‹ Notre-Dame de ChartresChapitre 46 sur 92 · Michelet. Histoire de France , t. IV, p · texte numérisé non relu

Michelet. Histoire de France , t. IV, p

choisie comme le sanctuaire le plus augùste, où doit s’accomplir la réconciliation des deux familles.

Aux- portes de l’église sont placés des hommes d’armes comme en bataille, afin que le peuple là venant ne travaille point les dits seigneurs et aussi afin qu’on ne puisse voir apertement ce qu’on doit là besogner1. Un immense échafaud se dresse non pas au parvis où se font les amendes honorables, mais sur le jubé, car le duc de Bourgogne est arrivé à Grallardoiï avec six cents hommes d’armes, inspirant partout la terreur et l’effroi.

Le 3 mars 1409, le roi de France se rend à Notre-Dame et s’assied :sur un trône, auprès du crucifix, et, autour de lui, la reine, le dauphin. et sa femme, fille du duc de Bourgogne, les; rois de. Sicile et de Navarre, les ducs de Berry et de Bourbon, le cardinal de Bar, le marquis de Pont, son frère, rarchevèq'ue de Sens, et quelques autres évêques et seigneurs2. A leur suite paraissent les avocats et le procureur du roi, le prévôt des marchands, les échevins, l’un des présidents du Parlement et de la Chambre des Comptes, qui avaient été mandés de Paris pour être témoins de cette triste cérémonie.

Lorsque tous les grands personnages sont réunis, que le silence le plus profond règne dans cette imposante assemblée, deux hommes paraissent, le duc de Bourgogne et le seigneur d’Ollehain. Quoique Jean sans peur soit le meurtrier du duc d’Orléans, le cruel vainqueur des Liégeois, pas un murmure ne s’élève, quelques larmes seulement coulent, parce que le duc de Bourgogne est un de ces seigneurs terribles dans leur colère, que les grands et le peuple redoutent. Jean s’avance donc, suivi de son avocat, met un genou en terre devant le trône et laisse la parole au seig'néur d’Ollehain.

1. Chronique d' Enguerrcmd de Monstochet, édit. Buchon, p. 144.

2. Histoire du diocèse de Chartres, par le chanoine Souchet, t. III,

p. 296, Chartres, 1886. ; ‘ J

« Sire, dit celui-ci; voici Monseigneur le duc de Bourgogne, votre cousin et serviteur, qui est venu par devers vous, parce qu’on lui a dit que vous étiez indigné contre lui, a cause du fait qu’il a commis et fait faire sur la personne du duc d’Orléans, votre frère, pour le bien; de votre royaume et de vous. Il est prêt à voüs le prouver et faire savoir, quand vous le voudrez; pourtant mon dit seigneur vous prie tant et aussi humblement que possible, qu’il vous plaise ne conserver dans le cœur ni colère ni indignation, lui rendre votre bonne grâce et le croire prêt à vous servir et obéir en toutes choses, sauf le plaisir de Dieu. »

L‘e duc ajoute : « Mon très redouté et souverain seigneur, ces paroles sont de moi et je vous supplie humblement de m’accorder la grâce que je vous demande1. »

Alors, le duc de Berry approche de la Reine et lui parle à voix basse, puis, mettant un genou en terre devant le Roi, ainsi que le dauphin et les rois de Sicile et de Navarre : « Sire, dit-il, nous vous prions d’accorder la requête de votre cousin le duc de Bourgogne et de lui pardonner. »

De roi, suivant le cérémonial de la réconciliation, se lève de son trône. « Mon cousin, dit-il au duc de Bourgogne, pour le bien de notre royaume, pour l’amour de la Reine et des princes du san$ royal ici présents, et aussi pour la loyauté et les bons services que nous espérons toujours trouver en vous, nous vous accordons votre demande et ypus remettons toutes choses. »

Jean sans Peur, satisfait de la réponse du roi, se retire. Les deux enfants du duc d’Orléans entrent alors avec cent chevaliers et viennent prendre place sur l’échafaud. De roi leur fait part du pardon qu’il vient d’accorder et les prie de l’avoir pour agréable et d’y consentir en leur nom, au nom de leur frère, le comte d’Angoulême, et de leur sœur, Madame Marguerite.

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