Ut causam fabricæ daret ilia ruina futuræ
Cui toto par nulla hodie splendescit in orbe.
Liv. IV.
Des prêtres sortent de la ville pour parcourir les bourgades et pour pénétrer même dans les contrées les plus éloignées, portant de saintes reliques et racontant les malheurs de leur église. L’appel du vénérable évêque est entendu; nous allons voir accourir de toutes parts de nombreux ouvriers auxquels les bons habitants des campagnes prodigueront des vivres et des matériaux.
Beaucoup d’historiens ont longtemps nié l’incendie de 1194; mais ces désastres ont été constatés par presque tous les chroniqueurs de cette époque1. On sait aujourd’hui que le Livre des miracles a subi, vers 1389, quelques surcharges maladroites, dans le but insensé d’attribuer l’honneur de la construction de la cathédrale à l’illustre Fulbert. Des savants s’étonnaient, dit-on, de voir tant d’incendies dans une même ville, mais il faut se rappeler qu’au moyen-âge existaient des usages qui rendaient ces catastrophes plus fréquentes. « L'es murailles des églises étaient en grande partie recouvertes de tapisseries et de tentures de toute espèce et de nombreux exvoto étaient suspendus aux voûtes. De plus, le nombre des cierges toujours allumés, même pendant la nuit, était considérable ainsi que l’attestent ces innombrables testaments, dans lesquels il est pourvu, par le mourant, à l’entretien d’un cierge brûlant à perpétuité dans telle ou telle chapelle. Est-il donc étonnant que les clercs, qui faisaient la garde, s’endormissent quelquefois et que souvent, au lever du jour, la flamme se fût emparée de tout l’intérieur d’une église 2? »
On sait que dans la primitive église, quelques parties des saints mystères étaient soustraites aux yeux des fidèles par
1. Lo Cartulaire de Notre-Dame de Chartres en fait mention plusieurs fois. Cum vero opus et edificationem ipsius ecclesie per Dei gratiam consummari contigerit (3 octobre 1195) t. 1, p. 252. Le manuscrit latin publié par M. Antoine Thomas et signalé par M. Léopold Delisle, constate également l’incendie de 1194. Anno ab Incarnatione Domini, Mo Co nonagesimo quarto, cum ecclesia Camutensis III idus junii miserabili fuisset incendio devastata... Bibl. des Chartes, t. 42, p. 505.