Notre-Dame de la Butte
A femme de ménage entra à pas de loup dans la chambre; elle entr'oiuTit les rideaux de la fenêtre et jeta un coup d'œil sur l'alcôve.
Roulés dans les couvertures, Paul Dornans et Chaufferette dormaient profondément.
Alors, sans bruit, elle se mit en devoir d'allumer le feu.
Elle allait sortir quand Paul Dornans ouvrit les yeux. Il s'étira longuement et après un bâillement sonore :
— C'est vous, madame Eulalie ? Quelle heure est-il ?
— Dix heures, monsieur, il fait grand jour.
— Ah ! zut ! Moi qui avais à travailler !
— Faut-il vous apporter votre lait ?
— Oui, oui, vous pouvez.
Puis, se tournant vers sa compagne :
— Eh ! La Chauffe, quoi ? On dort les uns sans les autres ! Allons, voyons, secoue-toi un peu ! On va bouffer.
— Laisse-moi tranquille, j'ai sommeil.
— Penses-tu... à dix heures du matin !
Et comme Chaufferette paraissait ne vouloir tenir aucun compte des injonctions de son amant, celui-ci passa en riant son bras sous la couverture.
Cette fois, Chaufferette bondit et se dressa sur son séant, secouant sa jolie tête blonde, tout ébouriffée.
— C'est stupide, cette manie de me chatouiller ! Tu sais que je déteste ça, le matin... Puisque je te dis que je suis fatiguée. Tu vas me flanquer de mauvaise humeur pour toute la journée. Ce sera bien fait pour toi !
— Je parie que madame s'est encore couchée à des heures pitoyables, fit en rentrant la mère Eulalie.
Et elle déposa sur la table de nuit deux tasses de lait fumant et deux croissants.
— A deux heures du matin, nous étions encore place Pigalle.
— A qui la faute! riposta Dornans, tu as voulu souper.
— Je te crois, je crevais de faim !
Et tout en savourant à petites gorgées sa tasse de lait, Chaufferette expliqua.
— Vous savez, mère Eulalie, à quelle heure monsieur est descendu... Il ne faisait pas encore nuit... Monsieur allait à son tripot, naturellement ! Et je devais le prendre pour dîner... Savez-vous combien detemps il m'a fait poiroter dans le petit salon du cercle ?... Jusqu'à huit heures! Ah!
je les connais, les illustrés du jour...
Et puis, comme c'était répétition générale aux Bouffes et qu'il était temps de partir, si on voulait assister au premier acte, on s'est mis une ceinture...
—* Vous n'avez pas dîné ?...
— En fait de dîner, un bock au premier entr'acte. Et avec ça, une pièce rasoir embêtante ! Au deuxième acte, v'ià monsieur
Paul qui me lâche : — « Tu me raconteras la fin, je ne tiens pas à l'attendre, c'est trop idiot! » Et il file.
— Fallait bien que j'essaye de me refaire, j'avais perdu toute la soirée.
— Une riche idée que tu as eue là ! Tu peux causer ! Il fde donc et quand, à minuit, je le rejoins, après m'être barbée toute la soirée, monsieur était complètement décavé... fauché comme les blés !
— Pas vrai ! s'écria Paul Dornans, il me restait quarante sous... que j'ai conservés précieusement. Et ils sont là, les quarante sous, qui ne doivent rien à personne ! ajouta-t-il en montrant sur la table de nuit deux pièces de un franc. Voilà ce qui reste d'une fortune !
— Et c'est demain Noël, et il n'aura rien à toucher avant deux jours ! Ah ! nous sommes propres, tu peux rigoler !
— Eh ! Jésus, mon Dieu ! s'exclama la mère Eulalie, comment c'est-y que vous allez faire, alors?.,. Et les messieurs et dames que vous avez invités pour le réveillon de ce soir !
