‹ Notre colonie du DahomeyChapitre 24 sur 34 · B. HAUT-DAHOMEY · texte numérisé non relu

B. HAUT-DAHOMEY

Les indications qui viennent d'ôtre développées ne s'appliquent qu'au commerce du Bas-Dahomey. Avant la construction du chemin de fer, aucun marché situé au delà d'Abomcy n'était alimenté par des marchandises européennes provenant de la c<Uc française comme aucun produit du sol n'était dirigé sur les factoreries. La voie ferrée Cotonou-Niger en

exploitation jusqu'à Paouignan ouvrira une nouvelle région, celle qu'on pourrait appeler le Moyen-Dahomey à l'activité économique. A l'heure actuelle donc t le trafic est limité au Bas-Dahomey et les statistiques ne reflètent et ne peuvent montrer que le mouvement d'affaires de cette partie de la colonie.

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Halte d'une caravane Haoussa dans le HautDaliomev.

Est-ce à dire que le mouvement commercial de la zone côtière ne puisse être étendu à l'hinterland ? Ce serait une erreur de le croire. Si, jusqu'à nos jours, les factoreries ne sont pas établies au delà de 60 kilomètres du littoral c'est que les moyens de communication font complètement défaut. L'Ouémé, nous l'avons vu, n'est pas navigable et le transport à tête d'hommes, seul en usage, est très onéreux. Une

charge de 25 kilos paie par jour pour une distance moyenne de 28 kilomètres 1 fr. 15, ce qui équivaut à 2 francs la tonne kilométrique : quelle est la marchandise qui supportera, soit à la montée, soit à la descente, un pareil prix de transport (1)?

11 n'est donc pas étonnant que les indigènes du Haut-Dahomey ne produisent que le nécessaire pour eux et leurs familles, ils ne trouveraient pas en effet emploi de l'excédent. Qu'on leur crée des besoins, qu'on amène aux marchés des produits à des prix acceptables et ils ne tarderont pas à planter, récolter au dfelfl'de ce qu il leur faut pour eux, de manière à pouvbir acheter dë& articles européens.

Lé pàjrs -^ nous î'dtotis détabhtré — ne manque pas de richesse ; ses produits sdtit VdHgfc, la population comparée à celle d'atiti-ëS pêfs de l'Afritjllë dfeddehtfilë est dense.

A: LCft ëiftftttttièft. — Qildi qu'il en sdit il n'y a pas à ttfdpFetttëttt patlet» de commerce dans le Haut-Dahomey. Les cafàraftëë badussas^ qui le traversent de part en part, n'y ërééht pas iiii mouvement d'affaires appréciable ; certaines de ces caravanes viennent de Dosso, de Fogha, du Maouri, du Sud de Sokoto, franchissent le Niger soit à Do, soit à

(i) 11 serait injuste cependant de ne pas signaler ici l'initiative hardie prise par un Ancien fonctionnaire des postes et télégraphes du Dahomey et un officier d'infanterie coloniale, MM. Michaut et Drot. Tous deux ont donné leur démission et se sont installés comme commerçants à Djougou et récemment, ils ont pu faire descendre et amener de Djougou à Lagosun important troupeau de bœufs, f/est là un bel exemple d'énergie que nous sommes heureux de saluer ici. 11 est à souhaiter que ces deux précurseurs voient leurs eflorts pleinement couronnés de succès. Des renseignements personnels nous permettent de croire qu'ils prennent le chemin de lu réussite.

Gaya, vont à Djougou, où elles continuent sur les marchés allemands.

D'autres, originaires du Nord de Sokoto et passant le Niger à Say ou à Niamey, se dirigent sur le Gourma et de là à Sansanné-Mango. A l'aller, elles transportent du sel de qua* lité inférieure, de la potasse, des cuirs travaillés ou teints, des dépouilles d autruches, de l'antimoine, des étoiles indigènes, des bijoux de cuivre, des nattes, des sabres. Elles ont aussi quelquefois des animaux qu'elles vendent : chevaux, ânes et moutons. Au retour, ces caravanes s'approvisionnent de sel, de tissus, d'alcool de Kolas.

Le seul point du Haut-Dahomey où elles séjournent est Djougou, et leur présence produit en ce point une activité commerciale assez considérable. Aucune statistique n'a encore été publiée à cet égard. Il serait cependant intéressant de savoir le nombre de caravanes qui passent dans la colonie, de connaître leur composition, le dénombrement de leurs charges. On a délivré à Djougou en 1903, dit M. le capitaine du génie Cambier auquel nous empruntons les renseignements qui vont suivre, 28.000 laissez-passer. Et dans ce chiffre n'entrent pas ceux qui ont été donnés à Kandi et à Zougou et qui ont Seulement été visés, ceux des caravanes très rares dont Djougou était le pblnt terminus* et enfin ceux qui il'ont pas été demandés.

11 est présumable que si les caravanes qui vont dans le Salaga et le Yendi chercher leurs marchandises d'échange pouvaient s'approvisionner au Dahomey, elles ne tarderaient pas à s'arrêter là où elles trouveraient ce qui leur convient. Si donc nous étions à même de transporter aux points d'intersection des routes caravanières c'est-à-dire à Bouay, à Kandi,

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sur le Niger, les marchandises recherchées par les Ilaoussas, nous détournerions à notre profit le mouvement commercial des importations.

