kilogrammes
H convient d'ajouter les poissons secs ou fumés et les animaux vivants (516.021 francs en 1904) exportés à Lagos. Ce trafic ne date que de ces dernières années. Autrefois, en eflet, les indigènes de la région de Porto-Novo se contentaient de pécher le poisson qui était nécessaire à la consommation locale. Depuis 1898, ils ont commencé à en exporter dans la colonie anglaise voisine et le chiffre d'affaires qu'ils font n'est pas à dédaigner, comme le montrent les constatations ci-après :
1898 04.000 francs
dont 001. i08 francs ;i Lagos.
De l'examen des chiffres qui précèdent, il ressort qu'on peut, sans presque faire d'erreur, négliger le coprah, le poisson séché ou fumé, pour s'en tenir exclusivement au commerce des huiles et des amandes de palme, lequel mérite une mention spéciale.
A la base de ses branches, bien caché entre elles, le palmier femelle donne ce qu'on appelle le régime, duquel il faudra détacher la noix de palme, petit fruit rouge et jaune et quelquefois brun dont le tissu produira de l'huile, et, à l'intérieur de ce tissu, on rencontrera un noyau qu'on concassera et qui donnera l'amande de palme. Donc deux produits du palmier : la noix de palme, l'amande de palme.
Au Dahomey, le palmier fournit deux récoltes par an : la première et la plus forte en mars, la deuxième en juillet-
LK PfcoilLÊMË DU LA MISE EN VALEUR
août. Chaque palmier donne, d'après des renseignements puisés auprès d'un indigène qui en possède des milliers, au maximum 11 à 12 régimes en moyenne dans les bonnes années, chillre qui descend à 1 ou 2 dans les mauvaises récoltes. Ce sont les palmiers des régions humides, près ou
La préparation de l'huile de palme.
dans les lagunes, qui produisent les moins bonnes huiles, car leurs racines étant constamment dans l'eau, les régimes deviennent gros, mais les noix ne fournissent que peu d'huile, encore cette huile est-elle moins teintée et de qualité inférieure. Par contre, les amandes sont plus belles.
Donc l'indigène peut à volonté s'occuper spécialement d'huile ou d'amandes.
Quelques mots maintenant sur la fabrication de l'huile. . Lorsque les fruits sont mûis, c'est-à-dire quand ils sont bien rouges, les hommes se hissent aux arbres très adroitement au moyen d'une corde roulée autour de leur corps et de l'arbre. Avec un coupe-coupe, ils détachent le régime qu'ils font glisser à terre. Les régimes, une fois cueillis, sont mis en tas abrités du soleil pendant trois ou quatre jours, afin que les noix se détachent plus facilement. On fait ensuite cuire ces noix dans de grandes jarres, à feu lent pendant une journée, puis on laisse refroidir cinq à six jours. Le tout est versé dans de grandes cuves rectangulaires en terre de barre construites sur le sol et dont le fond est rendu imperméable par de la bouse de vache. Dans l'Ouémé, la cuve est remplacée par une pirogue. On écrase, puis on remplit d'eau, propre ou sale, peu importe. Plusieurs personnes ayant bien piétiné la mixture ainsi versée, on recueille les noyaux qui, h cause de leur lourdeur, la coque étant très dure et très épaisse, sont tombés au fond. Ensuite, à l'aide de calebasses, on agite, on brasse le tout qu'on laisse reposer après cette opération. L'huile flotte sous forme dune crème jaune, épaisse, qu'on écume, qu'on recueille dans des jarres, qu'on remet à bouillir afin que seule l'huile reste.
Les indigènes pauvres font une seconde huile inférieure en triturant une deuxième fois l'étoupe qui constituait les fibres de la noix. Cette étoupe, dont Lagos exporte une certaine quantité, est au Dahomey laissée aux indigènes à qui elle sert d'allume-feu, ou qui la vendent au détail sur les marchés. Voilà pour l'huile.
Nous venons de voir que les noyaux étaient retirés de la cuve en terre de barre. Ils sont mis ensuite à sécher afin que le concassage soit plus facile et partant plus rapide. Ce sont les femmes qui concassent les noyaux un à un à l'aide de deux pierres, et, s'ils sont bien secs, l'amande se détache facilement de la coque qui l'entoure. Ces coques sont employées comme combustible par les forgerons.
Les indigènes, surtout depuis quelques années, falsifient fréquemment l'huile ou les amandes. Pour l'huile, ils y ajoutent de l'akassa (1) délayée.