— Calmez-vous, excellente Eulahe, j'ai pensé à tout. Si nous n'avons pas le nécessaire, nous possédons le superflu... C'est toujours comme ça, quand on a bonne mine et pas trop mauvaise réputation... Laissez-moi donc compléter le récit de madame et éclairer certains détails sur lesquels sa mauvaise foi native a étendu de sombres voiles Si madame Chaufferette eut été franche, elle eut ajouté que je n'étais pas affecté ou-
tre mesure d'un contretemps malheureusement trop fréquent et auquel par suite elle devrait être habituée... Nous sommes à minuit tranquillement remontés à Montmartre et je lui ai offert à l'œil un joli petit souper auquel elle a d'ailleurs
fait royalement honneur Car nous avons l'œil à
Montmartre, Eulalie ! Et cette après-midi, un envoyé spécial de l'Abbaye de Thélème montera les victuailles variées destinées à gaver nos hôtes de ce soir... Et toujours à l'œil ! Donc, vous ^pouvez avoir le sourire... On ne crèvera pas de faim, aujourd'hui !
— Mais vous ne souperez qu'à minuit !
Dornans reposa gravement son bol vide sur la
table de nuit et d'un ton sévère :
— Etes-vous chrétienne, Eulalie ?
— Ah ! pour sûr, monsieur Paul, j'ai appris à lire chez les sœurs... alors, vous pensez !
— Puisque vous êtes chrétienne, Eulalie, vous devriez savoir que le jeûne est obligatoire la veille des grandes fêtes de l'Eglise ! Quelle plus grande fête, ajouta-t-il, avec une emphase comique, que celle qui commémore la naissance du Sauveur du monde ? Nous sommes des croyants, nous, et nous pratiquons !
— Ah ! zut, tu nous embêtes ! interrompit Chaufferette.
— La Chauffe, tu n'as pas la parole ! Donc, Eulalie, vous avez toute liberté aujourd'hui pour vaquer à vos devoirs religieux. Tout ce qu'on vous demande, c'est de dresser la table et de mettre le
couvert. Maintenant passez-moi mon caleçon et mes pantoufles !
— Faudrait tout de même que je sache combien que vous serez.
— Nous avons six invités officiels, mais mettez toujours quelques couverts en plus, car il faut compter sur l'imprévu.
Et Dornans, tout en enfdant son pantalon énuméra les six « phénomènes », conviés au réveillon.
C'était d'abord un voisin, le Discobole — de son vrai nom Barsac, — sculpteur de son état, athlète et sportsman par goût.
Puis le petit Andhré Mordhann, poète élégiaque et chevelu et enfin, Pierre Amelot le chansonnier à la mode.
Du côté femmes, Mendika, une hongroise étrange, morphinomane et éthéromane, un des modèles fameux de Montmartre ; une célébrité du Quartier Latin, Marie Pasco, camarade d'enfance de Chaufferette et cette peste de Marinette, l'amie de cœur de Pierre Amelot..
— Une équipe en compagnie de laquelle on ne s'embêtera pas, conclut Paul Dornans.
— Tu sais, dit Chaufferette, j'ai bien recommandé à Mendika d'apporter sa mandoline.
— Ça ne sera pas le plus gai de notre affaire... Enfin, on fera contre mauvaise fortune bon cœur. Quant à vous, Eulalie, maintenant que vous voilà renseignée, filez à votre cuisine. Nous avons à travailler, la Chauffe et moi.
Paul Dornans s'installa dans un fauteuil.
attira à lui un guéridon chargé de papiers,puis après avoir allumé une cigarette :
— Racontemoi maintenant, mon chou, la fin
de l'ineptie d'hier soir... i*
Au moins, si j'éreinte les
auteurs, que ce soit en connaissance de cause.
Chaufferette s'accouda sur son oreiller, et très posément :
— Tu es parti, n'est-ce pas, au moment où la fille de l'intendant disait au fils du roi : — Prince, quand même vous m'oiïririez tous les trésors
empilés dans les caves de «votre père, je vous le dis, vous ne m'auriez pas...
— Je te crois que je suis parti à ce moment-là !
— Eh bien ! voilà la suite...
Paul Dornans avait fait le désespoir de sa famille. Après de fortes études chez les Jésuites, fl avait avec beaucoup de peine, obtenu la permission de venir faire son droit.
