sont pas dépourvus, bien au contraire, de sentiments artistiques. On rencontre dans le Dendi des cases ornées de

La prière des musulmans dans le Haut-Dahomey.

caïmans en relief. Knfin ils aiment beaucoup la musique et leurs griots savent tirer des « choras » — sorte de petits violons — des sons qui ne sont pas sans charme. A rencontre des Baribas, les Dendis, quoique gros producteurs de mil, denrée principale de leur alimentation, ne fabriquent pas le dolo, bière à base de mil. Le palmier n'existant pas dans leur pays, ils ne connaissent pas le vin de palme.

Les blancs qui ont vécu en contact avec ces indigènes sont généralement d'avis pour ne leur accorder, tant ils sont fourbes et menteurs, qu'une confiance des plus mitigées.

Les Dendis ou Zabcrmas étaient autrefois très puissants : ils avaient soumis et ils commandaient le pays jusqu'aux coufins du Sahara. Un de leurs rois, Askia le Grand, a laissé entre le Niger et le Tchad des traces de son passage. Aujourd'hui leur chef, le Djermakoi, qui réside à Dosso, est le vassal du sultan d'Argoungou. Cette dépendance n'est, à vrai dire, que nominale, car le Djermakoi agit à sa guise et les Zabermas font encore ce qu'ils veulent. Il n'en est pas moins exact que le Zaberma est en pleine décadence. 11 faut croire que le Djermakoi a compris cette situation, car il se montre et saisit chaque occasion de se montrer entièrement soumis à notre influence. Sincère ou non, cette soumission est en tous les cas réelle et c'est le principal. Nous n'en voulons comme preuve que la confiance témoignée par le Djermakoi en nous envoyant son fils. Ce jeune homme, qui est vraisemblablement appelé à lui succéder, est élevé à Saint-Louis du Sénégal, au collège des fils de chefs.

C. Haousua». — Le Nord du Dahomey est constamment sillonné par des caravanes venant de Sokoto qui franchissent le Niger k Ilo ou à Gaya pour aller à Djougou et de U\ a Salaga et à Kratyé. Ces caravanes sont presque exclusivement composées d'Haoussas qu'on appelle aussi Gambaris. Un certain nombre de ces indigènes est resté dans le pays. Les ILaoussas, disséminés un peu partout, sont nombreux surtout à Djougou et dans la Gourma où ils s'établirent comme artisans, teinturiers,

ilaoussas du Haut-Dahomev.

ouvrière en cuir ou commerçants. Très intelligents et rusés, ils ont su, là où ils se fixèrent, vivre en bonne intelligence avec les populations et partout ils se sont enrichis. A Djougou, la seule grande ville du haut pays, il en est qui ont amassé de grosses fortunes. Certains de ces commerçants ont des intelligences jusque sur les marchés de la côte. Le goût du négoce est chez eux très développé et ils n'hésitent pas à s'imposer des déplacements éloignés. On rencontre des Haoussas partout en Afrique occidentale et centrale. Du Niger jusqu'à Zinder, du Sahara à la Renoué, on en croise constamment. 11 y en a jusque dans le Sud de l'Algérie et la plupart des noirs des régiments de tirailleurs algériens sont de race haoussa. On raconte que lorsque la mission Foureau- Lamy atteignit Zinder, quelques-uns de ces soldats qui faisaient partie de l'escorte y retrouvèrent de la famille. Ils ont une langue spéciale qui porte leur nom et qui est comprise dans toute cette partie de l'Afrique.

Ils représentent dans le Nord de notre colonie un élément actif de civilisation. Et s'il nous était possible de retenir à Djougou une portion importante des caravanes qui passent par ce point, le mouvement commercial de la colonie s'en ressentirait d'une façon très heureuse. Il est à espérer que lorsque le chemin de fer apportera vers le Niger, près des routes suivies par les caravanes, des marchandises d'échange qu'elles vont encore chercher au Togo, celles-ci ne continueront pas leur route au delà des postes français ; matériellement et moralement la colonie y gagnera. Plus civilisés que leurs congénères, les Haoussas aideront au développement économique et moral du Haut-Dahomey.

Si les Haoussas pratiquent tous l'islamisme, ils ne sont aucu-

nement fanatiques. En surveillant bien les convois de ceux qui retournent au Sokoto, on évitera qu'ils emmènent des esclaves, dont le trafic devient pour eux de plus en plus aléatoire, de plus en plus dangereux.

B. PeulluL — Il n'est pas une colonie française de l'Afrique occidentale qui n'ait sur son territoire des tribus Peulbs. Le Dahomey, qui n'écbappe pas à cette règle, n'a qu'à se louer de la présence des foulanis dans le baut pays. Ils sont très nombreux au Borgou, on en rencontre souvent dans le Moyen- Niger, dans la région de Djougou, au Gourma, en un mot ils sont répandus partout par groupements de densité variable.

