‹ Notre-Dame de ChartresChapitre 10 sur 92 · Dyonis epistola · texte numérisé non relu

Dyonis epistola

sants, fiers de leur puissance et de leurs richesses, accoutumés à une vie molle et voluptueuse, s’attacher à un char avec des traits et voiturer des pierres, de la chaux, du bois et 'tous les matériaux nécessaires pour la construction de l’édifice sacré h Quelquefois mille personnes, hommes et femmes, sont attelés au même char, tant la charge est considérable et cependant il règne un si grand silence qu’on n’entend pas le moindre murmure. Souvent même on croirait que, selon la prophétie, l’esprit de vie anime les roues des chariots1 2. Si l’on s’arrête dans lé chemin, si l’on parle, ce n’est que pour confesser ses péchés; tel est le zèle des ouvriers que la nuit ne peut interrompre les travaux qui continuent à la lueur des. flambeaux.

Parmi les donateurs des verrières, le Cartulaire de Notre- Dame^cite Haimeric, fils d’Herbram, Robert dit Ragori, le chanoine Nivelon, Goslin, sous-doyen, Hugues, sous-doyen, Ernaud, archidiacre, de Dunois, Ernaud de Feuillet, chanoine, Arnaud, quadrigarius et Hugues de Morville. Le nécrologe cite encoie beaucoup de bienfaiteurs de la cathédrale qui fut incendiée encore en 1100. Le chambrier Robert et le chev'ecier, Bernard font élever un pilier et couvrir l’église à leurs frais 3. L’évêque Gozlini sous lequel saint Bernard fit entendre sa voix éloquente sous les voûtes de Notre-Dame, lègue cent livres pour l’un des clochers que l’habile architecte Harmand élève jusqu’à la flèche en 1164. Richer, archidiacre de Châ-

1. Annales Benedictini. T. V, p. 393. Quis enim vidit unquam, quis audivit in omnibus generationibus retroactis ut tyranni, principes, potentes in sœculo honoribus et divitiis inflati, nobiles natu vîrî et mulieres, superba et timida colla loris nexa plaustris summitterant et onusta vino, tritico, oleo, calce, lapidibus, lignis, ceterisque vel vitæ usui vel structura ecclesiis, ad Christi asylum animalium more brutorum pertraherent?... Ifujus sacræ institutionis ritus apud Carnutem ecclesiam est inchoatus. P. 394.

2. Diceres prophetiam impleri : Spiritus vita erat in rôtis, Ezechiel,

3. Chevecier, dernier dignitaire du Chapitre, avait la direction des clercs du chœur, chapelains, marguilliers, et autres officiers chargés de la surveillance et do la conservation du matériel de l’église.

teaudun, qui mourut en 1150, décore l’une des portes d’entrée d’une statue de la Sainte Vierge richement peinte en or1.

1. Cette statue existe encore à l’entrée de l’église, au tympan de la porte de droite. Notice sur la cathédrale de Chartres, par M. Benoît, juge suppléant. Annuaire d’Eure-et-Loir. — Cartulaire de N.-D., t. ÇXII.

« Il me suffit d’avoir établi que la dévotion à Marie, dans la cité de Chartres roule, pour ainsi dire, sur ce double pivot, la sainte grotte et la sainte châsse. Voyons quel édifice est venu s’appuyer sur cette base. »

Mgr Pie, Discours sur le couronnement de Notre-Dame de Chartres , p. 13.

Visitée par une foule de pèlerins et décorée par un grand nombre d’ouvriers, la cathédrale de Chartres excitait donc, dès le XIIe siècle, l’admiration des fidèles. Un chroniqueur, qui assistait à cette brillante restauration, s’écriait dans son enthousiasme : « Celui qui n’a point vu cela, ne verra jamais rien de semblable1. On dirait que les pierres sont devenues intelligentes et que la matière s’est spiritualisée. »

Mais de cette merveilleuse cathédrale il ne devait en rester que les clochers et les deux étages inférieurs de la façade qui les sépare. Pour qu’un léger souffle gonfle les voûtesr pour que les arcs-boutants montent aux combles de la nef avec leurs balustrades légères et leurs ponts dentelés, pour que les roses s’ouvrent, s’épanouissent, étalent leurs riches compartiments ciselés et triomphent de la gloire céleste, il faut que les croisés soient revenus de l’Orient, ce berceau des

1. Chronica normannia, p. 982. La façade qui a échappé à l’incendie frappera toujours les archéologues d’admiration, surtout les statues et les verrières. L’évêque saint Yves montra pour sa cathédrale autant de zèle que Fulbert et s’adressa comme lui aux puissants de son siècle pour obtenir d’abondantes aumônes.

beaux-arts. L'a route qu’ils ont suivie jusqu’au milieu du XIIe siècle est toute blanche de leurs ossements, il faut attendre qu’ils se cantonnent à Constantinople et que l’ordre règne en Occident.

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