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Comparées aux chiffres du Dahomey, les quantités d'huile et d'amandes de palme exportées de Lagos sont notablement supérieures, mais elles doivent ôtre diminuées du nombre de tonnes d'huile et surtout d'amandes qui proviennent de la colonie française. Les moyennes des sorties de ces produits pendant les six dernières années de 1898 à 1903 inclus ont été pour les huiles de 13.955.920 francs et pour les amandes 56.157.000 francs (au Dahomey, pendant la môme période 9.267.696 et 22.933.429 francs). La différence est, on le voit, surtout sensible en ce qui concerne les amandes. Or, presque toutes les amandes de palme du Dahomey vont en Allemagne et passent non par Cotonou, mais par Lagos, elles viennent ainsi grossir les chiffres présentés par les statistiques anglaises pour cet article.
L'Allemagne prend 89 0/0 des amandes et 36 0/0 d'huile. L'Angleterre 11 0/0 des amandes et 63 0/0 d'huile.
Les autres produits d'exportation sont le café, le cacao et le caoutchouc, dont la production diminue d'une façon très
TOGO. DAHOMEY. LAGOS.
notable. En 1895, on exportait quatre fois plus qu'actuellement et la production est allée constamment en diminuant. Les auto-
Musulman nago de Lagos.
rites anglaises se sont inquiétées de cet épuisement, et d'intéressantes mesures ont été prises pour le reboisement du pays. Les indigènes qui connaissaient la valeur du précieux produit
ont intelligemment imité ce que faisait l'administration à cet égard.
La plus grande partie des exportations de Lagos sont destinées à l'Allemagne 65,4 0/0, après vient la Métropole avec 30 0/0.
La situation est renversée au Dahomey où la part de la France est plus forte pour les exportations que pour les importations. En examinant le commerce total, on remarquera que la Grande-Bretagne entre pour 51 0/0, l'Allemagne pour 42 0/0, il reste donc 7 0/0 au trafic des autres nations.
Il n'en était pas de môme, il y a quelque quinze ans. Il y avait à cette époque d'importantes maisons françaises établies à Lagos. Notre commerce n'était plus ces années dernières représenté dans cette colonie. Une puissante société, la Compagnie française de l'Afrique occidentale, qui dispose de capitaux importants, vient d'installer à Lagos une superbe factorerie. Son succès dans nos colonies de la Côte Occidentale nous permet d'espérer qu'elle saura se faire une bonne place à Lagos.
Si la situation commerciale est plus brillante dans la colonie anglaise, il n'en est pas de môme de l'état des finances locales. Le budget de Lagos connut en effet de sérieux déficits. De 1895 h 1900 l'excédent des dépenses a été en moyenne de 200.000 fr. ; le déficit a été en 1895 de 60.750, en 1897 de 118.875 et en 1899 de 762.450 francs.
Depuis, non seulement, l'équilibre a été rétabli, mais encore le budget se solde par des plues-valucs de recettes : 2.640.725 fr. pour l'année financière, 1902-1903.
La dette publique est d'environ 30 millions. Si le Dahomey
(\) Discours du gouverneur Mac Grcgor au Lagos Institute.
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prenait à sa charge les 12 millions de bons du Trésor créés pour faire face aux obligations de la nouvelle convention avec la Compagnie française des chemins de fer au Dahomey sa dette serait seulement de 9.500.008 francs La caisse de réserve, en effet, parferait la différence. La colonie de Lagos est donc plus endettée que le serait notre Dahomey. Ajoutons toutefois que cette charge est bien inférieure à la capacité et au crédit de la possession anglaise.
Les deux colonies ont pensé aux voies de pénétration. La ligne Lagos-Abenkuta -Ibadan, prolongée vers Ilorin, dessert une partie aussi riche en palmiers que la voie ferrée Cotonou- Niger en exploitation jusqu'à Paouignan. La construction de la première est revenue à un prix beaucoup plus élevé le kilomètre qu'au Dahomey et avança moins rapidement. Le rendement des deux lignes est également jusqu'ici inférieur.
La navigation extérieure et intercoloniale est plus développée à Lagos, la disposition des lagunes favorisant la colonie anglaise à cet égard.
