PRÉFACE
Lorsque je vins à Chartres en 1845, l’archéologie commençait à contempler sa majestueuse cathédrale et lui assignait une date plus récente, refusant de reconnaître Fulbert comme le véritable architecte de Notre-Dame. Les historiens de Chartres, compulsant les chroniques et les nécrologes, découvrirent bientôt, en effet, les traces d’un vaste incendie qui dévora la cathédrale et une partie de la ville en 1194, comme semblaient l’indiquer ses admirables verrières et ses splendides porches, presque tous dus à la libéralité de saint Louis, de saint Ferdinand de Castille et des puissantes corporations du XIIIe siècle L
Plus de quarante ans se sont écoulés, depuis l’apparition de mon premier ouvrage sur Notre-Dame. Beaucoup d’érudits en ont publié, qui ont obtenu un certain succès, surtout la Monographie de l’abbé Bulteau, dont les consciencieuses recherches seront toujours appréciées par les archéologues; quoique obscur pèlerin, j’ai voulu, peut-être témérairement, étudier tout ce qui se rapporte à Notre-Dame, qui est vraiment la pensée du XIII* siècle devenue visible , selon la belle définition de M. Louis Mâle.
Cette longue étude m’a inspiré le projet de rendre plus populaire l’admirable monument dont on ne vante que les clochers et dont j’ai découvert toute la splendeur. J’espère que ce travail, qui nous révélera l’ardente foi de nos aïeux, nous permettra de sortir de cette profonde léthargie, dans laquelle nous paraissons plongés, et d’invoquer quelquefois cette bonne .Vierge qui voyait autrefois accourir à ses pieds de nombreu-
1. L’art religieux du XI11G siècle en France , Paris, in-8, 1900, p. 491.
ses populations, et qui daignerait encore prodiguer toute sa tendresse, si nous savions l’implorer.
Je termine cette préface, trop longue peut-être, en' exprimant toute ma gratitude, aux personnes bienveillantes qui m'ont puissamment aidé dans mes recherches, ou qui m’ont accueilli avec une bonté dont j’ai gardé le souvenir. J’aurais voulu leur offrir un ouvrage plus complet; mais si loin de Chartres, je n’ai pu leur raconter dignement les merveilles de Notre-Dame et leur révéler toute la beauté de l’art gothique, qui est véritablement Y art français ; j’aurai prouvé que je sais reconnaître leur bienveillance. Ero enim in summa inopia gratus , et quum omnia mihi deerunt, supererit animus 1.