Quant aux amandes, ils les plongent dans l'eau pour les rendre plus lourdes et il n'est pas rare, dans l'Ouémé, aux abords des villages, de voir la pirogue arrêtée loin du bord, là où Ton est certain qu il y a du fond ; on sonde et on s'aperçoit que l'obstacle est formé de pirogues coulées remplies d'amandes de palme.
Pour les amandes, il est encore un autre moyen de truquer le poids que les indigènes n'ont pas manqué d'employer : le mélange des amandes et des coques, et ces dernières, on Ta vu, pèsent lourd. Us ont si bien fait en ce sens, que les commerçants exportateurs se sont syndiqués et ont institué un inspecteur des amandes, avec plusieurs adjoints, qui est rémunéré au moyen dune prime payée par chaque maison au prorata du nombre de tonnes d'amandes exportées (1 fr. 50 par tonne) et le pourcentage maximum toléré pour les coques est de 5 0/0.
D'expériences faites sur place dans les régions de Porto- Novo, Ouidah, Grand-Popo, Athiémé, Allada, Zagnanado,
(1) Pâle de farine de mais, mels ordinaire des indigènes.
Itt NOTRE COLONIE DU DAHOMEY
Toffo, Abomey, il résulte qu'on peut compter en moyenne 125 palmiers fi l'hectare et que chaque arbre produits kg. 178 d'huile et 3 kg. 028 d'amandes. Ces produits étant payés aux factoreries respectivement 373 et 200 francs la tonne, l'hectare planté en palmiers est donc susceptible de rapporter :
En huile 125 x •> kg. 178 X 0,375= 242,80
En amandes 125 x 3 kg. 028 X 0,20 = 75,70
Soit au total 318,50
L'étendue des terrains exploités par les indigènes se déduit des chiffres qui viennent d'être indiqués. Si Ton prend les quantités d'huile exportées de 1898 à 1903 inclus, période pendant laquelle on constate une année médiocre, deux moyennes et une mauvaise et qui offre toutes les chances de se rapprocher de la réalité, on calcule que la moyenne annuelle des exportations d'huile a été de 9.260.014 kilogrammes. A raison de 647 kg. 430 par hectare (125 X S kg. 178), il y aurait donc dans tout le Bas-Dahomey 14 302 hectares de palmiers en exploitation. Ce chiffre est manifestement faux, puisque la même surface ne pourrait produire que (14.302 X 378 kilog.) = 5.411.876 kilogrammes d'amandes, alors que la colonie a exporté, pendant le même laps de temps, une moyenne annuelle de 25 millions de kilogrammes d'amandes, qui, avec nos données, suppose 60.644 hectares de palmiers et représente une production proportionnelle d'huile. Et l'huile que nous ne voyons pas figurer dans les statistiques commerciales est consommée sur place par les indigènes qui n'emploient pas les amandes. L'huile leur sert, en effet, dans la cuisine et pour la toilette ; car ils s'en enduisent journellement le corps. On est donc en droit de penser, en présence des chiffres donnés plus haut, que la majeure partie de cette
huile, qu'il est impossible de déterminer même approximativement, est ailectée par eux aux besoins domestiques. De plus, le nombre indiqué ci-dessus de 60.644 hectares est en dessous de la réalité, car, avec les procédés rudimentaires d'extraction, il y a beaucoup d'huile perdue. Enfin, l'éloigné-
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Séchage des amandes de palme.
ment des factoreries empêche souvent des indigènes de venir vendre soit leur huile, soit leurs amandes. De toutes ces considérations, il résulte qu'on peut évaluer à 70.000 hectares les palmeraies dahoméennes. Et qu'est-ce que cette étendue, en comparaison de la surface du rectangle formé par la mer au
Sud, la frontière anglaise à l'Est, la frontière allemands à TOuest et le 7°o de latitude Nord ! 11 n'est pas exagéré de dire que la région cotière de notre colonie contient 300.000 hectares plantés d'arbres de cette espèce. Si Ion tient pour relativement exacts les calculs qui ont été présentés, il y a donc, à l'heure actuelle, 230.000 hectares susceptibles de donner des produits d'exportation. Avec le rendement que nous avons accepté pour vrai, le Bas-Dahomey peut fournir sans efforts, le jour où, grftce aux moyens de communication qui seroht établis en tous les sens, la moitié seulement des surfaces couvertes seraient mises en valeur : 43.527.500 kilogrammes d'amandes et exporter le tiers de l'huile extraite, soit 24 millions de kilogrammes, c'est-à-dire qu'en quelques années le commerce d'exportation est susceptible de doubler et même de prendre une extension plus considérable si des moyens mécaniques d'extraction ou de concassage étaient employés par les indigèues (1) ou par les négociants.
