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Provoire, prêtre

LES ENSEIGNES ET LES CHEMISETTES l DE NOTRE-DAME DE CHARTRES.

L’usage des pèlerinages n’était pas inconnu avant l’ère chrétienne. Les Egyptiens et les Grecs possédaient des temples privilégiés. Ceux de Diane à Ephèse, de Minerve à Athènes, de Jupiter à Olympie, de Junon à Samos et d’Esculape à Epidaure étaient encombrés de visiteurs qui venaient implorer le secours de la divinité. La loi mosaïque ordonnait à bous les Juifs de se rendre au temple à une certaine époque de l’année et de faire la Pâque à Jérusalem.

Les pèlerinages commencèrent dès les premiers siècles de la religion chrétienne, soit pour accomplir quelque vœu, soit pour expier des fautes graves. Saint Augustin, dans la Cité fde Dieu , nous montre le tombeau de saint Etienne environné d’un grand nombre de pèlerins et rapporte les prodiges qui s’y opéraient. Nos rois protégèrent dès l’origine de la monarchie ces migrations de fidèles. Dagobert pourvut dès 631 à leur sécurité par des stipulations précises. Il défendit de leur nuire soit dans leurs personnes, soit dans leurs biens. Pépin, par une ordonnance de 755, les affranchit, eux et leurs bagages, de tout péage des bacs et des ponts qui se trouvaient sur leur passage. Charlemagne, par une ordonnance de 802, défend de leur refuser l’hospitalité et enjoint de leur fournir le logement, le feu et l’eau, exhortant même ses sujets h les traiter, chacun suivant sa fortune.

Quoique les routes fusent peu sûres, longues et difficiles, bon nombre de gens s’empressaient de prendre la robe et le

bâton de pèlerin. Ils étaient regardés comme des personnes sacrées et l’excommunication frappait quiconque osait porter sur eux une main sacrilège. Raoul Glaber rapporte que la ferveur religieuse se manifesta surtout vers l’an 1000 et qu’une foule innombrable se dirigeait vers le tombeau du Sauveur à Jérusalem. L’affluence des pèlerins effraya les Arabes qui, craignant une invasion, firent subir aux chrétiens toutes sortes d’outrages et provoquèrent les Croisades.

Parmi les lieux fréquentés on cite surtout Jérusalem, célè bre par le tombeau de Jésus-Christ; Rome, par celui des apôtres saint Pierre et saint Paul; Saint-Jacques de Compostelle. en Espagne et en France les Notre-Dame de Liesse, de Chartres, du Puy et de Boulogne. Roulliard affirme que Notre-Dame de Chartres attirait surtout les pèlerins, même de son temps, à cause des nombreux miracles opérés devant ses madones..

Le chapitre de Notre-Dame à la vue de tant de personnes accourues dans leur cité dut sans doute faire fabriquer quel que médaille ou enseigne qui devait rappeler aux fidèles leur pieux voyage au sanctuaire privilégié de Marie. Les premiers titres authentiques concernant les enseignes ne remontent ce pendant qu’au 7 septembre 1390. Cette année, Hamon le Que noillier reconnaît qu’il a reçu le droit de vendre des enseigne# ou images sur les degrés de l’église moyennant onze livres par an. Le 7 septembre 1453 des actes de procédure sont dressés contre des gens qui avaient exposé des enseignes, la veille de l’ouverture de la foire de Notre-Dame.

D’après les savantes recherches de M. Lecocq, les fêtes de la Conception et de Y Annonciation attiraient tant de pèle rins que tout le cloître dans son pourtour et jusqu’auprès de£ maisons canoniales était garni de petites boutiques séden taires qui servaient aux marchands forains étrangers, pour exposer leurs marchandises, mais la vente des enseignes el images sur lesquelles était figurée Notre-Dame de Chartres leur était interdite, parce que cette vente était un privilège spécial que le chapitre accordait à quelques personnes par

un bail. Chaque cathédrale tirait profit de la vente des objets religieux destinés aux fidèles.

Parmi les recettes de l’église principale de Troyes on compte celles qui suivent :

« De Jehan Sauçoy, le jeune et sa mère, pour les étaux à vendre miracles1 contre la porte de l’église aux Vierges2, reçu 11 sous 61 deniers.

» De Pierre Fournerat lequel a tenu les loyers des étaux des merciers et autres gens qui ont vendu devant l’église pendant les deux Vierges, IV**, XVII s., VI d.

» De Berthauld Michaud, mercier, lequel a admoissonné 3 pour cette année des loyers des estaulx merciers et autres gens qui ont vendu, LXV s. 4 ».

Les enseignes appelées chemisettes de Notre-Dame de Chartres affectaient au XVe siècle la forme d’une chemise ayant à son sommet une belière pour la suspendre. Ces chemisettes existaient en 1473 comme M. Merlet l’a constaté dans un inventaire de cette année dans lequel il est fait mention de « quatre chemises de linge de la Vierge de Chartres. »

Le chapitre, dont le sceau représentait Y Annonciation, adopta la configuration de la chemise de la Vierge. Le premier personnage qui prit cet emblème serait, d’après M, Lecocq, Régnault de Paris, chanoine et chevecier de la cathédrale en 1450. Souchet, dans son Histoire du diocèse de Chartres , raconte que Louis XI ayant été assuré de la mort du duc de Bourgogne partit de Tours en 1478 pour se rendre en pèlerinage à' Chartres. Quelques auteurs croient qu’il portait une chemisette à son chapeau et qu’il invoquait toujours la Vierge avant d’entreprendre quelque chose importante. Enfermé dans

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