Mais, à Paris, il se laissa vite entraîner par son goût qui le portait invinciblement vers la littérature ; il avait au bout de deux mois lâché le quartier Latin et s'était lancé dans le journalisme.
En quatre années, il avait trouvé le moyen de se créer une petite situation honorable et indépendante et dans les cénacles artistiques on commençait — excellent pronostic — à discuter son nom et à débiner sa prose.
Une première pièce, Les Rastaquouères, jouée avec quelque succès dans un théâtre du Boulevard, l'avait révélé au grand public.
Maintenant, en attendant qu'une scène hospitalière s'ouvrft de nouveau devant lui, il s'en tenait à sa chronique dramatique dans un journal très avancé, Le Tocsin, et à sa collaboration régulière dans des revues littéraires.
Réconcilié avec sa famille qui lui faisait une petite rente, il avait vécu longtemps seul, dînant au cercle, suivant les premières, menant l'exis-
tence calme et sans soucis qui convenait à son tempérament de je m'en foiitiste.
Tout au haut de la Butte, à deux pas du Sacré- Cœur, rue Cortot, il avait loué un pavillon avec jardin.
Dans ce pavillon, il avait installé une garçonnière exquise, tout encombrée de dessins, de tableaux et de livres. De la fenêtre de son cabinet la vue s'étendait sur toute la banlieue parisienne des coteaux de Montmorency aux moulins de Sannois et c'était sa joie, le matin, de contempler^ en fumant un cigare, avant de se mettre au travail, ce splendide panorama.
L'été, c'est sous une tonnelle dressée au fond de son jardin qu'il travaillait l'après-midi, enivré par les senteurs du chèvrefeuille odorant, avec, à ses pieds, son grand chien danois, le fidèle Tosco.
Sur la pelouse, le dimanche, à l'ombre des grands lilas dans lesquels nichaient les merles, venaient s'ébattre de joyeuses bandes d'artistes et de modèles et c'étaient de gais five o'clock, auxquels n'avait garde de manquer quiconque y avait été admis une fois.
A l'une de ces réunions, il avait fait la connaissance de Chaufferette, jeune et gentille fille d'aimable caractère que la gloire naissante de Paul et le confort de son installation avaient subjuguée.
Montmartroise pur sang, elle était née à la Chapelle — le quatrième quartier de Montmartre ! — d'une famille de bonnetiers ; ses parents
Pavaient laissée en pension jusqu'à l'âge de quinze ans.
Son père mort, sa mère s'était remariée ; la vie en commun avec ce nouveau ménage lui était devenue insupportable et elle avait un beau jour pris la poudre d'escampette.
Petite, mince, blonde, admirablement faite, elle avait longtemps gagné à peu près honnêtement sa vie en posant chez les peintres.
Dans ce milieu bohème et sans-gêne, elle vivait en camarade, évitant les liaisons ; peu à peu, elle s'était assimilé les théories qu'elle entendait chaque jour étaler devant elle et elle en avait conclu qu'il n'y avait d'autre vie possible que la vie libre, aux côtés d'un de ces grands enfants, qui ne rêvaient que d'Idéal et d'Art.
De là, une aversion profonde pour le monde de bourgeois et de petits boutiquiers dont elle était issue.
Pourtant son cœur n'avait pas encore parlé, quand le hasard la mit en présence de Paul Dornans.
Ce brave garçon très doux, un peu froid, la troubla. Elle n'osait avouer ce sentiment naissant, mais elle ne négliga plus désormais aucune occasion de se rencontrer avec lui.
Paul, très observateur, n'avait pas manqué de son côté de remarquer le manège de la gamine.
Il en avait été flatté, car la petite était gentille, mais il n'eut garde de paraître s'en apercevoir.
S'il adorait les femmes, il avait l'horreur du
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collage autant que du mariage, et il avait peur qu'un flirt trop prononcé avec Chaufferette l'amenât à contracter une liaison, qui pouvait devenir trop difficile à rompre.