Enfin, nous ne possédons pas au Dahomey une ville comme Lagos qui est tout au moins une superbe façade beaucoup plus saine que la capitale française.
Nous avons volontairement laissé de côté l'administration des deux colonies allemande et anglaise dont l'exposé nous eût entraîné trop loin. Il était préférable de s'en tenir aux résultats ; ce sont eux seuls que nous avons considérés. Dans l'ensemble nous n'hésitons pas à le dire, après les constatations qui précèdent, ils sont satisfaisants. Incontestablement, le Dahomey est au point de vue économique en avance sur le Togo. 11 n'en est pas moins vrai également que le Lagos anglais ait acquis un développement commercial plus considé-
rable, mais la différence n'est pas aussi accusée que l'indiquent les chiffres des statistiques, nous avons apporté les corrections nécessaires. 11 faut donc rendre ici un hommage mérité aussi bien aux Anglais du Lagos qu'aux Français du Dahomey. L'activité des uns et des autres a produit dans la sphère d'action de chacun des deux peuples de très heureux effets. Aux yeux du public, une telle constatation n'a rien de surprenant pour une colonie anglaise : il a été longtemps admis en France que, seuls, nos voisins et amis d'outre- Manche savaient tirer parti de leurs colonies.
Nous espérons avoir démontré, en présentant le développement du Dahomey, que nous possédons également le génie colonisateur. La supériorité du Dahomey sur le Togo est évidente pour tout esprit impartial. Et si la comparaison des résultats économiques obtenus au Bénin français et à Lagos n'est pas à notre avantage, du moins pouvons-nous dire que, toutes proportions gardées dans le temps et l'espace, nous avons su ne pas nous montrer inférieurs.
L'œuvre que nous avons faite dans cette colonie française du Dahomey prouve qu'en matière de colonisation africaine nous tenons un bon rang : les étrangers sont d'ailleurs les premiers a nous le reconnaître.
Rendons-nous donc en France justice à nous-mêmes.
CONCLUSION
En moins de vingt ans la France s'est constitué en Afrique un domaine colonial de premier ordre auquel nos rivaux d'outre-Manche et d'au delà du Rhin rendent un hommage mérité.
Parmi nos possessions de l'Afrique occidentale française, réunies depuis peu en un gouvernement général, aucune n'a présenté un essor plus brillant et plus rapide que notre colonie du Dahomey. En 1890, comme nous l'avons montré, nous n'étions installés que sur quelques points de la côte, à Porto- Novo, h Cotonou, dans le Popos. Deux expéditions contre Béhanzin nous rendirent maîtres du Bas-Dahomey, jusqu'au 9° de L. N., le pays plus septentrional n'étant pas occupé effectivement comme l'exigeaient les stipulations de l'acte de Berlin.
Puis l'énergie et la vitesse de nos explorateurs dans l'hinterland nous permirent d'opérer, quatre ans après la reddition du roi d'Abomey, la jonction du Dahomey avec le Soudan à l'Ouest, le Niger à l'Est (Conventions franco-allemande de 1897 et franco-anglaise de 1898). Le Dahomey atteignait,
après ces accords, son complet et rationnel développement territorial.
L'organisation de la colonie avait marché de pair avec sa constitution géographique, puisque, dès 1894, elle devenait un établissement autonome. Son budget local, créé depuis 1890, a été non seulement en constant équilibre, mais encore le règlement des comptes de chaque exercice s'est traduit par dos excédents des recettes sur les dépenses. A aucun moment la jeune colonie n'a eu besoin de l'aide financière de la métropole ; elle a môme acquitté des dépenses d'ordre impérial lorsque nos missions parcouraient le Haut-Pays," avances qui, par la suite, lui ont été, il est vrai, complètement remboursées. C'est là un fait qui domine la courte histoire du Dahomey. Il est peu de colonies qui se soient toujours suffi à elles-mêmes, et qui, sur leurs propres ressources, aient pu commencer l'exécution de grands travaux d'outillage économique, comme le chemin de fer de Cotonou au Niger. Lorsque fut institué le budget général de l'Afrique occidentale française la caisse de réserve atteignait 2.079.721 fr. 33 somme la plus élevée de tout le gouvernement général.
