I. — INCENDIE DE
« A Chartres prist en la cité
Un feu qui ne fu pas a geus, !
Car trop for grant et domageus...
Moult fu grant douleur don veoir Telle iglise ardoir et cheoir.
Le livre des Miracles, p. 13.
Reconstruite par le célèbre Fulbert et ses digues successeurs et fréquentée par une foule dé pèlerins accourus dé toutes parts pour vénérer sa madone privilégiée, la cathédrale de Chartres, décorée de belles croisées ogivales et de magnifiques verrières au milieu du XIIe siècle par des corporations normandes, élevait au ciel ses deux clochers, lorsqu’un violent incendie vint la consumer l’an 1194, sous le règne dé Philippe-Auguste. La ville elle-même, où tout retentissait du nom de Marie, fut dévorée par les flammés. Clercs et laïques, dit un poète presque contemporain, perdirent leurs richesses et leurs maisons et déplorèrent surtout la perte de leur église, oubliant leur propre malheur. Mais lorsqu’ils ne virent plus la sainte châsse qui renfermait la précieuse relique, des larmes coulèrent de leurs yeux et des cris lamentables se firent entendre. « Hélas! s’écriaient-ils, ce fléau ne nous a frappés que parce que nos iniquités se sont élevées vers le ciel, car c’était la gloire de Chartres et de toute la contrée!, celle qui a triomphé des Normands et qui chaque jour nous guérissait de nos maux. Privés de cette relique si préciéuse:, comment aurons-nous le courage de reconstruire notre église et de relever nos maisons?; Qui voudra maintenant accourir,
dans notre cité pour visiter nos sanctuaires dépouillés de leur gloire1? »
Le cardinal-légat du pape, Mélior, qui se trouvait alors a Chartres, assemble l’évêque et les clercs et leur adresse ces paroles :
« Messeigneurs, c’est sans doute pour l’expiation de vos péchés que ce fléau s’est appesanti sur votre cité. Il est temps de faire pénitence et d’attirer sur vous, par des jeunes et par des prières la protection de Dieu et de sa sainte Mère, afin que, par leur protection, cette église se relève de ses ruines. Il ne me convient pas de vous adresser un long discours en une telle circonstance. Que chacun de vous se mette à l’œuvre et donne l’exemple aux laïques. Délions nos bourses et vidons « nos sacs et nos poches. »
Por loer ovriers et maçons Qui sache bien en tout ovrer. .
Ces paroles font une telle impression que l’évêque et les chanoines, sans délai, versent de beaux deniers et s’engagent à faire le total abandon de leurs rentes pendant trois ans, ne se réservant qlie le strict nécessaire.
Quelques jours après, des cris de joie retentissent cependant dans la ville ; la sainte châsse, dont les pieux habitants déploraient la perte, venait d’être sauvée par le dévouement de quelques clercs qui s’étaient réfugiés dans les cryptes et qui n’avaient dû leur salut qu’à la protection du ciel. Le légat convoque tout le peuple de la cité sur les ruines de la cathédrale. L’évêque et le doyen du Chapitre paraissent bientôt, portant sur leurs épaules la sainte châsse que Char tres vénère et sous laquelle ont passé tant de pèlerins. Les cris redoux blent, l’enthousiasme et l’allégresse s’emparent tellement de l’assemblée que