Il tenait avant tout à sa liberté.
Très sensuel, il aimait à obéir à sa fantaisie du moment, sans souci du lendemain, et à ne rester ensuite que Vami des vierges folles qu'il admettait, les jours de bombe, à partager l'immense et légendaire lit à baldaquin qu'il avait établi dans sa chambre à coucher.
Ni sentimental, ni jaloux, il ignorait l'amour ; au cours de ses nombreuses aventures, il n'avait jamais répondu à l'appel de son cœur ; ses sens seuls avaient parlé.
Pourtant, comme Chaufferette, à chacune de ses entrevues, se faisait de plus en plus câline et provocante, il finit un beau jour par se dire :
— Pourquoi pas ? On peut toujours essayer. L'accord fut vite fait.
A l'issue d'une des réunions hebdomadaires, auxquelles Chaufferette ne manquait plus jamais, comme le froid un peu hâtif d'une fin de saison précoce forçait les invités à se réfugier dans le pavillon, Paul Dornans s'était tout à; coup écrié, en regardant la gamine :
— Bon Dieu ! qu'il fait frisquet ! je n'aurai pas chaud ce soir, tout seul, dans mon grand lit. J'aurais joliment besoin d'une petite chaufferette. Qui veut m'en servir ?
Et sans hésiter, devant tous, la petite avait
levé la tête et d'un air mutin avait répliqué :
— Moi, si vous voulez !
— Alors, entendu, je te garde !
Et Paul avait scellé la convention d'un gros baiser sur les deux joues du gentil modèle.
La brune Mendika avait accoidé sa mandoline et joué l'air des fiançailles.
Le sculpteur Barsac, de sa grosse voix, avait proclamé :
— Désormais nous ne t'appellerons plus que la Chaufferette à Paul Dornans.
Et le surnom lui en était resté.
Le soir, les deux nouveaux amoureux avaient dîné au boulevard ; puis on était remonté bien gentiment, pas trop tard, bras dessus bras dessous et la nuit de noces avait été exquise.
Chaufferette, amoureuse et câline, s'était donnée tout entière et Paul Dornans n'avait pas eu à regretter la brusquerie de sa proposition.
Après le déjeuner, le lendemain. Chaufferette' était partie à sa séance de pose, mais non sans avoir pris rendez-vous pour le soir avec Paul et l'étonnement de la mère Eulalie n'avait pas été mince, en constatant pour la seconde fois la présence des deux mêmes têtes sur l'oreiller.
Jamais une femme n'avait passé deux nuits de suite dans le grand lit de la rue Cortot !
Désormais chaque soir, sans même prendre la peine de se prévenir, les deux amants se retrouvaient à la même heure au même endroit.
Jamais il ne fut question d'un collage possible,
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mais sans rien dire, Chaufferette déménageait chaque jour sous un prétexte nouveau quelques nippes et quelques bibelots qu'elle apportait dans la garçonnière, si bien qu'un jour, elle se trouva définitivement installée rue Cortot.
La question se trouvait résolue sans avoir été discutée, mais Paul s'était fait, sans y prendre garde, à ce genre de vie si nouveau pour lui.
Chaufferette ne le gênait en rien ; elle n'avait ni l'autorité de la femme légitime, ni les exigences de la maîtresse ; c'était pour lui la jolie petite bête d'amour, qui ne demandait qu'une bonne pâtée et des caresses.
Elle avait en outre, sur la plupart des femmes qu'il avait connues, cet avantage d'être intelligente et dévouée. Elle n'exigeait de lui aucun serment de fidélité, ni aucune promesse d'amour.
Il se rappela cette pensée des Concourt :
« Rien de bon avec une maîtresse comme des « rapports simplement charnels, mêlés à une « véritable amitié de camarade. »
Et il conclut :
— C'est absolument notre cas. Quand nous en aurons assez l'un ou l'autre, ça finira comme ça a commencé, en douceur, sans histoire et sans tapage. Nous verrons ce que ça durera.
Chaufferette cessa son métier de modèle et devint maîtresse de maison.