Mais ces « produits » — faire des produits signifiant, dans le langage commercial du Dahomey, acheter des huiles et des amandes — comment viennent-ils dans lés factoreries, autrement dit, comment traite-t-on des huiles et des amandes?
Deux moyens pour les gros commerçants de se procurer des produits :
1° En installant des maisons de détail dans les centres de fabrication et en achetant ainsi directement à l'indigène soit son huile, soit ses amandes ;
2° Et ceci est le mode le plus usité, au moyen de traitants,
(1) Ce qui n'est pas impossible. La compagnie du Niger à Burulii emploie des concasseurs mécaniques actionnes par des indigènes.
LE PftOBLÈME DE LÀ MISE EN VALEUR 447
intermédiaires hoirs, à (jui une maison fait des avances d'af* gent et qui vont chercher les produits.
En l'état actuel des choses, ces traitants, qui sont des indigènes très intelligents, sinon toujours absolument honnêtes* paraissent indispensables. N'ayant aucuns frais, ils parcdttrent la brousse, établissent aux croisements de& chemins, à là sortie des villages, près des marchés, des « gens » à eux qdi achètent ainsi aux producteurs leur jarre d'huile d'une ving^ taine de litres ou leur charge d'amandes. Ces petites quantités sont réunies par les soins du traitant dans des « ponctions tf j barriques d'une contenance d'environ 400 kilogr. d'huilé* qui sont ensuite roulées jusqu'à la ville et vendues par lui aux commerçants européens. Le traitant trouve la réindhération de sa peine dans la différence des prix d'achat aux indigènes et de la vente à la factorerie. Cette différence est quelquefois assez forte et d'autant plus considérable que notice homme ne se sera fait aucun scrupule de tromper le produc^ teur sur la valeur des monnaies données en paiement. Lorsque les pièces divisionnaires françaises, et principalement le billon, furent introduites au Dahomey, les traitants ne màilquaient pas de donner 4 centimes en pièces de 1 et 2 centimes au lieu de un sou ou 4 « cobos », c'est-à-dire 4 pièces de fr. 10 pour un « tanga », c'est-à-dire 50 centimes, féàlisàfit ainsi un joli bénéfice.
Quelquefois aussi — le cas s'est présenté — des traitants, peu scrupuleux, ayant reçu des avances d'une factorerie et acheté des produits, s'en sont allés vendre leurs marchandises à une autre maison de commerce et s'empressent de disparaître. Généralement ils vont recommencer ailleurs leurs
U8 KOTIlti COLONIti DL t DAHOMEY
exploits et reviennent au bout de quelque temps sous un autre nom.
Quoi qu'il en soit, il est difficile aux commerçants de se passer des traitants. Mais un jour viendra, qui n'est pas éloigné, où les facilités d'échange seront telles que les indigènes auront la possibilité d'offrir leurs récoltes aux acheteurs européens. Ils verront immédiatement que les produits leur sont payés plus cher, et, comme ils connaissent leur intérêt, ne tarderont pas à entrer directement en relations avec les blancs, qui pourront d'autant mieux acheter qu'ils connaîtront mieux la langue du pays.
B. Commerce spécial. — Recherchons maintenant, dans le commerce général qui vient d'être décrit, quelle est la part des diverses nations qui font des affaires avec le Dahomey. Il a été indiqué plus haut que, parmi les marchandises importées, deux articles étaient incontestablement les plus importants : les tissus et l'alcool. Comme, nous le répétons, les tissus de coton sont d'origine anglaise, comme l'alcool provient exclusivement de Hambourg, il s'ensuit que c'est, suivant le cas, aux Anglais et aux Allemauds que revient la première place. Les statistiques à ce sujet sont trompeuses, car elles donnent le premier rang à l'Allemagne, le troisième à l'Angleterre. Cette dernière puissance doit d'abord bénéficier équitablement du trafic présenté comme provenant du Lagos. De plus, bien qu'importés par pavillons allemands pour des maisons de même nationalité, les tissus, par exemple, n'en sont pas moins achetés en Angleterre — une partie des ventes de ces tissus —la plus importante — le prix d'achat profite au commerce anglais. Donc, les indications données
Commerçant «ljeclj .
par les statistiques ne doivent pas être tenues pour exactes. Les importations de la métropole ne viennent qu'en troisième ligne. La position désavantageuse ou nous nous trouvons sur notre propre territoire vis-à-vis de nos concurrents étrangers tient à des raisons d'ordre général qui ont leur répercussion au Dahomey comme dans les autres colonies de l'Afrique occir dentale française.Tantque nos industriels ne distilleront pas de l'alcool de qualité intérieure, ne fabriqueront pas des tissus à bon marché adaptés aux habitudes des indigènes comme couleurs, dessins, coupe et pliage, les choses resteront en l'état.