En prenant le tarif le plus élevé des chemins de fer, c'està-dire 1 franc la tonne kilométrique de 1 jusqu'à 100 kilomètres, fr. 80 de 100 à 200 kilomètres et fr. 60 au delà, une tonne de marchandises serait grevée d'un prix de transport de 312 francs à Parakou, 384 francs à Bouay, 458 francs à Kandi et 492 francs au Niger.

En comparant la valeur d'achat augmentée de cette somme et les prix de vente de différentes denrées aux points qui viennent d'être indiqués, on voit que les principales marchandises procureraient aux importateurs un bénéfice rémunérateur.

Quelques exemples peuvent confirmer les indications d'ordre conjectural qui précèdent Le sel, coûtant aux factoreries 100 francs la tonne, reviendrait donc à Parakou, à Bouay, à Kandi et au Niger respectivement à 100 + 312 = 412, 100 + 384—484, 100 4-438 = 338, 100 + 492 = 392 ; il y est vendu 600, 750, 2.000,2.500 francs, soit un bénéfice théorique de 188, 266, 1.462, 1.908 francs par tonne.

Les tissus s'achetant à la côte 5.000 francs la tonne, le prix de revient aux points indiqués est de 5.312, 5.384, 5.438, 5.492 fr. Leur valeur sur ces marchés étant de 8.000, 10.000, 12.000, 15.000, il y a donc un écart de 2.688, 4.616, 6.562, 9.508 qui assure une vente rémunératrice.

Le même calcul peut être fait pour la kola qui vaut 2.000 francs dans le Bas-Dahomey et qui se vend 3.200, 4.000, 4.800, 6.400 francs.

Or ces trois produits qui sont très recherchés des indigènes auraient un écoulement certain.

A ce trafic d'importation correspondrait un commerce d'exportation également importait. Nous avons vu, en effet, que le Haut-Dahomey ne manquait pas de produits susceptibles d'être exportés au nombre desquels l'indigo, le karité, le bétail.

Le prix de transport de ces produits à la mer, avec les tarifs actuels de fr. 20, fr. 15, fr. 10 la tonne kilométrique suivant les distances de 100 et au-dessous, de 100 à 200 kilomètres et de plus de 200 kilomètres, serait de 75 francs la , tonne pour la distance maxima de 600 kilomètres. L'indigo se paie sur place 3.000 francs la tonne et revient à la cote à 3.075 francs ; il se vend en France 9.000 francs, ce qui donne une différence de 5.925 francs; le karité vaut sur le marché 500 francs la tonne, ce qui fait 575 francs au port d'embarquement. La vn leur en France peut être de 800 francs. La différence ici est faible. L'exemple de ce qui se passe au Togo, où des quantités chaque année plus considérables de karité ont été exportées depuis 1890, nous permet de croire qu'il y a encore place pour un bénéfice (1).

Les bœufs d'un poids moyen de 250 kilos se paient 100 francs, un troupeau de 20 tôtes de bétail acheté aux indigènes vaudrait 2.000 francs. Eu ajoutant 1.000 francs pour le transport et les frais accessoires, le prix de revient du

(1) Exportations de karité du Togo :

4898. .... 3.613 k. qui ont été vendus 2.815 fr.

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troupeau à la côte serait donc 3.000 francs. Or ces 5.000 kg. de viande se vendant uniformément à 100 francs les 100 kilos = 5.000 francs. La différence de 2.000 francs peut rémunérer largement le capital engagé.

B. Le coton. — 11 est enfin un produit sur lequel il convient d'insister et qui peut être pour le Haut-Dahomey ce qu'est l'huile de palme pour la région entière : nous voulons parler du coton.

On sait que les industries cotonnières de l'Europe sont h l'heure actuelle tributaires de l'Amérique pour la fourniture de cette matière première. Sous l'empire de nécessités toujours plus grandes, diverses nations européennes, l'Angleterre, l'Allemagne et la France, ont cherché si le coton ne pourrait pas être récolté dans leurs colonies africaines. En France, une ligue s'est fondée, « l'Association Cotonnière Coloniale », qui, en même temps que l'administration, a fait entreprendre des études, et il est acquis aujourd'hui que nos possessions de l'Afrique occidentale française sont susceptibles de produire du coton. Parmi ces colonies, le Soudan, la vallée du Niger et le Dahomey paraissent le mieux appropriés i\ cette culture. Des expériences furent faites dès la fin de Tannée 1903.

La société que préside M. Esnault-Pelterie, et dont on connaît le zèle et l'activité, importa eu France, dans le but de les expérimenter à la filature et au tissage, des lois de coton indifjhie du Dahomey. Des industriels des Vosges, MM. Ancel-Seitz, se sont rendus acquéreurs de ce coton auquel ils ont fait subir des expériences appropriées, qui ont donné lieu à diverses observations consignées dans un double rapport.

Nous ne suivrons pas M. Paul Ancel dans ses discussions techniques sur les caractères généraux apparents du coton brut aii Dahomey et sur sa tenue aux machines, nous contentant d'indiquer, en un tableau ci-après, la valeur commerciale qu'il attribue aux filés de coton dahoméen, comparativement h ceux faits en coton d'Amérique (Louisiane ou Texas) :

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