‹ Notre-Dame de ChartresChapitre 31 sur 92 · Registre des échevins · texte numérisé non relu

Registre des échevins

par leurs aumônes, à la restauration des cloches et du clocher de Notre-Dame1. Ce malheur toucha le peuple chartrain. Les fidèles, à la voix de leurs pasteurs, s’empressèrent d’offrir leurs aumônes. Chacun même se fit inscrire dans une pieuse confrérie et donna quelque chose pour gagner les indulgences accordées par le cardinal Georges d’Amboise.

Le mercredi 11 novembre, « Maistre Wastin-Desfeugerets, chanoine, et l’un des maistres de l’euvre de Notre-Dame, passent marché avec Jehan de Beausse, dict Texier, maçon, demourant à Vendosme, qui promit de faire construire et édifier bien et deuement de son mestier de maçon le clocher qui estoit de bois couvert de plomb et iceluy faire et parfaire de pierre de la haulteur du clocher de pierre, ou aultre hauteur plus convenable et le plus honorable et sumptueux que faire ce pourra2. » Thomas le Vasseur, « maçon fort expert », doit conduire les travaux avec Jehan de Beausse et « faire le clocher le tout selon le patron, bel et magnifique pourtraict en parchemin par iceluy a Beausse ce jourd’huy monstré et exhibé en la Chambre des Comptes ou mieuhq si ce pjeut faire. » Jehan de Beausse et Thomas le Vasseur doivent recevoir par jour sept sous six deniers tournois et leurs serviteurs quatre sous deux deniers. Lés maîtres de l’œuvre s’engagent de plus « à fournir une chambre à chacun des maîtres-maçons pour loger à Chartres et un muid de blé et un tonneau de vin chaque année qu’ils vaequeront à besongner au dit clocher. »

Les travaux sont immédiatement repris; les pierres sont amenées de Berchères-rEvêque où le chapitre faisait exploiter dès l’an 1400. Charmés de l’habileté de Jehan de Beausse, les chanoines retiennent cet artiste et lui donnent le titre de « Maistre-maçon de Veuvre de l'église. » Sept ans après s’élève ce majestueux clocher qui excitera toujours l’admiration par

1. Notice sur les cloches de Notre-Dame, par Mgr Pie, 1840, p. 9 et

2. Chroniques, légendes, curiosités et biographies beauceronnes, par H. Lecocq; in-8, 1367, p. 148.

son prodigieux élancement et par ses fines et délicates sculptures.

Tous les historiens de Notre-Dame ont cru que Jean de Beausse était sculpteur et lui ont attribué beaucoup de statues. Mais il est certain qu’il n’était que maître-maçon et simple conducteur de travaux, car dans le marché qu’il passe avec maître Wastin-Desfeugerets, le 23 décembre 1517, il est dit : « ne sera tenu le dit de Beausse faire aucuns images ». De plus, la statue du Sauveur qui orne l’un des côtés du clocher neuf porte sur son socle cette inscription qui justifie notre assertion :

Jehan de Beauce maçon qui a faici ce clocher m'a faict faire.

Le 19 décembre 1513, le chapitre délibère sur le projet de faire une clôture somptueuse au chœur de l’église-cathédrale 1.; Le chancelier Mainterne est chargé de rédiger et d’écrire les soixante-huit histoires de la Bible qui doivent figurer au Tour du chœur. Jehan de Beausse fournit les plans décoratifs de la partie de cette clôture comprenant au nord et au sud les huit premières niches du chœur et meurt le 28 décembre 1529 sans avoir eu la joie de voir l’achèvement de cette œuvre qui ne fut terminée qu’en 1727 2.

Les historiens ne nous ont conservé que le nom de ce modeste artiste, issu peut-être d’une famille obscure, mais quelques traits de sa vie ont été découverts dans de vieux registres par un habile chartrain. Jehan de Beausse ne paraît à Chartres, pour la première fois, qu’en 1506 et se déclara habitant de Vendôme où nous le voyons prêter, en 1508, la

1. D’après M. G. Gaillebad, la longueur des offices aurait fait ressentir le besoin d’entourer les chœurs d’une construction qui préservât en partie les prêtres des injures de l’air auxquelles ils étaient exposés dans les vastes vaisseaux des églises. Monuments anciens et modernes, p.

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