Mais la situation change en ce qui concerne les exporta* tions (12.755.894 fr. en 1900, 10.478.916 fr. en 1901, 15.669.216 fr. en 1902, 9.540.066 fr. en 1903) Siles Allemands sont toujours en tête, du moins la France suit d'assez près. En effet, c'est vers l'Allemagne que sont dirigées les amandes de palme, tandis que les huiles viennent pour la majeure partie en France, a Marseille, où elles sont employées dans la savonnerie et la stéarinerie. Cette part de la métropole s'améliorera rapidement au fur et à mesure que l'exploitation des produits du palmier s'étendra, au fur et à mesure que de nouvelles régions du Bas-Dahomey seront mises en valeur par les indigènes qui pourront tirer parti de leur récolte d'huile ou d'amandes. Et la production en huile des territoires jusqu'ici inexploités profitera au commerce français si les compagnies de navigation offrent des frets acceptables. Plusieurs d'entre elles (la Compagnie Fraisinet, la Compagnie Fabre) sont déjà entrées dans cette voie.
Enfin, comme les intéressants essais de culture de coton tentés au Dahomey paraissent devoir réussir, rien n'empêche les négociants nationaux de se réserver une proportion impor-
iV NOTKK CULONIK 1)1" DAIIOMKY
tnntc do oc nouveau produit du pays (1), sur lequel nous reviendrons plus loin.
En résumé donc, la part de la France dans le commerce dahoméen, qui varie du quart au tiers du trafic général, pourrait être plus brillante. Et cette constatation tient surtout à notre mauvaise posture en ce qui concerne les importations. Les chiffres des dernières statistiques publiées — celles de 1904 — viennent à l'appui de cette assertion. Le commerce de la métropole dépasse largement le quart du mouvement commercial. Or, si les exportations à destination de France atteignent le tiers, les importations françaises ne sont qu'un peu supérieures au dixième des importations totales, (les chiffres ont leur éloquence. C'est donc sur ce point que nos commerçants ont i\ faire un effort sérieux. Ils doivent trouver un encouragement dans ce fait que certains produits nationaux et non des moindres ont pris la première place.
A notre sens, l'industrie française du tissage doit tenter de conquérir la clientèle de nos indigènes qui connaissent peu nos étoiles. Pour cela, produire h bon marché n'est pas la seule condition qu'elle aura à remplir; il lui faudrait, en un mot, approprier les étoffes mises par elle sur le marché au goiU des noirs. 11 peut paraître banal de donner de tels conseils, llien if est cependant plus utile et l'on ne saurait trop les répéter. Puissent-ils, sur le point spécial qui nous occupe, être entendus en France ! La situation de la métropole dans
(Il Dos renseignements de source non officielle indiquent que pendant la dernière campagne une maison allemande de Porto No\ on fait acheter la majeure partie de la production colon nière du Dahomey en 1904. 62.fî2fc kilogrammes, production qui a augmenté dans des proportions assez considérables : pendant les troi* premier* mois de 10ir> plus de 110.000 kilogrammes ont été recueillis.
le commerce d'importation de la colonie augmentera dans la plus forte proportion, à mesure — et cela ne tardera guère — que de nouvelles régions seront ouvertes à la pénétration des produils européens.
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Arrivée d'une caravane Haoïma ilan< un pnslo du Haut Dahomey.
C IjC régime douanier. — Nos négociants, nos industriels n'ont aucune aide douanière à attendre des pouvoirs publics. Les conventions internationales ont stipulé, en effet, l'égalité de traitement entre nationaux et étrangers pour les personnes et pour les hiens(l). La concurrence est donc libre, aucun droit préférentiel, aucune surtaxe n'étant et ne pouvant être établi».
Jusqu'à cette année, les marchandises introduites au Daho-
(1) Article 9 de la Convention franco-anglaise du 14 juin 1898.
mey acquittaient une taxe de consommation qui les frappait sans distinction d'origine. Depuis le décret du 14 avril 1905, cette taxe a été remplacée par des droits à percevoir en Afrique occidentale française à l'entrée et à la sortie. Le Dahomey, se trouvant dans la zone visée par la convention francoanglaise du 14 juin 1898, bénéficie avec la Côte d'Ivoire d'un traitement spécial. Le nouveau tarif ne se différencie pas très profondément de l'ancienne taxation.
