‹ Notre-Dame de ChartresChapitre 33 sur 92 · Chroniques, légendes, etc., p · texte numérisé non relu

Chroniques, légendes, etc., p

calomnieuse avec un des marguilliers laïques de Notre-Dame. Refusant l’arbitrage du chevecier, il en appelle au Parlement. Mais son procès lui coûte tant qu’il place son; fils Gracian chez un procureur, jugeant sans doute la profession d’avocat plus lucrative que celle de maître-maçon.

Après sa. mort, sa veuve habite encore quelque temps la maison’, rue Muret, n° 8, « en laquelle soulloit demeurer défunct Jehan de Beausse, » et épouse en troisième lïoce le boulanger Guillaume Mirey.

Le nom de cet habile architecte nous a été conservé par plusieurs inscriptions lapidaires; beaucoup de savants croient même que la figure d’un des douze apôtres sculpté sur le clocher ne1 if représente son effigie. Mais la postérité, plus reconnaissante, a voulu tirer son nom de l’oubli en le donnant à la vue et à la place devant la gare du chemin de fer. Plus heure'ux, Jehan le Massonj de Chartres, qui fondit à Rouen le célèbre bourdon Georges d'Amboise , était inhumé au bas de la nef de l’église-cathédrale de cette ville. Sur la pierre qui recouvrait sa dépouille mortelle fut gravée cette inscription :

Cy dessous git Gehan le Machon De Chartres, homme de façon,

Lequel fondit dit Georges d’Amboise Qui trente six mil livres joise Mil cinq cent un, jour d’août deuxième Puis mourut le vingt huitième l.

Comment Jehan de Beausse, d’obscure famille, parvint-il à acquérir cette science si profonde de l’architecture qui frappe d’admiration ceux qûi contemplent sa merveilleuse flèche? M. Lecocq croit qu’il fut un des successeurs de ces habiles artistes des rives du Rhin qui vinrent dans nos contrées et qui so transmettaient, sans aucune jalousie, leurs procédés géométriques et les secrets particuliers de leur métier. MM. Lassus et Darcel,

1. Histoire de la cathédrale de Rouen, par de la Poinmeraye. Notice sur les cloches , p. 11.

en publiant Y Album de Villard de Honnecourt nous ont révélé les longues études entreprises par les artistes du XIIIe siècle. Quoique sachant à peine lire et écrire, ces massons , ces peyriers parcouraient pédestrement la France et F Allemagne, afin d’y acquérir la science architectonique. Villard, dès le XIIIe siècle, en passant à Chartres, admire la hardiesse et F exécution' de la rosace du portail occidental et s’empresse d’en retracer le fidèle dessin sur son album en vélin 1.

Tandis que Jehan de Beausse rehaussait sa belle pyramide, la piété des souverains décorait l’église de plusieurs ornements. Anne de Bretagne, dans son pèlerinage en 1500, donnait la cloche qui porta son nom, en échange d’un enfant de chœur, nommé Le Febvre, à la voix mélodieuse, qu’elle obtint du chapitre. Il paraît que Le Febvre, devenu clerc de la chapelle de la reine, donna plus tard au chapitre de Chartres une somme de 3000 livres, à condition qu’on sonnerait cette cloche, depuis la Q'uasimodo jusqu’à la Trinité, une heure par jour, de six à sept heures du soir2.

Le chapitre fit placer vers cette époque, sur une colonne élevée près d’une des arcades du jubé, une célèbre statue dont la première mention remonte à l’an 1519. Cette statue, désignée sous le nom de Vierge noire ou Vierge du pilier 3, attira un nombre prodigieux de pèlerins, dès le XVIe siècle. Lie bon Rouillard qui vint s’agenouiller devant cette sainte image, raconte qu’elle fut placée sous le jubé, par l’ordre de Wastin-Desfeugerets « afin que, sans troubler le divirî service du chœur, elle fust librement exposée à la vénération de tout un peuple. L’affluence y est si commune, ajoute-t-il, et la dévotion si grande que la colomne de pierre qui soustient la dicte image

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