‹ Notre-Dame de la Fin des Terres de SoulacChapitre 7 sur 39 · SAR LE · texte numérisé non relu

SAR LE

Quelques auteurs pensent que le territoire luimême de Soulac et Lilhan formait une île; et alors ils reculent l'emplacement de Noviomagus vers Mayan sur le finage de Vendhays, ou même vers Saint-Germain d’Esteuil. Ici encore Le débat est ouvert. Bernadau, auteur estimé du siècle dernier, dans ses Antiquités bordelaises, tient que Soulac «était un lieu considérable du temps des Romains; car on y découvrit, dit-1l, 1l y à une cinquantaine d’années, un trésor entièrement composé de monnaies romaines ». Le fait est assez significatif. Les sépultures gallo-romaines, trouvées aux alentours de l’église, sont un indice non moins probant, qu'il y avait une station romaine importante en ces régions, et même d’une manière précise vers l’emplacement du Soulac actuel. |

Était-ce Noviomagus ? Ici nous n’affirmons plus rien. Peut-être était-ce le Domnoton du poète Ausone où habitait Théon son ami. De Domnoton une marée propice portait rapidement au port de Condat en amont du fleuve. Cette indication conviendrait bien à Soulac qui avait un port sur la Gironde à l’anse des Huttes.

Mais parcourons l’épître qu'Ausone adresse à son ami. Nous y trouvons un curieux tableau des mœurs et usages du Bas-Médoc au 1v° siècle ,

(1) Ausone. Ep. v, ad Theonem.

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Ausone demande à Fa dé ere S +h60n ce qu ’1l devient, ES 2 .

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blonneux, à cette fin des FR ÉCUE au bord de l'Océan, à l’endroit où le soleil se couche.

Quid geris, extremis positus telluris in oris, Cultor arenarum vates, cui littus arandum Oceani finem juxta solemque cadentem ?

Théon habitait une cabane enfumée, couverte d’un simple toit de roseaux.

Vilis arundineis cohibet quem pergula tectis, Et tingit piceo lacrymosa colonica fumo.

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LS occupations. Il fait des vers; CRE A mais ses vers ne valent pas les fruits re mn

qu'il cultive, et qu’il envoie à son ami. EE

Aurea mala, Theon, sed plumbea carmina mittis.

Se livre-t-il au commerce? Achète-t-il des denrées à bon marché pour les revendre à des prix fous? Ces denrées, sur lesquelles roulait le commerce du Bas-Médoc, étaient au dire d’Au-

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sone : « de blanches mottes de suif, de gros pains de cire, la poix de Narycie, le papyrus en feuilles, et les torches fumantes à odeur forte, éclairage du paysan ».

Campé non loin de la mer, et à proximité de forêts giboyeuses, Théon occupait sûrement ses loisirs à percer de flèches le cerf et le sanglier; et on voyait, suspendus aux murs de sa cabane, les filets qui lui servaient à la pêche. |

Peut-être exercait-il aussi un office public ? n’était-il pas chargé de réprimer les coureurs de terre et de mer qui écumaient cette extrémité de la péninsule, et auxquels la forêt de Lesparre offrait un abri quasi impénétrable. Et là-dessus Ausone s’égaie aux dépens de son ami : il le voit, trouvant sans doute insuffisants les gains du commerce, qui trafique avec les balances de Thémis.

Mais laissonsle poète cribler deses traits acérés Je Gallo-Romain Théon, et même, à son occasion, les pauvres Méduliens; retenons de son épître une vue saisissante et vraiment suggestive du Bas-Médoc. Sous cet horizon illimité, dans ces îles découvrant à marée basse et frangées de l’écume des flots, apparaissent des cabanes de paysans, enfumées par les torches résineuses et couvertes d’un toit de roseaux, avec leur attirail de filets et d'armes grossières. On y vit de chasse et de pêche, comme aussi des produits du commerce.

