‹ Notre-Dame de GroeningheChapitre 6 sur 13 · PREMIER CANTIQUE · texte numérisé non relu

PREMIER CANTIQUE

Robert.

Messire Lambert, où allez-vous donc d'un pas si précipité , traversant si vite la plaine de Groeninghe ?

Lambert*

Je vais en toute hâte à la ville de Courtrai, pour y prier Marie, Cette mère dè miséricorde y opère de nombreux prodiges ; elle console tous ceux qui sont dans la tristesse et qui l'invoquent.

Robert.

Je veux y aller avec vous, pour saluer Marie. C'est à ses pieds que Ton trouve la joie et le repos de son âme, comme chacun l'éprouve. Mais savezvous comment cette image est arrivée à Groe-

ninghe, et de quelle matière elle est faite ? Instruisez-moi, je vous prie.

Lambert.

Je veux satisfaire votre pieuse curiosité : écoutez-moi donc. Cette image représente Marie debout avec l'enfant Jésus qu'elle porte sur le bras gauche. Elle est prête toujours à entendre nos prières.

Dans sa main droite, elle tient un sceptre. Car elle commande au ciel; elle remplit d'effroi les enfers, parce qu'elle nous témoigne son amour en ces lieux. De quelle matière est-elle faite? Personne ne saurait le dire exactement : elle est blanche, et sa hauteur ne mesure pas un pied.

Au temps de Gui de Damplerre, ce présent fut envoyé du ciel , dans un bois , aux environs de Rome. Les anges eux-mêmes le firent connaître. Ces lieux retentirent de leurs voix joyeuses et de leurs chants mélodieux : une lumière éblouissante ravissait tous les yeux.

Apprenant ces merveilles , le pape vint en ces lieux ; il y trouva cette image, et l'apporta à Rome en grande pompe. Plus tard il en fit don à la noble Béatrice. Oh ! qu'elle mérite mes éloges cette princesse, et qu'elle fut bien inspirée, en transportant ce trésor à Groeninghe, près la ville deCourtrai! Quatorze ans plus tard, en l'an 1302, la puis-

sance française avec toutes ses forces, songeait à désoler la Flandre. Mais Marie a confondu ce noir projet. Elle apparut brillante au roi Sigis, et lui prédit son malheur.

Quels sont ces lieux , demanda-t-il , qui étincellent d'une clarté céleste ? On lui répondit; c'est Groeninghe. — Malheur à moi, s'ecrie le prince; c'est là que je dois mourir. Il y fut tué en effet et la puissance de Dieu extermina toutes les bandes françaises.

La France fut acCablée, et la Flandre sauvée. Notre-Dame est un palladium céleste : comme jadis elle nous protège et prie sans relâche pour notre liberté. De son regard elle dompte les esprits infernaux ; elle foule aux pieds leur puissance. 0 ville de Courtrai, placez toujours en elle votre confiance.

0 Courtrai , vénérez cette image : elle est votre force et votre appui. Que de miracles s'opèrent dans vos murs ! toute la chrétienté y accourt pour apporter de riches offrandes.

Refugions-noiis donc au pied de cette sainte image, en ces temps de malheur. Prions Marie de venir en aide à la sainte Eglise qui combat. La sainte Eglise n'est-elle pas assaillie d'ennemis nombreux ? Nous vous prions donc , ô Marie, ô noble Reine ; soyez notre avocate auprès de Dieu : qu'il ait pitié de nous ; et qu'il nous donne la paix. Priez aussi pour la couronne d'Espagne et pour les

Pays-Bas. Que Dieu conserve ceux qui défendent la foi au prix de leurs biens , de leur sang, et qui luttent pour son épouse.

Toute puissance, ô Marie, vous a été donnée sur la guerre. Préservez-nous de l'hérésie et abattez la cruauté de Mars. Par votre miséricorde, donnez à ceux qui nous gouvernent, une sagesse à toute épreuve ; donnez-la à nos magistrats, et faites-nous la grâce de vivre en paix dans notre pays.

Page 1