‹ Notre-Dame de ChartresChapitre 8 sur 92 · FULBERT (1OO7-IO · texte numérisé non relu

FULBERT (1OO7-IO

« C’est un prélat insigne et des louanges duquel ma plume ne se peut assouvir ny en prose ny en vers. » (S. Rouillard, Parthénie, p. 30).

Lorsque les pèlerins visitaient, au Xe siècle, la ville de Chartres, ils ne venaient pas encore contempler cette majestueuse cathédrale dont la splendeur frappe d’admiration. Ils venaient vénérer la sainte relique à laquelle les Chartrains avaient dû leur salut, et dont les chroniqueurs de l’époque vantaient l’insigne vertu. Ils savaient, en outre, que des prodiges s’opéraient, de temps en temps, dans une grotte mystérieuse, devant Une antique madone. L’église de Chartres n’offrait cependant alors rien de remarquable dans son architecture. Ce n’étail qu’une de ces pâles copies des monuments romains où les arcades se trouvaient entassées sous de sombres nefs et sous des Voûtes écrasées. On ne savait pas encore construire de larges voûtes. Les églises n’avaient qu’un plafond en bois, composé de poutres et de solives apparentes, richement moulurées, sculptées et peintes. Les pèlerins avaient déjà versé! d’abondantes aumônes lorsque Thibaut le Tricheur, comte dei Chartres, se crut assez puissant pour attaquer le duc des! Normands et pour pénétrer jusqu’aux portes de Rouen. Lès représailles furent si sanglantes, qu’au dire de quelques chroniqueurs, toute la Beauce fut ravagée et la ville de Chartres] incendiée.

L’évêque Vulphard rétablit la cathédrale qui avait été restaurée par Godassald et agrandit les cryptes. Non content de relever le martyrium 1 de Gislebert, il y ajouta un ensemble! de constructions destiné à le rendre impénétrable et à sauvegarder l’insigne relique de son église.

1. On appelait martyrium un caveau destiné à contenir les reliques des martyrs. Agrandi par Fulbert, il servit à conserver les richesses du trésor pendant les guerres et fut témoin d’un miracle raconté par, Jean le Marchant, dans le Poème des miracles. J

Longtemps après éclate subitement, dans la nuit du 7 au 8 septembre 1020, un horrible incendie qui réduit en cendres la cathédrale. Fulbert, qui occupait alors le siège de la cité, déplora les malheurs de son église et résolut de la faire reconstruire avec magnificence. L’humanité se levait alors de son agonie, se mettait à bâtir et à secouer les haillons de sa vieillesse pour vêtir, dit Raoul Glaber, la robe blanche des églises. Fulbert, qui se trouvait, par ses talents, en relation avec tous les grands personnages de France et de l’étranger, leur écrivit pour leur demander des secours. Il n’ose point se Tendre à Paris, à la cour du bon roi Robert, car il craint, sur la route, la vipère qui se cache dans les sentiers et le serpent dont il entend les sifflements.

Loin de prendre les armes contre l’audacieux Gauzfred, vicomte de Châteaudun, il aime mieux envoyer un élève a Paris1. Touché des malheurs de l’église de Chartres, le roi Robert répondit à l’illustre pontife et lui envoya de grosses sommes. Son exemple fut suivi par Guillaume, duc d’Aquitaine, par Richard, duc de Normandie et par Canut, roi de Danemark, qui voulurent aussi concourir à la reconstruction de l’église Sainte-Marie. Le comte Eudes, alors absent, fit don de quelques sommes et de quelques terres 2.

Les travaux furent poussés avec tant d’activité que les cryptes furent achevées en deux ans. Au-dessus s’éleva, comme par enchantement, une belle et magnifique église. Fulbert n’eut point la consolation de voir son œuvre entièrement achevée, car lorsqu’il mourut en 1029, il laissa la plus grande partie de^a fortune pour l’achèvement de sa cathédrale.

Ce dut être un jour de deuil bien profond, lorsque la dépouille mortelle de ce saint pontife fut confiée à la tombe, car par l’étendue de ses connaissances, Fulbert avait attiré,

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