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Le papyrus d'Égypte est importé sur ces plages avec la poix de Narycie, province de Grèce. Il y a donc un emporium dans le voisinage, et quel est-il sinon Noviomagus? Les navires d'Orient, tyriens ou grecs, y abordent avec ceux des côtes lusitaniennes. « Les trirèmes, les galères, les lyburnes à la voile blanche surmontée d’une longue flamme rouge, s’entrecroisent dans le port Ü). »

A cette extrémité du Médoc, à cette fin des terres, comme dit le poète Ausone, on accédait par une voie romaine qui est appelée la Lébade, et dont on a retrouvé les vestiges au delà de Lesparre. « Cette voie, dit le docteur Kérédan ®, comme toutes celles construites par les Romains, était d’une solidité remarquable. Formée de cailloux, de petites pierres et de sable liés par du béton, elle avait huit mètres de profondeur, et était recouverte d’un gravier blanc très fin. Il n’y a pas fort longtemps qu’on voyait encore les gros pieux qui formaient les principaux appuis de cette route. » Après Lesparre, elle semble cesser : mais Jouannet ) estime qu’elle devait se continuer dans l’un des deux anciens chemins quise dirigent au nord du Médoc, soit le chemin Castillonnais,

(1) Guienne historique et monumentale, par AI. Ducourneau, t. I, p. 39. ;

(2) Dr Kérédan. Soulac et sa plage, p. 29.

(3) Jouannet. Statistique de la Gironde, t. T, p. 226.

soit le chemin du Roï, qui allaient l’un à Soulaec, l'autre au Verdon. Ce qui ne veut pas dire d’ailleurs que ces chemins aient eu la même antiquité. Le chemin Castillonnais ne fut vraisemblablement à l’origine qu’un cordon du littoral formé par un atterrissement des sables. Quoi qu'il en soit, la station romaine, dont l’existence à été reconnue à Soulac, devait être desservie par une voie se rattachant à la Lébade.

Mais nous en avons assez dit pour prouver que le Bas-Médoc, aux temps de la domination romaine, était loin d’être une côte inculte et déserte. Comment cette contrée, ayant un centre de commerce relativement considérable, a-t-elle disparu sous les flots? Il y a là un problème qui ne sera jamais entièrement élucidé. Les lentes . érosions de l'Océan ne suffisent pas à expliquer ce phénomène. L'hypothèse la plus vraisemblable, émise par Baurein, admise par l’auteur de la brochure que nous avons citée, est que Noviomagus sombra dans un cataclysme survenu en l'an 580. |

Le chroniqueur Aimoin (!) raconte qu'à cette date il y eut une véritable convulsion cosmique dans toutes les Gaules et notamment dans l’Aquitaine. Bordeaux fut secoué par un formidable tremblement de terre; des quartiers énormes

(1) Aimoin. De Gestis Francorum, lib. I, ç. xxxur.

de roches se détachèrent des Pyrénées, les fleuves débordèrent, un cyclone venant du Sud arracha les forêts et causa la mort d’une infinité de personnes. Noviomagus aurait alors été submergé par un subit affaissement du sol. De plus les courants maritimes se seraient trouvés modifiés; et à partir de ce moment l’Océan se mit à vomir ces prodigieux amas de sable qui ont transformé le littoral en un désert aride et sauvage.

« Auparavant, dit M. Goudineau expliquant le phénomène avec sa grande compétence, la pente du sol immergé était extrêmement douce ; ce qui ne permettait pas aux lames de fond d'arriver jusqu’au rivage, ni aux courants de corroder les rives.

» À ce moment les grandes profondeurs océaniques se rapprochèrent, les vents d'ouest devinrent vents régnants, les lames de fond commencèrent leur œuvre de destruction. La tempête, accentuée par les courants littoraux, chassa les sables dans lintérieur : ceux-ci formèrent des barrières qui arrêtèrent les cours d’eau allant se décharger dans la mer. De là ces étangs nombreux qui cherchèrent leur écoulement à l’est.

» En même temps la mer commença à faire Sa trouée entre la pointe rocheuse de l’île d'Antros (ou Cordouan) et le rocher de Saint-

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