Les droits spécifiques sur certains articles comme le sel sont légèrement augmentent l'élévation que l'on peut constater sur l'alcool est le résultat d'une entente Qvee le gouvernement allemand dans le but d'égaliser les droits perçus sur les spiritueux (160 et 117fr.50 l'hectolitre) au Dahomey et au Togo.
La seule hausse sensible affecte les produits non dénommés, qui passent de 4 à 10 0/0 ad valorem. Parmi ces articles figurent les tissus qui étaient antérieurement frappés d'un droit de fr. 50 par kilogramme. Ils acquittaient donc la taxe uniforme de 50 francs par 100 kilogrammes. Avec le nouveau droit de 10 0/0 ad valorem, les tissus de coton mercurialisés à 250 francs les 100 kilogrammes, s'ils sont écrus, 360 francs s'ils sont blanchis, 500 francs s'ils sont teints ou imprimés, paient donc respectivement 25, 36 et 50 francs. Or, cette dernière taxation est égale à l'ancienne et comme les tissus de coton teints ou imprimés sont de beaucoup préférés par les indigènes, sur ce point spécial le décret douanier du 14 avril 1905 n'a que peu haussé les droits, car, dans le cas qui nous occupe, les articles qui auront à supporter une taxe plus forte sont considérés par les noirs comme choses de luxe (velours de coton mercurialisés 1.000 fr. et 1.400 fr., satinettes brocarts, 1.000 fr.).
Il faut ajouter que par suite d'heureuses exceptions au tarif nettement spécifiées, certaines taxes n'ont sujri aucun changement, par exemple celles afférentes aux tabacs et aux poudres. D'autres articles — les matériaux de construction, les kolas — sont restés exempts de tout droit, spécialement au Dahomey.
Enfin la liste des exemptions générales n'a pas changé. Les droits ad valorem sont perçus comme auparavant d'après une valeur déterminée par la mercuriale officielle ou, à défaut, par le prix de la facture augmenté de 25 0/0.
Ces mercuriales sont établies sur place par une commission nommée h cet effet et qui est composée, en nombre égal, de fonctionnaires et de commerçants. C'est là un point important puisqu'elles doivent refléter aussi exactement que possible les cours des marchandises qui figurent dans leur nomenclature. Pour montrer l'importance qu'on attache à leur confection, il a été décidé qu'elles seraient approuvées par le gouverneur général de l'Afrique occidentale française en commission permanente du Conseil du gouvernement.
Sous le bénéfice des exceptions indiquées ci-dessus, les droits aujourd'hui perçus au Dahomey n'ont pas été relevés d'une manière excessive. Il eût été dangereux d'ailleurs de les augmenter dans une trop forte proportion. Certes, sous le régime des taxes de consommation, les taxes unitaires étaient plus faibles que dans la colonie anglaise de Lagos, par exemple. Il n'y a pas lieu de s'arrêter à cette remarque. Il était nécessaire qu'il en fût ainsi comme il est indispensable, au développement commercial de notre colonie, que les taxes soient toujours maintenues à un taux inférieur à celles perçues sur les territoires voisins. En effet, [ les compagnies
i5U NOTRE COLOME DU DAHOMEY
françaises de navigation ont généralement des tarifs de fret plus élevés que les sociétés étrangères, et ces dernières — Compagnie Woermann de Hambourg, Elder Dcmpster de Liverpool -- ont combiné leurs prix de telle façon qu'ils sont beaucoup plus bas pour les mômes produits d'Europe à Cotonou et vice versa que de Lagos en Angleterre et en Allemagne et vice versa. Rien ne compense chez nous cette infériorité, ni droits de sortie sur les marchandises transitant par Lagos, ni droits différentiels interdits par nos accords internationaux : il s'ensuit donc qu'il faut laisser une certaine marge entre nos tarifs et ceux des colonies voisines allemande et anglaise pour que les marchandises nationales venant sur des vapeurs français ou les produits exportés par les paquebots nationaux puissent concurrencer les similaires étrangers ou prendre le chemin de la métropole. Nous estimons donc que si le nouveau décret n'a pas dépassé la mesure, il a fait tout ce qu'il était possible de faire dans le sens d'une élévation des taxes remplaçant les droits de consommation. En allant plus loin, il aurait compromis l'essor économique si brillant et si rapide de notre Dahomey.