Notice sur Notre-Dame de la Brèche , p
que temps après, le chœur de Notre-Dame fut tendu de velours noir, un service funèbre fut solennellement célébré pour le repos de l’âme du monarque dont Déloge fut prononcé en présence d’une nombreuse assemblée. L’évêque Nicolas de Th ou était descendu dans la tombe depuis 1593, lorsque la peste décimait son vaste diocèse.
1^ ib
PÈLERINAGE NATIONAL LE 12 SEPTEMBRE 1876 MILLÉNAIRE DE LA DONATION DU VOILE DE LA SAINTE VIERGE A L’ÉGLISE DE CHARTRES.
Dès le 11 septembre, l’animation se fait sentir aux abords de la cathédrale. De nombreux étrangers sont accourus et se hâtent de visiter les autels privilégiés de Marie. Notre-Dame du F Hier attire surtout les fidèles qui forment une chaîne ininterrompue jusqu’au soir.
Aux arrivées des trains, Une voiture, envoyée par Mgr l’évêqUe de Chartres à la gare, amène au palais épiscopal de nombreux prélats, Son Excellence Mgr Méglia, nonce du Saint- Père à Paris, accompagné du secrétaire de la nonciature. A sa suite arrivent successivement Mgr Perché, archevêque de la Nouvelle-Orléans, Mgr Richard, coadjuteur de Paris, Mgr Pie, évêque de Poitiers, Mgr Ravinet, ancien évêque de Troyes, Mgr Lebreton, évêque du Puy, Mgr Roussellet, évêque de Séez, Mgr Becel, évêque de Vannes, Mgr d’Outremont, évêque du Mans, Mgr Grolléan, évêque d’Evreux, Mgr Legain, évêque de Montauban et Mgr Vitte, évêque d’Anastasiopolis et préfet apostolique de la Nouvelle-Calédonie.
Aux évêques se sont joints beaucoup de prélats, dé protonotaires apostoliques, de prêtres et de fidèles désirant de rendre à la Sainte Vierge leurs hommages dans l’antique sanctuaire consacré à son culte, et de vénérer la relique si justement célèbre. La relique avait été transférée avant la fête dans Une monstrance, don de plusieurs dames de Paris. Cette riche monstrance, véritable œuvre d’art exécutée en quelques
semaines, laissait voir dans son entier la sainte relique et rappelait dans quatre magnifiques écussons les miracles opérés par la Vierge.
Le lendemain, la ville se réveille au chant A Ave Maria. Les clochers font retentir ce cantique dans leurs joyeuses volées. Une oriflamme aux couleurs de Marie se balance à l’extrémité de la plus haute flèche de l’église. Le ciel pur et serein semble favoriser l’élan des populations qui sont accourues à l’appel de l’évêque de Chartres. De nombreux prêtres, bien' avant l’aurore, se sont rendus aux vingt-cinq autels préparés à l’église supérieure et à la crypte; des messes se succèdent jusqu’après midi.
Vers sept heures, des députations du clergé de Chartres se rendent à la gare pour recevoir les pèlerins qui arrivent dans des trains spéciaux. Chaque groupe important est accompagné d’un chanoine ou d’un chapelain de Notre-Dame qui se dirige avec la croix vers la basilique où des autels sont assignés pour les messes particulières.
jV dix heures, une multitude considérable se- trouve vers le perron de l’église et sur la place du côté nord. Le clergé en habit de chœur est au palais épiscopal. Le bourdon sonne. C’est le signal de la translation de l’insigne relique renfermée provisoirement dans la chapelle de Mgr l’évêque et attenante à la basilique, avant l’office pontifical. Le chant du Magnificat retentit. Le grand reliquaire apparaît, porté par huit prêtres en dalmatique et, à la suite, les archevêques et évêques suivis de Son Excellence Mgr Méglia, L’entrée solennelle se fait aux sons du grand orgue qui, sous les doigts d’un artiste, surpasse tous les orchestres.
La monstrance est déposée devant le sanctuaire, sur un piédestal entouré de fleurs. Chaque évêque est à sa place respective tendue de soie rouge et surmontée de ses armoiries. Son Excellence le nonce apostolique occupe, à gauche du maître-autel, le trône réservé à l’évêque officiant. Le chœur
est occupé par les chanoines et beaucoup d’eeclésiastiques en surplis.