A cette brillante situation financière correspond le mouvement commercial remarquable qui a été décrit en détail.
Nous aurions aimé constater une part plus grande de la France dans le trafic dahoméen. Cette part pourra augmenter dans une large proportion le jour où les industries françaises de tissage produiront des étoffes à bon marché et appropriées au goût des indigènes.
Nos négociants, nos industriels, pour lutter contre leurs concurrents étrangers ne doivent compter que sur eux-mêmes ils n'ont aucune protection à attendre de tarifs différentiels.
CONCLUSION 275
la France s'est interdit dans la convention franco-anglaise du 14 juin 1898 (article 9) d'établir des droits douaniers à la Cùte d'Ivoire et au Dahomey. Aurions-nous cette faculté que nous ne pourrions en user au Dahomey qui, étranglé entre le Togo et le Lagos, a besoin, pour se développer, de la plus complète liberté commerciale et de taxes fiscales modérées.
Au tableau que nous avons présenté, il y avait une ombre. Jusqu'à présent cette colonie, essentiellement agricole, était sujette aux crises auxquelles sont inévitablement exposés les pays de monoculture, les seuls produits d'exportation étant ceux du palmier à huile. Nous avons vu que cette situation va changer par suite de l'extension donnée aux plantations de cocottiers, par suite également des légitimes espérances fondées sur la culture du coton et sur les ressources de l'élevage.
Seuls les indigènes peuvent réussir dans ces différentes exploitations agricoles. Dans le Bas-Dahomey, chaque palmier a son propriétaire et il est impossible d'accorder de grandes concessions de terres. Celles qui ont été octroyées en 1900 ont dû être retirées, deux autres, plus anciennes et moins étendues, n'ont pu être réellement exploitées. Dans le Haut-Pays, les espaces sont plus vastes, mais — et ceci s'applique également à la zone côtière — les indigènes sont seuls susceptibles de produire à bas prix et avec bénéfices rémunérateurs pour eux.
Le chemin de fer, qui atteint Paouignan, fera pénétrer la vie économique dans de riches régions qui, faute de moyens de communication, ne pouvaient être mises en valeur. Des calculs présentés plus haut et qui reposent sur des données
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certaines, il résulte que 70.000 hectares seulement sur 300.000 en chiffres ronds sont cultivés dans le Bas-Dahomey. Le commerce d'exportation a là une réserve qui n'est pas entamée et qui triplera le mouvement des affaires. Quant aux territoires du Nord, ils ne sont pas sans ressources auxquelles ne manquent que des débouchés vers la côte.
Les différentes races indigènes de la région basse ont jusqu'ici montré une réelle aptitude au commerce. Les noirs du Haut-Dahomey n'ont pas eu encore l'occasion de nous révéler leurs capacités à ce sujet. Les unes et les autres sont maintenant parfaitement tranquilles et la sécurité règne pour les blancs dans cette colonie où la densité de la population est plus forte, du moins dans toute la zone côtière, que partout ailleurs en Afrique occidentale française.
C'est donc avec espoir que nous pouvons, au terme de cette étude, envisager, sans optimisme, l'avenir de cette possession française. Certes, jamais nous n'y ferons de colonisation. Son climat malsain ne permet pas aux Européens d'y vivre à demeure. Le Dahomey, comme nos autres établissements de l'Afrique occidentale française, est une colonie d'exploitation. Il n'y a pas lieu de nous en plaindre « les colonies d'exploitation convenant à un pays qui a plutôt besoin de débouchés pour ses capitaux que pour sa population » (1).
Les capitaux français peuvent trouver au Dahomey de productifs emplois. Puissent les considérations exposées dans les différents chapitres de ce livre leur montrer le chemin de la Côte occidentale d'Afrique, où l'outillage esta peine ébauché, où l'extension des grands travaux publics nécessaires à l'exploi-
1. Girauri, Principes de colonisation et de législation coloniale.
CONCLUSION
tation de richesses, agricoles partout, minières en certaines régions, ne peut être entreprise que si nos capitalistes veulent bien faire au gouvernement général, qui représente les cinq colonies de l'Afrique occidentale française, le crédit que sa situation financière et économique lui permet d'espérer.