‹ Notre-Dame de ChartresChapitre 68 sur 92 · DESCRIPTION DE LA GROTTE AU TEMPS DE ROUILLARD · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE LA GROTTE AU TEMPS DE ROUILLARD

La grotte contient autant de longueur, largeur et circuit que font toutes les ailes simples et doubles de la nef de la grande . église, bastie dessus le chœur et chapelles qui sont à l’entour d’icelui. Au dedans d’icelle église supérieure, contre le pied des deux grands clochers ou pyramides sont deux portes opposées l’une à l’autre, l’une du oosté du septentrion et l’autre du midi qui en font l’entrée et sortie, spécialement lorsqu’on y va en procession.

L’on y descend par de beaux escaliers de pierre de taille à plusieurs degrés. Quand on y est, on se sent incontinent surpris de je ne scai quelle horreur et d’une dévotion surpassant la commune. On y void ce lieu soubsterrain, cambré de fortes voûtes, clair presque partout, à cause du soleil qui luist dedans, qui faict qu’il n’est point humide, ny ne sent aucun remeugle qui nuise à la santé.

Il y a treize chappelles basties en diverses endroicts ; celles que le jour visite se montrent admirables. La première et principale est celle de la Vierge consacrée par sainct Potentien à l’autel et image des anciens Druides. Derrière lequel autel y ha comme un petit cachot et à costé est Le dict puits des saincts Forts, aujourd’hui environné de treillis et balustres, L a principale dévotion de toute l’église chartraine est à ce sainct autel et par la révérence d’icelui n’y ha aucun bénéfice qui en porte le tiltre : Ains seulement s’appelle Vaiir tel de Nostre Dame soubs terre.

N.-D. de Chartres.

Pour l'intelligence des autres chapelles convient de présupposer qu’en l’église y ha ce qu’on appelle les dix et ce qu’on nomme les six autels. C’est qu’on les tient les premiers de tous et si anciens qu’il n’y ha autre mémoire de leur fondation, sinon qu’on croid qu’ils aient esté bénis et consacrez par le dict sainct Potentien et ses autres collègues, sectateurs et disciples.

De ces dix autels y en ha cinq en l’église haulte et cinq en la Grotte, Scavoir Yautel des saincts Forts , autrement de saincte Savine et Potentienne, de sainct Jehan Baptiste auquel sainct Savinien en dédia un dans l’église de Sens, sainct 'Denis , sainct Christofle et sainct Fierre aux liens. Lesquels autels sont à la collation du soubs doïen et à la présentation du chevecier de l’église.

A l’esgard des six autels lesquels il confère aussi de plein droict, on en peut recongnoistre l’antiquité en ce qu’ils sont fondez d’aucun revenu, digne de la pauvreté de l’Eglise primitive. L’un seul d’iceux est en la basilique supérieure, les cinq autres en la grotte. Scavoir l’autel de la bienheureuse Trinité, de S. Thomas, de S. Clément, de saincte Catherine ou de la Magdeleine, de S. Pol ou saincte Marguerite avec deux aultres qui font treize en tout, y compris le premier de la Vierge.

A costé duquel vers le septentrion y a une allée voûtée, de laquelle par escaliers de pierre on monte au portique de la porte septentrionalle, de la dicte grande église. Au milieu de laquelle allée voûtée à main droicte est une porte par laquelle on entre dessous le bastiment du revestiaire de la dicte église supérieure et contient ce dessoubs cambré d’une forte voûte autant de longueur et largeur que le dit revestiaire. Lequel lieu est presque rempli de petites prisons et cachots où plusieurs martyrs furent enfermez lors de la persécution... Sans omettre le cachot estant au dessoubs du maître-ante ! auquel ils faisoient leur service divin. A la sortie vers le midi sont les fonts baptismaux.

Rouillard raconte que la Grotte ne fut point abandonnée par les premiers chrétiens :

Au reste, si les idolâtres romains faisoient si soigneusement garder leur palladium par des vierges vestales, à plus forte raison doïbbon approuver l’extrême cure qu’ont eu les Chartrains de faire assiduellement garder la dicte saincte Grotte par des personnes fidelles et de vie sans reproche. Un vieil tiltre de l’abbaïe S. Père de Chartres de l’an 1315 parle d’un maistre Jehan de Campfil prestre, lequel il appelle personne du sainct lieu fort et contient le transcript d’un testament de feu maistre Laurent Voisin, chanoine et chancellier de l’église de Chartres, par lequel il donne quelque bien à l’abbé dudit S. Père pour en faire délivrance au dit de Campfil, personne du dict sainct lieu fort.

Tellement qu’on collige de là que c’estoient au commencement des hommes ecclésiastiques qui gardoient ce S. lieu, lesquels couchoient et levoient dans icelui et demeuroient en de petites chambres qui sont encores à l’entrée de la Grotte. Du depuis y furent mises des filles dévotes qui s'appelaient les filles des SS. lieux forts. A présent y a une seule fille ou veuve dévote qui a des servantes soubs elle et gardent assiduellement ensemble les dicts SS. lieux, faisants leur perpétuelle résidence es dictes chambrettes dressées à cet effect.

Elle est vulgairement nommée la dame des SS. lieux forts ou des grottes et à un fort beau revenu de fondation pour sa nourriture et entretenement. Aussi est-elle tenue d’avoir le soing des ornements de la dicte chapelle de Nostre-Dame, de fournir de tous ornemens pour célébrer la messe à tous prebstres, quels qu’ils soient, qui la vont chanter au dit lieu, de leur bailler pain et vin et autres choses nécessaires à ce divin service.

Je trouve par les anciennes Chartes que les dictes personnes estoient commises à la garde des dictes grottes aussi pour autre occasion : scavoir pour y recevoir les pèlerins et

malades, qui y alloient en dévotion, comme on y ha toUsiours abondé de tous les coings du monde. Et tant pour cette cause qU’autres jà dessus dictes, la dicte grotte auroit été qualifiée l 'hospital du S. lieu fort , comme appert par un titre du 3 octobre 1403 auquel sont nommées les sœurs du dit Hospital en cette sorte, Perrine la M'artinelle, Maistresse, Jehanne Laffidée, Laurence la Verrière et Julliotte la Herberelle, sœurs de Y Hospital du S. lieu fort, en l’église de Chartres 1.

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