Dès lors, commença pour elle une petite existence bourgeoise et tranquille qui l'étonna, avec des hauts et des bas, car Paul n'avait renoncé à
aucune de ses habitudes et il advenait souvent qu'à certaines fins de mois le couple tirait la langue, surtout quand le baccarat s'était montré sévère, mais il n'en résultait jamais ni colères, ni scènes d'intérieur.
Chaufferette accompagnait Paul à toutes les répétitions générales et elle arborait pour ces solennités une rutilante robe verte, toujours la même, si bien qu'on avait fini par surnommer la pauvre gosse dans le monde des théâtres la « petite perruche ».
Ce fut là, pendant trois mois, le seul point noir de l'existence de Chaufferette.
Une seule fois, elle se permit de dire avec humeur à son amant :
— Enfin, quand vas-tu m'acheter une nouvelle robe pour sortir ? Tu vois bien que je suis ridicule.
— La première fois que je gagnerai la forte
somme au Cercle, je te jure que ce sera pour toi ! avait répondu tranquillement Paul Dornans. Mais les semaines s'écoulaient et Noël était arrivé sans que Paul eût rapporté de son Cercle autre chose que des culottes.
Quatre heures sonnaient et Paul Dornans avait terminé sa chronique, lorsque le chasseur de l'abbaye de Thélème frappa à la porte.
Chaufferette courut ouvrir et battit des mains de joie, en disposant sur la table préparée par Eulalie les provisions commandées la veille par son amant : deux beaux poulets rôtis, une langouste, une terrine de foie gras et des desserts variés.
— Comme ça va être chic ! s'écria-t-elle.
Paul Dornans congédia le commissionnaire, après lui avoir généreusement remis vingt sous — la moitié de sa fortune.
— Dis donc, reprit Chaufferette, tu ne trouves pas que ça donne faim de regarder toutes ces bonnes choses ?
— Oui, mais défense d'y toucher avant ce soir. C'est ça qui ne serait plus chic de n'avoir plus à offrir à nos invités que des restes.
— Et de quoi boire ? Tu n'as pas commandé de vins ?
— Paâ besoin ! Tu oublies les grands crus de nos caves.
Paul Dornans avait reçu quinze jours avant un panier de Champagne, offert par une grande maison de Reims, à l'occasion d'une réclame habile glissée au cours d'une de ses chroniques.
— Tu vois à quoi sert le talent ! ajouta-t-il. Tiens je vais descendre tout de suite à la cave. Au moins tout sera prêt pour cette nuit.
Le panier contenait douze bouteilles qui furent soigneusement extraites et alignées sur le dressoir.
— C'est rigolo tout de même, dit Chaufferette, nous n'avons pas le moyen de nous payer deux litres à douze chez le marchand de vins du coin et nous allons ce soir, comme des riches, nous offrir un balthazar à tout casser... Sapristi ! je voudrais bien y être arrivée, à ce soir !
— Ma pauvre môme, fit Paul en embrassant sa maîtresse, je suis un vilain égoïste. C'est par ma faute que tu crèves de faim... que tu n'as pas déjeuné et que tu ne dîneras pas! Eh bien ! si nous ne nous pouvons découper un poulet, nous pouvons toujours nous offrir une de ces excellentes bouteilles et quelques biscuits.
— Paul ! Paul !
— Penses-tu que je vais te laisser sécher sur pied, en face de toute cette boustifaille ?^
— Eh bien ! alors, c'est ça, une trempette !
Paul fit sauter un bouchon et les deux amoureux, amusés par l'imprévu de ce goûter improvisé, vidèrent jusqu'au fond la fiole providentielle.
— Maintenant, fdons, dit Dornans, car la tentation est mauvaise conseillère.
— OÙ allons-nous ?
— Je descends au journal porter ma copie. Toi, tu vas te rendre tout doucement jusqu'à la Grande Pinte, où nous devons retrouver nos amis. Tables de droite, ce sont celles d'Adolphe. J'y ai déjà une ardoise. Je t'y rejoindrai et nous remonterons tous ensemble.