‹ Notre-Dame de la Fin des Terres de SoulacChapitre 5 sur 39 · LAS · texte numérisé non relu

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maintenant au mont Saint-Michel. Aujourd'hui dix kilomètres de haute mer, formant ce que nous avons appelé la passe du Sud, nous en Séparent : mais la force des courants, que détermine la poussée de la Gironde entrant dans la mer, est telle qu’on s’explique fort bien qu’un ht assez profond ait été creusé dans cette zone maritime et que l'Océan s’y soit établi.

La science d’ailleurs confirme hautement sur ce point les traditions populaires.

Dans l’histoire très documentée de sainte Véronique écrite par M. l'abbé Mezuret, premier curé de Soulac, nous trouvons un rapport de M. l'ingénieur de la Pointe de Grave relatif à cette question si intéressante. M. l'ingénieur établit, d’après les cartes hydrographiques de lembouchure de la Gironde, que la passe du Sud ma cessé de s’approfondir et qu’on peut concevoir le moment où elle a commencé à se creuser. Il n'hésite pas à croire que Cordouan ait fait autrefois partie de la terre ferme. Par contre il constate que les terrains qui s'étendent des dunes à la Gironde sont des terrains d’alluvion; que l’estuaire de Ia Gironde était autrefois beaucoup plus large qu'il n’est aujourd’hui, de même qu'il était notablement plus profond (),

Une brochure que nous avons entre les mains

(4) Sainte Véronique, apôtre de l'Aquitaine, p. 55, 58.

accentue encore ces conclusions ©, D’après l’auteur, les érosions de l'Océan ont été considérables; la pointe du Médoc se prolongeait au delà même du rocher de Cordouan ; toute la côte depuis le bassin d'Arcachon à été enlevée sur une profondeur de plusieurs lieues.

Cette côte, d’après Ammien Marcellin (320-390), était habitée autrefois par des populations paisibles et opulentes. Les rivages offraient un accès facile : le commerce était très florissant; bref la richesse amena chez les Aquitains le relâchement des mœurs, et ce relâchement facilita la conquête romaine ©,

La principale ville, ou emporium de commerce établi sur ces rivages, était Noviomagus. On ne peut révoquer en doute son existence : elle est attestée par le géographe Ptolémée, qui vivait en lan 150 de l’ère chrétienne. IL déclare que les Bituriges Vivisques &®), famille du groupe des peuples aquitains, avaient deux villes principales,

(4) Navigabilité de la Gironde, par M. Goudineau, conseiller général.

(2) « Aquitani, ad quorum liltora ut proxima placidaque merces adventitiæ convehuntur, moribus ad molliliem delapsis, in ditione venere Romanorum. »

(3) Les Méduliens, habitants du Médoc à cette époque, étaient soit une tribu des Bituriges Vivisques, soit une peuplade aborigène soumise par ces derniers.

Op

Bordeaux, et puis une autre que, comme dit un vieil auteur, 4! nomme Noviomagos en Son grégeois. On à beaucoup discuté sur l'emplacement de Noviomagus. Nous n'avons pas à refaire ici les dissertations de M. l'abbé Baurein dans ses Variétés bordelaises et de M. l'abbé Mezuret dans Sainte Véronique ®. D’après ces deux auteurs dont l’érudition est incontestable, Pemplacement de Noviomagus ne peut être fixé que vers l’extrémité continentale du Médoc. M. Mezuret tient que Noviomagus était un peu au sud du Soulac actuel, sur le territoire de l’ancienne paroisse de Saint- Pierre de Lilhan. l’auteur de la brochureà laquelle nous faisions allusion plus haut, place au contraire cette ancienne ville légèrement au nord de Soulac, en tirant vers l’est, dans la partie noyée par l'Océan. | - La topographie de l’ancien Bas-Médoc, adoptée par cet auteur, et basée sur des observations historiques et géologiques très consciencieuses, est assez intéressante pour que nous nous y arrêtions quelques instants. D’après lui, la Gironde baignait une bonne partie de la plaine qui s'étend au pieddes dunes ; elle venait affleurer à l'endroit que l’on nomme l’anse des Huttes, et qui se trouve à une petite lieue au nord de Soulac.

(1) Baurein. Variétés bordelaises, t. 1, art. vir. — Sainte Véronique, ch. v.

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