La messe commence, les cérémonies romaines se déploient avec toute la majesté qu’on admire toujours à Chartres. Après la bénédiction le R. P. Marcel, gardien des Capucins de Versailles, monte en chaire et célèbre de sa voix éloquente le triomphe de Marie, au milieu du plus profond recueillement des fidèles. Il rappelle les miracles que la Vierge a daigné opérer dans son église 'privilégiée et invoque sa puissante intercession en faveur de ces nombreux pèlerins accourus, comme au moyen âge, de toutes les contrées.
A deux heures et demie, devant le porche méridional, se presse une multitude de fidèles. Des milliers de voix se font entendre aux strophes d'un petit cantique ave , ave , ave Maria. Les pontifes apparaissent et bénissent le peuple. Les vêpres se chantent tandis que s’organise la procession.
Autour de la cathédrale, une forêt de mâts vénitiens agite ses oriflammes blanches et bleues, portant inscrites les litanies de la Sainte Vierge. La grande façade de la cathédrale étale ses banderoles et ses écussons avec les devises : Ati Pontife ! Au Docteur infaillible ! A Pie IX qui a couronné Notre-Dame de Chartres ! Au Nonce apostolique qui est venu nous visiter au nom du Saint-Père !
Un peloton de dragons ouvre la marche; à sa suite vient une députation de Rambouillet, puis les paroisses du diocèse de Chartres avec bannières, des pèlerins de différents diocèses avec de nombreux ex-voto qui seront laissés aux sanctuaires de Notre-Dame. Ce ne sont partout que banderoles, bannières et reposoirs, surtout à la porte du séminaire où la statue de la Vierge repose sur un tronc entouré de longs et vastes voiles. A1 cet admirable reposoir aboutissent deux lignes immenses de mâts vénitiens avec larges bannières ; toutes ont leurs inscriptions : cent quinze évêques y sont nommés avec leurs titres de gloi-
re. Ces légendes chronologiques conduisent le lecteur de siècle en siècle jusqu’à l’épiscopat de Mgr Régnault : touchante idée de faire assister ainsi à la glorification de Marie les cent quinze évêques de Notre-Dame, qui ont tous témoigné leur plus tendre dévotion à la Vierge immaculée !
A1 la suite des prêtres et des chanoines apparaît la précieusè monstrance, portée par des prêtres en dalmatique. Le superbe reliquaire permet de voir entre deux cristaux l’objet vénéré, le voile de la Sainte Vierge, qui se déploie en écharpe sur une traverse surmontée d’un lis d’or. Des anges d’or, agenouillés à droite et à gauche de la châsse, rendent hommage à la Mère du Sauveur.
Derrière ce véritable trésor de l’église viennent les archevêques et les évêques bénissant le peuple et, à leur suite, un groupe de religieux et de pèlerins. La marché est enfin fermée par un peloton de soldats.
Les groupes se rendent dans la crypte ; cette seconde cathédrale, illuminée de 250 lampes et d’un' nombre incalculable de flambeaux, présente un coup d’œil féerique. La foule, durant trois heures, parcourt l’église souterraine, tandis qUe dans l’église supérieure la fête se terminait par un salut solennel du Saint Sacrement.
La nuit arrivée, Chartres est toujours en fête; ses rues ruissellent de lumière. Transparents, lanternes vénitiennes, cordons de becs de gaz, chaque maison’ a voulu contribuer aux magnificences tant désirées. Mais, ce qui frappe surtout, c'est le rayonnement de la cathédrale éclairée par les feux de bengale. Flèches interminables, clochetons et contreforts, crête de l’édifice, tout est mis en relief par la projection de feux multicolores. ,
Le lendemain, le R’. P. Marcel montait encore en chaire et, à’ l’occasion des noces d’or et d’argent de Mgr Régnault, rappelait aux auditeurs les vertus de l’éminent prélat qui avait
déployé tout son zèle pour restaurer la basiliçpie consacrée à la Reine des deux 1.
1. La Voix de Notre-Dame de Chartres, 20 année, octobre 1876. Pèlerinage national du 12 septembre 1876, millénaire de la donation du voile de la Sainte Vierge à l’église de Chartres.