Les Peulbs du Dahomey ressemblent physiquement et moralement aux foulbés des autres colonies de TOuest-Africain. Comme eux, ils participent des caractères physiques spéciaux des gens de leur race. Maigres, élancés, de couleur qui va du blanc mat au brun* ils ont en général la peau bistrée. Leur physionomie ne présente pas le type négritique : ils ont, en effet, le nez aquilin, les lèvres minces, le front droit, les yeux grands, les cheveux soyeux et non crépus. On leur reconnaît à juste titre une intelligence plus développée que celle des noirs qui les entourent, un esprit fin et délié, mais par contre ils sont fourbes et menteurs, « d'une douceur et d'une humi- « lité apparente qui cachent un orgueil extraordinaire et « une résistance inouïe aux privations et aux mauvais traite tements >k

A leurs qualités sociales supérieures à celles de leurs voisins, ils ont ajouté un sérieux élément de succès pour la propagande dé leurs idées, de leur langue, de leur race en

embrassant l'islamisme, dont ils se sont constitués les ardente défenseurs.

Les Peulhs paraissent être à l'heure actuelle la race d'avenir du Haut-Dahomey. Pasteurs par excellence, ils se livrent avec amour et pour ainsi dire exclusivement à l'élevage des bœufs et des moutons. Ils changeaient autrefois très souvent l'emplacement de leurs villages toujours très étendus, mais depuis quelques années, en raison sans doute de la sécurité qui règne désormais, ils semblent beaucoup plus sédentaires.

Leur situation morale s'est aussi sensiblement améliorée, principalement dans le Borgou où ils se trouvaient sous la dépendance étroite des Baribas. Dans le (jourma,ils étaient, à cause de leurs aptitudes, généralement bien traités. Dans le pays Dendi, ils vivaient sur le pied d'égalité avec les indigènes du même nom, enfin dans la région de Say ils dominaient. Partout où ils n'étaient pas les maîtres, l'administration a été bienfaisante pour ce peuple paisible, aimant avant toute chose son troupeau.

L'aptitude des Foulbès à l'élevage, et qu'ils montrent dans toutes les régions où ils s'installent, sera un élément de prospérité pour le Haut-Dahomey. Leurs méthodes, est-il besoin de le dire, sont purement empiriques. Avec de la patience, avec du temps, il sera possible de leur apprendre quelques lois élémentaires de la sélection, pour leur plus grand profit et celui de la colonie ; et lorsque le chemin de fer de Cotonou au Niger pénétrera dans la vallée du grand fleuve, le bétail pourra être descendu à la côte à bon compte et sans perte. Ce jour-là, l'élevage fera la richesse du haut pays.

Les différentes peuplades du Haut-Dahomey qui viennent

d'être passées en revue se livrent généralement à la culture. Le commerce est l'apanage des Haoussas nomades ou sédentaires et des Yorubas, venus de la côte.

L'organisation sociale — plus ou moins avancée — est à peu près partout la même. Chaque groupe de cases, habité par les gens d'une même famille, a son chef — le chef de famille. Au-dessus, vient le chef du village qui est l'indigène le plus riche ou le plus puissant, ce qui est la même chose. Le signe distinctif de leur autorité est un bâton plus ou moins ornementé; on rencontre quelquefois des chefs de canton, puis un roi. Ces deux derniers n'ont aucun pouvoir et ne sont obéis que quand leurs ordres plaisent. Le seul organe jouissant d'une autorité réelle est le chef de village.

Dans Thinterland dahoméen, l'esclavage a presque disparu. Il est seulement question ici du trafic des esclaves, des gens enlevés de leur pays, séparés de leur famille pour être vendus ou loués, en un mot de la traite terrestre. Quelle que soit la vigilance des autorités françaises, il peut arriver, malgré les vérifications minutieuses des passeports des caravanes, que celles-ci traînent avec elles quelques rares esclaves. Ce n'est peut-être là qu'un cas exceptionnel, qui ne saurait, étant donnée la surveillance, se renouveler fréquemment. Les ordres sont sévères et les Haoussas le savent bien. L'arrivée du rail dans la vallée du Niger aura à cet égard un salutaire effet si, comme il faut l'espérer, les caravanes trouvant dans le Haut-Dahomey leurs marchandises d'échange, arrêtent leurs étapes en territoire français et ne continuent plus comme aujourd'hui sur le Togo. La surveillance sera plus complète et partant plus efficace.

Quoi qu'il en soit les ventes et achats d'esclaves constituent dès maintenant, dans le Haut-Dahomey, des faits isolés, des crimes individuels. L'institution, et c'est le principal, a disparu.

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