Opéra Fulberti, Patrologia, t. 111, epistola
2. Carlulairc de Notre-Dame de Chartres , t. III, nécrologe de l’église de Chartres.
N.*D. de Chartres. a
près de lui, les rares esprits qui s’adonnaient a cette époque à. la culture des lettres. On sait qu’il enseignait dans son jardin près de la chapelle épiscopale et que de son école sortirent d’illustres disciples, parmi lesquels on cite surtout Hildier, habile dans la médecine, Lambert et Engelbert, dont l’escarcelle se gonfla de l’argent de la jeunesse studieuse, et le bourguignon .Walter, dont les travaux alimentèrent toutes les écoles de l’Europe.
Fulbert eut d’habiles continuateurs, tels que Gilbert de la Porée, saint Yves et Jean de Salisbury qui devinrent évêques de Chartres1.
Il fut inhumé dans le chœur de l’église de l’abbaye de Saint- Père par les soins de Sigon, son disciple chéri qui, non seulement lui fit faire un riche tombeau, mais qui écrivit encore son éloge funèbre qui fut enluminé par André de Mici 2.
La cathédrale élevée par Fulbert et dont nous avons un croquis dans une miniature d’André de Mici devait avoir près de cent mètres de profondeur sur une largeur d’environ
1. Histoire de Chartres, par de Lépinois, t. I, p. 52. M. l’abbé Clerval a publié dans les Mémoires de la Société archéologique d'Eure-et- Loir un remarquable travail sur les écoles de Chartres au moyen âge. Fulbert, appelé par ses disciples vénérable Socrate, enseignait toutes les sciences humaines, connues à son époque, et mérita ce que le nécrologe constate de ses talents et de ses vertus : Obiit dilectus Deo et hominibus pater noster bone memorie Fulbertus hujus sancte sedis episcopus, lux preclara mundo a Deo data, pauperum sustentator, desolatorum consolator, predonum et latronum refrenator, vir eîoquentissimus et sapientissimus qui discipline et sapientie radiis hune illuminavit et clericis suis multa bona fecit. Cartulaire de Notre-Dame de Chartres , t. III, p. 85.
2. Le portrait de Fulbert nous a été conservé par André de Mici dans le manuscrit latin du Xle siècle. M. Lecocq en signale un autre qui existe dans l’église Saint-Hilaire de Poitiers, où il est représenté comme un saint. Mémoires de la société archéologique d' Eure-et-Loir, t. VI, p, 346.
On appelait tumulus, au moyen âge, l’éloge funèbre écrit immédiatement après la mort d’un personnage illustre. Dans le tumulus écrit par Sigon, on a, outre le portrait de Fulbert, le croquis de sa cathédrale. Un manuscrit chartrain du XL siècle, par MM. Merlet et Clerval, in-4o, Chartres, 1900.
trente mètres. Primitivement le chœur des basiliques était fermé par une simple abside. Les autels étaient placés à l’intérieur, dans la nef et dans les bas-côtés. Mais au Xe siècle on édifia autour de l’abside des chapelles et pour accéder à ces chapelles on construisit des allées demi-circulaires ou déambulatoires et pour éclairer l’abside on fut forcé de prendre jour sur ces allées. La cathédrale de Fulbert gui mesurait 108 mètres de longueur sur 35 de largeur se composait déjà de hors-d’œuvre, du transept, de nefs collatérales et de nefs déambulatoires autour du chœur. Lie chevet se terminait même par trois chapelles absidales.
On peut se demander avec quelles ressources le saint pontife put édifier si promptement sa basilique.
A cette époque la moblesse, le clergé et la population du pays fournissaient, les uns de l’argent et des matériaux, les autres contribuaient à la construction par leurs travaux manuels et par leurs corvées volontaires. Fulbert se rendit même à Rome pour obtenir des indulgences en faveur de ceux qui donneraient et pour demander l’autorisation de quêter et de poiter les reliques de l’église chartraine dans tous les diocèses de la France et des contrées voisines.
Parmi les donateurs, on cite surtout le roi Henri qui fit faire les voûtes, le médecin de ce roi, Jean le Sourd, qui fit construire le porche méridional, Teudon, qui donna la châsse d’or où fut déposée la sainte tunique, Bernard, chevecier de l’église, et Jean, charpentier, qui fit pendre une cloche pesant 5.000 livres. Huit ans s’étaient à peine écoulés que la cathédrale était décorée et livrée au culte. L’évêquo Thierry en fit la dédicace solennelle le 19 octobre 1037, en présence du roi Henri et de toute sa cour1.
L’architecte qui présida à la reconstruction de la cathédrale paraît avoir été Bérenger qui, dans le nécrologe, est qualifié
J. Un manuscrit cliartrain (lu XIc siècle.
d’habile artiste1. Son successeur fut Vital, dont le nom nous a été également conservé dans le nécrologe 2.
Soit que l’église construite par Fulbert, puis dédiée par Thierry, n’eût pas été complètement terminée, soit que les habitants de Chartres eussent voulu la décorer de tous les ornements de l’époque, nous voyons de nobles personnages concourir de tous leurs efforts à son embellissement. Adélard, doyen du Chapitre, donne de grosses sommes pour la construction d’une tour ; saint Yves fait élever un magnifique jubé, orne la cathédrale de vitraux et de peintures murales et fait placer, dans les tours des cloches envoyées par Mathilde, reine d’Angleterre3. Cette princesse fait encore rétablir les toits de la cathédrale, tandis qu’Adèle, comtesse de Chartres, laisse une somme pour édifier un petit clocher.
Longtemps après le départ de Bohémond, prince d’Antioche, qui, debout sur les marches de l’autel de la Vierge, avait appelé les chevaliers à la défense de la Terre Sainte, de pauyres ouvriers normands viennent offrir leurs truelles et leurs marteaux « pour la décoration de Notre-Dame. » Les pèlerins n’ont quitté leur évêque que pour accomplir le vœu qu’ils ont fait de travailler pour l'amour de la Vierge. Voyageant par petites bandes, formant une vaste association, ils n’admettent aucun ouvrier, à moins qu’il ne se soit confessé et réconcilié avec ses ennemis. Arrivés à Chartres, ils élisent Un chef et tirent sous sa conduite leurs chariots en silence et avec; humilité.
Ce qui frappé d’admiration, c’est de voir des hommes puis-
1. Obiit Berengarius hujus matris ecclesie artifex bonus. Manuscrit, p. 180, Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, t. III, p. 204.
2. Vitalis artifex hujus, sancte ecclesie qui reliquit canonicis ejusdem ecclesie, très quadrantes vineæ post decessum Ebrardi filii sui. Notre Dame de Chartres était ornée de vitraux à cette époque, décora vitrea, preciosa vitrea. T. III, p. 136.- M. Lecocq, dans ses recherches sur les architectes de Notre-Dame, cite encore Jean, fils de Vital, et avant lui Theudon et Mantald.